Chronique | And Also the Trees - The Devil's Door

Tanz Mitth'Laibach 25 février 2026

Certains arbres vivent longtemps et évoluent d'étonnante manière au fil du temps, aboutissant à des formes imprévisibles. Ces dernières années, on a pu voir And Also The Trees rompre progressivement avec ses racines coldwave pour se diriger vers une musique plus acoustique et plus douce tout en conservant sa puissance émotionnelle, sur les albums The Bone Carver de 2022 (chronique), fort d'émotions contradictoires, puis sur Mother-of-Pearl Moon en 2024 (chronique), plus linéaire mais riche en belles sonorités. And Also The Trees nous présente cette année un successeur à ces deux disques, The Devil's Door. Le ciel sur l'illustration est calme mais l'arbre tordu ; où le groupe britannique nous emmène-t-il cette fois ?

À l'écoute, The Devil's Door apparaît comme un album où l'on se pose sur le seuil de quelque chose de puissant et redouté ; le disque est calme, il prend le temps de nous peindre des moments d'intensité émotionnelle avec des mouvements qui lui donnent une force cinématographique, mais on sent que l'on s'attarde au bord de quelque chose qui pourrait être une tempête, de l'autre côté de la porte vers laquelle on se penche. De ses débuts glacés à nos jours, And Also The Trees a toujours eu l'art de nous placer à la limite d'émotions contradictoires, c'est ce qu'il fait à nouveau ici par cet album aux tempos lents mais où le chant et les sonorités obsédantes nous laissent deviner des déchirements contenus. Pour ce faire, And Also The Trees enveloppe sa guitare, sa batterie et sa basse d'une grande variété de sonorités acoustiques, à commencer par la clarinette de Colin Ozanne mais aussi les interventions de la violoniste belge Catherine Graindorge.

Comme toujours avec And Also The Trees, tout cela est parfaitement maîtrisé : l'harmonie de l'instrumentation fait naître en nous une chaleureuse tristesse, le chant de Simon Huw Jones est d'une fascination hypnotique, les mélodies nous font doucement danser au bord du précipice. Pour rester un album très calme, The Devil's Door a néanmoins le mérite d'éviter la linéarité que l'on regrettait sur Mother-of-Pearl Moon. On peut bien sûr regretter l'époque où le groupe nous proposait une musique froide et tourmentée mais à quoi bon ? Ils nous ont déjà donné amplement de quoi nous satisfaire dans ce genre. On prendra donc plutôt le temps de se perdre dans la mélodie lancinante de The Silver Key, dans l'étrange emballement final de The Trickster ou dans la divagation instrumentale de Beginning of the End qui nous entraîne fort loin... Chaud ou froid, And Also The Trees est toujours impressionnant de maîtrise et d'intensité.

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Tanz Mitth'Laibach

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