Chronique | Hocico - Artificial Extinction

Pierre Sopor 24 juillet 2019

Depuis Ofensor, sorti en 2015, HOCICO a donné de nombreux concerts (venant même assez régulièrement en France) et sorti le live Shalom From Hell Aviv! en 2018. On n'avait pas vraiment eu le temps de perdre de vue le duo mais c'est vrai qu'on n'était pas contre un peu de fraîcheur dans nos playlists. L'annonce d'un nouvel album avait excité la curiosité des fans, surtout qu'on nous promettait un disque particulièrement méchant. HOCICO dit, HOCICO fait : Artificial Extinction est là et n'est pas franchement le plus rigolo des compagnons estivaux.

Le parallèle est facile, tentant et inévitable : un an plus tôt, le chanteur Erk Aicrag sortait The World Ends Today avec son side-project RABIA SORDA. Rage décuplée et thématique apocalyptique : des ingrédients que l'on retrouve ici dès les beats de la désormais familière Dark Sunday. HOCICO est ici au sommet de son art pour les hymnes dark electro qui cognent : c'est brutal, la voix d'Erk plus gutturale que jamais dégage bel et bien une agressivité qui fait mouche alors que les claviers de Racso Agroyam plantent l'atmosphère de fin du monde de cette ouverture au tempo assez bas, lourde et menaçante. Le sens de la formule, HOCICO ne l'a pas perdu. Artificial Extinction est rempli de méchants tubes pour dancefloor (Shut Me Down, Psychonaut, sorte de relecture moderne de Poltergeist dont on retrouve l'intensité du rythme, le rouleau-compresser Palabras de Sangre...) voire de titres plus electro-punk dont l'agressivité rappellent justement RABIA SORDA (Damaged, Cross the Line).

Ce qui fait la puissance de l'album, et de HOCICO en général, au-delà de son savoir-faire quand il s'agit d'être efficace, c'est le talent de Racso pour tisser des ambiances glaciales et anxiogènes. Sur Artificial Extinction, c'est flagrant dès El Ballet Mecanico et son atmosphère à la fois mélancolique, onirique et robotiques. Les sons de machines plantent un contexte industriel auquel la mélodie donne une élégance aérienne que l'on n'attendait pas si tôt dans l'album. Entre deux gros hits, HOCICO aère son album de respirations fantomatiques muettes (Blinded Race) ou aux paroles murmurées (Breathing Under Your Feet) dont les sons insectoïdes rampants nous traînent dans un univers science-fictionnel particulièrement noir où le désespoir l'a emporté sur la rage.

Artificial Extinction était un disque attendu. C'est aussi un album annoncé à grands renforts de superlatif par le label Out of Line : normal, ils font leur job. Difficile de leur donner entièrement tort, cependant. Ce n'est probablement pas le meilleur album d'HOCICO, même s'il fait indubitablement partie du haut du panier, mais c'est un disque plus que solide, particulièrement efficace, sans réelle faiblesse. HOCICO ne se réinvente pas et d'ailleurs personne ne leur demandait, mais après avoir connu le duo plus émoussé au courant des années 2000, les entendre aujourd'hui avec une telle hargne et une telle énergie fait plaisir.