Combichrist + Mimi Barks @ Petit Bain - Paris (75) (31 mai 2022)

Live Report | Combichrist + Mimi Barks @ Petit Bain - Paris (75) (31 mai 2022)

Pierre Sopor 03 juin 2022 Pierre Sopor

Le retour de COMBICHRIST en France après un passage au Hellfest en 2019 était prévu depuis plus de deux ans. L'organisateur Garmonbozia a tenu bon et, patiemment, reportait la date au fur et à mesure en attendant un meilleur contexte sanitaire. Comme on les en remercie : une salle pleine à craquer reste le meilleur moyen d'exprimer sa reconnaissance envers les artistes et organisateurs qui n'ont pas abdiqué... Et pour COMBICHRIST, la péniche Petit Bain débordait, il y aurait presque eu moyen de bloquer le cours de la Seine si on avait jeté tous ces gens dans l'eau, tiens.

MIMI BARKS

Avant de pouvoir pogoter comme des Cro-Magnons sur les tubes metal-indus-techno-body-music énervés d'Andy LaPlegua et ses copains, il y avait MIMI BARKS, une jeune artiste basée à Londres qui enchaîne les singles depuis 2019 et son premier EP, Enter the Void. Pour les vieux de plus de 25 ans, il est difficile de comprendre ce qu'est MIMI BARKS : ça ressemble à un truc gothique, avec des lentilles qui font peur (des lentilles pour les yeux, hein, pas les légumineuses de couleur verte qui font encore plus peur) mais la musique  a de quoi perdre ceux qui aiment leurs tupperwares bien rangés, hermétiques et avec des étiquettes bien nettes dessus. C'est que les vieux de plus de 25 ans n'ont pas encore compris que l'avenir des musiques "sombres" passe aussi par le rap et la trap, comme le prouvent un tas de gamins habillés n'importe comment arrivés après THE BUG, DEATH GRIPS, HO99O9 ou GHOSTEMANE et qui se foutent pas mal des frontières et du sectarisme musical. MIMI BARKS s'inspire de KORN, THE PRODIGY et MARILYN MANSON pour servir un cocktail assez bizarre qu'elle qualifie de doom trap. On prend l'appellation.

Sur scène, MIMI BARKS a deux atouts supplémentaires par rapport à ses productions studio : son énergie et son batteur. Elle donne de sa personne pour aller chercher son public, encore épars (il est tôt, ça picole sur les quais) et assurer le show, mais c'est cette batterie qui donne à ses titres une nouvelle dimension. En live, MIMI BARKS cogne (beaucoup) plus fort, crie plus fort, sa rage et son envie d'en découdre s'expriment avec plus de puissance et elle gagne une agressivité qui lui permet de réveiller le public de COMBICHRIST, soir après soir. On lui souhaite de continuer à pulvériser les conventions et de remporter l'adhésion du plus de monde possible: dans quelques jours, le 6 juin, elle se produira au Wave Gotik Treffen à Leipzig, excusez du peu. Il faudra surveiller la croissance de MIMI BARKS : cette énergie brute, parfois encore mal dégrossie, est prometteuse.

COMBICHRIST

Il y a un paradoxe assez intéressant autour de COMBICHRIST : on pointe souvent du doigt le côté bas du front des morceaux du groupe, ses textes de bourrin ou son évolution depuis une bonne dizaine d'années vers le metal industriel. Pourtant, c'est justement avec cette évolution que la musique d'Andy LaPlegua a gagné en variété. L'artiste s'affranchissait de plus en plus des formules faciles et partait dans plusieurs directions en expérimentant un peu tout et n'importe quoi depuis l'album We Love You, aboutissant avec One Fire à une synthèse de ce que son groupe a été et peut être. Pas si con, finalement.

Peu importe : quand on va voir COMBICHRIST en live, c'est pour prendre des patates et le public met deux ou trois morceaux à vraiment se réveiller, il fallait peut-être des classiques comme Get Your Body Beat et Blut Royale pour exciter une foule dont les goths d'il y a une quinzaine d'années ne font plus vraiment partie. Une légère déception pointe le bout de son nez lors des premières secondes : COMBICHRIST avec un seul batteur ? Le son n'y perd pas forcément (on n'est pas dans la technicité poussée), mais au niveau du show, avoir un cogneur de chaque côté apportait un truc en plus qui faisait plaisir. Dane White fait le job et remplit le vide laissé par Joe Letz qui avait imposé cette règle : batteur chez COMBICHRIST, c'est aussi visuel que musical.

Le plaisir : ce sera le mot clé de la soirée. Plaisir évident sur le visage des musiciens qui sourient, grimacent et échangent avec leurs fans, plaisir d'Elliott Berlin qui passe des claviers aux percus ou à la guitare selon les titres et vient prendre son bain de foule, plaisir du public qui braille et saute, plaisir d'Andy LaPlegua qui a l'air de bien se marrer et dont le charisme dégouline à grosses gouttes.

A force de reports, la date se retrouve catapultée en une période bizarre pour le groupe : son dernier album a trois ans, le nouveau ne devrait pas tarder mais n'est pas encore annoncé... Du coup, la setlist pioche dans toute la discographie depuis Everybody Hates You (sauf Today We're All Demons, dommage). Tous les titres gagnent à être vus en live : le côté festif et rock'n'roll de Maggots at the Party, un peu trop facile dans sa version studio, fonctionne parfaitement avec un public et les anciens titres purement electro prennent une nouvelle dimension dans leur relecture plus metal (ce grand final sur What the Fuck is Wrong With You, avec MIMI BARKS qui s'incruste, était absolument épique).

Mais plus que l'énergie folle, plus que les pogos, plus que les gros muscles de LaPlegua (mais comment cet homme fait pour se gratter la tête avec les troncs qui lui servent de bras ?) plus que le gros boum-boum et les refrains qui filent des coups de pompe à nos neurones pour confortablement nous squater le cerveau, ce que l'on retient de ce concert de COMBICHRIST, c'est sa tendresse.

Hein ?

Eh oui. LaPlegua a toujours eu la banane sur scène et a souvent l'air sincèrement touché par l'accueil de son public, cette soirée n'a pas fait exception. Ce qui a changé chez COMBICHRIST avec les années, c'est l'espèce de bienveillance que le groupe dégage aujourd'hui. On peut brailler Shut Up and Swallow et prendre le temps de s'assurer que chaque personne ayant payé sa place passe un bon moment, se sente à sa place et "peu importe ses fringues ou sa religion". On peut hurler Satan's Propaganda et rigoler avec les copains ou fêter la 500ème date d'Eric 13 ("et sa dernière" ajoute Andy, taquin, qui rappelle aussi que sa première était à Paris), belle occasion pour sabrer le champagne. Déjà l'album One Fire allait dans cette direction : cette envie d'unir les genres et les gens sous "un même feu", avec bienveillance et attention. Trop mignon, et décidément pas si con, bichrist.

Au final, quand LaPlegua dit que Paris et la France c'est "toujours spécial", on a envie de le croire. Sûrement qu'avant ça il a trouvé que Nantes c'était "la meilleure ville du monde", que l'Espagne c'est "toujours spécial" et qu'ensuite il ira dire que "franchement les gars, la Suisse c'est trop le feu". Mais grâce à  ses hymnes de sauvages, sa générosité sans borne et la sympathie de sa team, COMBICHRIST s'est assuré que pour son public, en effet, cette soirée était vraiment spéciale. C'est finalement ce qui compte.