Chronique | Nine Inch Nails - The Downward Spiral

Pierre Sopor 08 mars 1994

Premier album que Trent Reznor a sorti sur Nothing Records, son label, The Downward Spiral est aussi l'album qui lui a permis d'atteindre son statut de "génie musical" établi. Il y a injecté toutes ses souffrances et ses névroses. Cet album ouvre sur Mr Self-Destruct, chaos industriel presque schizophrène, particulièrement violent et bruitiste. Piggy est beaucoup plus calme et aux paroles dévastatrices. On enchaîne avec Heresy, qui est une attaque explicite de la religion rappelant les thèmes chers à MARILYN MANSON dont Reznor produit le premier album à peu près à la même époque. Après une March of the Pigs haineuse et frontale, Closer est un des hymnes de cet album, sensuel et surprenant, terriblement accrocheur. On retrouve dans chaque morceau une atmosphère malsaine et un déséquilibre que Trent Reznor réussi à nous faire ressentir à chaque moment. Certains trouveront ça simpliste. The Downward Spiral touche aussi par son authenticité. Quelques mélodies le rendent particulièrement accessible, NINE INCH NAILS s'affranchissant de ses premières influences (SKINNY PUPPY, MINISTRY) pour aller piocher du côté de PINK FLOYD ou DAVID BOWIE période Low et tendre vers quelque chose de plus universel. Certaines mélodies reviennent tout le long, obsêdantes, donnant corps à l'album. Reznor offre un moment de répit avec A Warm Place, petite parenthèse instrumentale douce et agréable, avant de replonger dans ses tourments violents et auto-destructeurs avec Big Man With A Gun, morceau pivot de l'œuvre... La conclusion est magistrale, tout d'abord avec Eraser et so, final en apothéose avec ses "kill me" hurlés une douzaine de fois, puis avec l'hypnotique Reptile. On enchaine sur The Downward Spiral et enfin, Hurt, autre hymne, dont la popularité a été facilitée par le duo sur scène avec DAVID BOWIE. Cet album a fait passer Trent Reznor au rang des compositeurs les plus reconnus des années 90, influençant un grand nombre de nouveaux groupes. Avec son côté férocement organique, The Downward Spiral permet aux sentiments humains torturés et maltraités de s'exprimer dans la plus grande violence parmi les sons de machine. C'est un album qui prend aux tripes pour mieux les tordre et les broyer. C'est ce qu'on peut appeler une oeuvre monumentale et absolue, du genre à marquer pour la vie.