Chronique | Tricksterland - Le Voyage

Pierre Sopor 02 juillet 2015

Alors que l'on ne s'est pas encore tout à fait remis de l'excellente surprise qu'avait été leur premier EP, TRICKSTERLAND continue sur sa lancée avec un premier album que l'on attendait de pied ferme. Il faut dire que l'énergie brute et primitive qui se dégage des morceaux du groupe parisien a quelque chose d'addictif, qui nous saisit dès la première écoute et refuse de nous lâcher. Projet protéiforme, multipliant les influences (on pense parfois à THE PRODIGY, parfois à MARILYN MANSON période Spooky Kids, etc...) et les tons, TRICKSTERLAND est aussi le nom de la planète d'où viennent les deux lwas (les esprits du vaudou) Loki Lonestar et Bloody MC, tous deux rescapés du groupe NUTCASE. TRICKSTERLAND aime bousculer nos habitudes et nous invite à nous ouvrir à de nouveaux horizons, à grands coups de beats accrocheurs et de mélodies qui restent en tête... Fidèle à leur démarche, c'est sous la forme d'un passeport qu'ils présentent Le Voyage, carte d'embarquement incluse ! Un nouveau moyen de chambouler ce qui nous semblait acquis, de refuser de limiter leur musique à un disque, et d'étendre leur univers si riche. Musicalement, le groupe nous surprend et ne cède jamais à la facilité. Des neuf morceaux présents sur ce premier album (dix en comptant celui caché à la fin), on n'en connaissait même pas la moitié. Ils avaient prévenu et ont tenu parole : certains titres sont uniquement pour le live, d'autres sont destinés à être enregistrés en studio. Et si l'on retrouve bien cette énergie tribale et les cotés les plus déjantés du groupe sur Not Me et son refrain très metal indus à la RAMMSTEIN, ou Sex, Drugs & Fame et Uzi Dance, on est surpris de découvrir une nouvelle facette de TRICKSTERLAND. Avec Wolf Parade, Eye Stop et My Only Testament, une certaine mélancolie s'incruste, alors que la voix de Loki se fait plus plaintive et que l'on retrouve cette espèce de désespoir furieux qui faisait de NUTCASE un projet si attachant et unique. Il y a dans TRICKSTERLAND cette démesure, ce décalage avec la réalité à la fois superbe, inquiétant et jouissif, cette volonté de faire éclater les frontières, de refuser les limites, une intensité dans les émotions et l'expressivité qui ne laisse pas intact. Sans retenue ni pudeur, TRICKSTERLAND continue de nous prendre à contre-pieds, du trip mystique servant d'introduction (Voodoo Pop) à l'orgie techno hardcore qui conclue Le Voyage (Kill Your Heroes). Oeuvre imprévisible et variée, ce premier album est à l'image du logo de TRICKSTERLAND : grimaçant, souriant et triste à la fois. Un peu comme une divinité très ancienne qui nous sourirait dans les ténèbres et nous inviteraient à faire la fête pour mieux nous dévorer ensuite. A la fois festif et d'une puissance presque chamanique, Le Voyage n'est pas tout à fait ce qu'on attendait du groupe : repoussant encore les horizons de TRICKSTERLAND, il est en fait bien plus, comme une nouvelle découverte, un nouveau territoire inexploré et fascinant.