Hellfest 2020
Igorrr + Niveau Zero @ Le Trabendo - Paris (21 avril 2018)

Live Report | Igorrr + Niveau Zero @ Le Trabendo - Paris (21 avril 2018)

Pierre Sopor 22 avril 2018 Pierre Sopor

Niveau zero

Programmer NIVEAU ZERO en première partie de IGORRR était un choix judicieux : une bonne partie du public était là pour transpirer, et le projet de Frederic Garcia n'est pas du genre à jeter un froid. Seul derrière son bardas, il a donc la tâche de divertir la populace du Trabendo en attendant la tête d'affiche, et c'est de manière très directe qu'il attaque son set, avec Heavy Mental. Dès le début, ça cogne très fort, son mélange dubstep / hip-hop / metal ultra-bourrin fait l'effet d'un parpaing. Très vite, la fosse du Trabendo se remplit et si ça se trémousse déjà bien dès le début du set, ça se met raidement à pogoter sévère. Il faut dire que les grosses basses, les guitares et hurlements samplés (puis poussés en live par le monsieur à la toute fin) n'appellent pas franchement à l'introspection. Le set de NIVEAU ZERO passe relativement vite, les titres s'enchaînant sans temps mort, et quand arrive la fin la mission est accomplie. Certains tee-shirts sont déjà tombés, il y avait aussi du monde venus pour NIVEAU ZERO ce soir et l'accueil reçu par l'artiste faisait plaisir à voir.

Igorrr

Le phénomène IGORRR était de retour à Paris, environ six mois après une date mémorable à la Maroquinerie (report). C'est cette fois dans l'élégant écrin du Trabendo, plein à craquer, que la petite troupe de Gautier Serre est venue se produire.

Contrairement à la fois précédente, ce n'est pas sur une version a capella d'Au Revoir que Laure Le Prunenec lance le concert, mais c'est en compagnie de l'esprit dément derrière le projet, Gautier Serre, et sur les notes de Problème d'Émotion que commence le spectacle. Car IGORRR sur scène est bien un spectacle. Certes, le public y est particulièrement sauvage et les pogos d'une violence rare, mais la performance peut aussi bien s'apprécier avec un peu de recul car dès Spaghetti Forever commence une danse entre la chanteuse et son binôme, Laurent Lunoir et son corpse paint primitif qui lui donne des airs de chamanes préhistoriques sortis tout droit d'un rite funéraire. Leurs entrées et sorties de scène, tel des acteurs de théâtre, rythment le concert. Régulièrement, un se baisse (voire se jette à terre) pour laisser la parole au second. Ce sont eux qui assurent le show, avec leur incroyable présence, leur charisme. D'un côté, Laure Le Prunenec capte l'attention comme personne, chaque son sortant de sa gorge, chaque note étant parfaitement maîtrisée, même au bout d'une heure de danses folles, de l'autre Laurent Lunoir et son allure mystique impose à la fois crainte et respect. Si on ajoute à ça des lumières - criminelles pour les épileptiques - qui envoient (le Trabendo, c'est autre chose que la Maroquinerie de ce point de vue là !), on obtient un show tenant autant de la pièce de théâtre que du concert.

La musique, évidemment, n'est pas en reste. Le somptueux Savage Sinusoid, sorti l'an dernier, est bien sûr à l'honneur. Le son gagne en ampleur en live, ça envoie à mort (Opus Brain, Moldy Eye, brrrr, frissons !) Certes, il y en aura toujours pour regretter l'absence de vraie guitare sur scène... Mais si IGORRR devait avoir un musicien présent avec chaque instrument que l'on entend en studio, il faudrait un stade entier pour faire tenir tout le monde. Et une bergerie. Forcément, quand on mélange musique électronique, opera baroque, metal extrême, bal musette et cris d'animaux... Certes la musique est violente, sauvage même, mais aussi élégante et souvent drôle, à l'image de ce qui se passe sur scène. Il y a des danses  classiques, d'autres folles et expressives, mais aussi beaucoup de grimaces de la part de Laure qui semble bien s'amuser. Et surtout, énormément de complicité avec le public, Laure et Laurent allant régulièrement se coller à la barrière pour être en contact avec leurs fans. Dans le public aussi c'est le patchwork : on hurle, on se bagarre, on danse la valse ou on ouvre juste de grands yeux ébahis. L'ultra-violence et le sublime se mélangent, laissant place à quelques facéties (un bêlement par-ci, un cri de poulet par là, et ce génial petit coup de pipeau à la fin de ieuD avant de quitter la scène momentanément).

C'est d'abord seul sur scène que Gautier Serre attaque le rappel avec Unpleasant Sonata et son mélange entre musique baroque et IDM pleine de glitchs à la APHEX TWIN qui n'est qu'un avant-goût de cette fin de concert bruitiste et démente jusqu'à Robert. Le groupe reste un moment saluer tout le monde et serrer quelques mains puis s'en va. On n'a pas vu le temps passer. C'était fou, intense, plein de grâce, à la fois magnifique et brutal, viscéral et maîtrisé, grotesque et tragique, d'une richesse scénique et musicale rare. IGORRR est décidément un phénomène unique, réussissant depuis plusieurs années l'improbable prouesse d'unir son public autour d'une musique électronique pointue, du gros metal qui tâche, du clavecin et de l'accordéon. Merci à Kongfuzi d'avoir organisé tout ça, et vivement la prochaine !

Setlist :
01. Problème d'Émotion
02. Spaghetti Forever
03. Opus Brain
04. Grosse Barbe
05. Moldy Eye
06. Biquette
07. Barbecue
08. Pavor Nocturnus
09. Caros
10. Viande
11. Cheval
12. Tendon
13. Excessive Funeral
14. Tout Petit Moineau
15. ieuD
16. Unpleasant Sonata
17. Apopathodiaphulatophobie
18. Very Noise
19. Robert