Chronique | Shaârghot - X Years of Chaos

Pierre Sopor 12 février 2026

Il y a un an jour pour vous, plutôt que de célébrer niaisement la Saint-Valentin en offrant du PQ à cœurs ou autre conneries consuméristes créées pour l'occasion, vous pouviez vous faire ratatiner la tronche à la Cigale pour le concert anniversaire des dix ans de Shaârghot. Croyez-nous, il y avait bien plus d'amour dans ce chaos mazouté que dans n'importe quelle offre promotionnelle de supermarché ! Nous vous racontions ce concert mémorable par ici... Les personnes présentes attendaient de revivre ce moment, rongeant leur frein au point de ne plus pouvoir arrêter leur voiture qu'en la balançant contre un mur à chaque fois, alors que les absents s'en mordaient les doigts au point de n'avoir plus que des moignons. Mais tout ce monde peut désormais communier : le concert est disponible en vidéo, en attendant une sortie future pour sa version audio, le tout accompagné du superbe artwork réalisé par Kevin Marie pour l'occasion.

La sortie d'une captation live est toujours un sujet délicat : est-ce réellement pertinent ? On les connaît, ces groupes qui nous sortent un live pour meubler entre chaque album ! Pourtant, il y a des occasions qui le justifient : une configuration spéciale, une setlist unique, un line-up différent, la fin d'une époque, etc, sont autant d'arguments qui rendent pertinente une volonté de figer dans le temps un instant de la vie d'un groupe. Pour ses dix ans, Shaârghot avait vu les choses en grand avec deux heures de concert et le retour d'anciens titres pas entendus depuis un moment.

L'intérêt est donc multiple : on revit l'énergie du moment, son intensité, dès son intro rallongée et cette escalade de tension qui promet une explosion libératrice. Libérateur, le metal industriel de Shaârghot l'est. Violent, fun, désinhibé, rageur, viscéral, il mélange ce goût de l'entertainment à une sincérité, une nécessité primitive, sauvage, authentique. Ça racle toujours autant le fond des tripes. 

Surtout, on ne va pas vous mentir, on se penche bien vite vers les plus anciens titres, ici remaniés. Shaârghot, bien conscient de faire plaisir, soigne ses effets et, là encore, joue avec nos nerfs : cette petite intro qui monte greffée à Uman iz Jaws est un régal. Plus tard, le morceau Shaârghot prend une dimension nouvelle et religieuse, avec ses chœurs inversés qui nous plongent dans un temple futuriste indicible avant le rouleau-compresseur. La production est à la hauteur et conforme aux standards actuels du groupe : ça a gagné en ampleur, en richesse, en puissance, en pertinence. Juste après, The Way et sa séance de "jump to your right, jump to your left" ravive le sourire béat du concert, vous savez, ce moment où il faut divertir les métalleux en leur proposant des activités simples, souvent à base de sauter, tourner en rond ou se rentrer-dedans. La colo qui sue, qui pue, qui gueule, mais la colo heureuse.

Et puis, il y a la vidéo. Parce que bon, ils sont gentils Arte Concert avec leurs replays du Hellfest et tout, c'est techniquement très propre mais on se fait parfois un peu chier, forcément, vue les dimensions du truc. L'an dernier, le replay de Shaârghot étant pourtant jouissif, en partie parce que même devant notre écran, on pouvait sentir cette odeur de colo qui pue, qui sue, avec des morceaux humains qui volent dans tous le sens. Là, avec ses plans dans la fosse, ceux sur scène, ceux survolant tout ce joli monde, on prend bien plus la mesure du chaos et du spectacle, de la construction théâtral de la setlist avec ses interludes, et du soin porté à l'immersion dans cet univers, de ses lumières qui mettent tant en valeur les maquillages et costumes pour donner vie à cet univers de BD. En plus, après avoir essayé de prendre en photo le groupe un paquet de fois, on peut jubiler un peu mesquinement : alors les gars, vous voyez ce que ça fait d'essayer de capter votre image, pas facile, hein ? On joue sa vie mais, à chaque fois, le résultat vaut le coup !

En mettant en ligne ce live des dix ans, Shaârghot nous offre un très beau souvenir d'un très beau moment. On connaît leur exigence et le produit final est à la hauteur, soigné, ambitieux, avec un son digne de ce nom. Les moments mémorables ne manquent pas : l'ultra-violence de Life and Choices,  le tabassage en règle de Bang Bang, la respiration creepy Z//B avec l'arrivée des mantis, la présence intimidante des troopers avant Black Wave, cette dantesque Shadows en conclusion et son solo qui fout les poils. Les présents peuvent revivre le moment et les absents peuvent désormais taper de leurs moignons devant leur écran. C'était trop bien il y a un an, c'est trop bien aujourd'hui et grâce à cette captation, ça restera trop bien pour toujours. Cet instant symbolique semble s'inscrire à un moment clé de la vie du groupe : devenus incontournables, on pressent bien que les années à venir les verront passer un cap et devenir une référence de la scène metal française. Bon, qu'ils aillent pas nous sortir un live tous les deux ans, hein, même si avec leur rythme de croissance et leur générosité sur scène, on ne s'en plaindrait finalement pas tant que ça.

La vidéo ci-dessous sera visible à partir du 14 février.

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Pierre Sopor

Rédacteur / Photographe