Hellfest 2020
Acyl + Lutece + Monolyth @ La Boule Noire - Paris (17 février 2018)

Live Report | Acyl + Lutece + Monolyth @ La Boule Noire - Paris (17 février 2018)

Pierre Sopor 19 février 2018 Pierre Sopor

Monolyth

Même s'il faisait moins froid dehors ce jour-là, on comptait sur la venue de ACYL à la Boule Noire pour nous réchauffer, mais avant ça MONOLYTH avait pour mission de lancer les hostilités. Compliqué ? Pas tant que ça : la formation thrash / death mélodique a une bonne dizaine d'années d'expérience et le public est visiblement déjà acquis à leur cause.

Du coup, ça rend les choses plus facile : le public réagit bien, le groupe envoie, ça déborde d'énergie par tous les trous et les vannes fusent : aux éternels "à poil !" un génie visionnaire remarque que "ça se fait pas de gueuler à poil à un chauve !". MONOLYTH avait plusieurs choses à dire à son public : leur deuxième album est presque prêt, (on a d'ailleurs eu droit à un avant-goût) et leur guitariste Julien fêtait ce soir-là son anniversaire. Du coup le public a chanté. Mais y'avait aussi des petits masques en papier à l'effigie du bonhomme, qui a sûrement passé une drôle de soirée. Bref, entre deux riffs de sauvages, MONOLYTH c'était un peu une ambiance goûter entre potes, où on rigole, on se fait des doigts d'honneur et des petits coeur, et on se rentre-dedans. Un début de soirée idéal pour les bisounours bourrins présents à la Boule Noire, quoi.

Setlist :
01. Ego D
02. Parasite & Deceiver
03. Insipide
04. N.L.N.R.
05. Reawake
06. T.P.I.O.G.
07. The Never Ending Beginning
08. After Vultures

Lutece

Après l'ambiance très bon enfant de MONOLYTH, le changement d'atmosphère est radical avec LUTECE dès l'installation de la scène qui revêt les couleurs de leur album From Glory Towards Void. Il faut dire qu'une pile de crânes sur un pied de micro, ça fait toujours son petit effet. Un type me demande si je les ai déjà vus et me prévient "tu vas voir, leur batteur il est dingue, ils envoient grave !". 

Et comment. Le black metal épique de LUTECE est un mur de noirceur qui heurte le public de plein fouet, à grands coups de blasts entrecoupés de passages mid-tempo. Les lumières, sombres et souvent rouges sont dans l'esprit et renforcent l'aspect martial et rageur de la musique du groupe. En live, les ambiances funèbres des versions studios se font peut-être moins entendre, tout comme les tendances plus pagan du groupe, mais c'est au profit de la puissance et l'impact de leur musique, riche et complexe (avoir huit cordes à sa guitare, il paraîtrait que ça offre plus de possibilités). Cette évolution vers une musique plus noire était déjà présente en studio, et ce n'est pas une surprise de voir que 70% des morceaux joués proviennent du dernier album du groupe. Point d'anniversaire ni de masques rigolos pendant le set, mais une rage hurlée à la face du public qui prend sa dose de ténèbres pour la soirée.

Setlist :
01. What Lies Beyond
02. Melted Flesh
03. The Path of Glory
04. Moonless Night
05. Let the Carnyx Sound Again
06. The Last Standing Flag
07. Architects of Doom
08. From Glory Towards Void
09. Sunk Into Oblivion
10. The Venom Within

Acyl

ACYL est une perle trop rare, le metal ethnique n'étant pas forcément le genre de musique que l'on entend tous les jours. Leur mélange de metal et de musique traditionnelle Berbère, du Sahara Algérien principalement, est aussi efficace que jouissif. Quand les cinq musiciens montent sur scène dans une pénombre relative, des images projetées sur un écran derrière eux, on sait que l'on va voyager et découvrir de nouvelles choses, ne serait-ce que les divers instruments posés devant les pieds de micro de chacun.

Depuis plus de dix ans maintenant, ACYL est l'illustration parfaite d'une évidence qu'il est toujours bon de rappeler : les cultures sont faites pour se rencontrer, se mélanger et s'enrichir mutuellement. Le contraire, le chacun chez soi, ça s'appelle la consanguinité et ça n'a jamais rien donné de vraiment mémorable. Attaquant sur un morceau de leur tout premier EP, le groupe basé à Paris prévient son public venu en masse (la soirée affiche complet) : le set sera éclectique et pioche  de manière équitable dans toute leur discographie. Tant mieux, parce qu'Aftermath (sorti en 2016) a beau être excellent, avec des moments aussi mémorables que Finga ou Battle of Constantine, on aurait été triste de ne pas avoir droit à Ungratefulness ou à la puissance de Obduracy par exemple. 

Peu à peu la température monte, le public déjà bien chauffé par MONOLYTH et LUTECE s'enflamme littéralement et Amine, chanteur d'ACYL communique souvent avec humour et complicité, introduisant les morceaux en demandant à voir "des nuques et des cheveux" (on pourrait lui demander la même chose, tiens !) ou présentant ses instruments. On a donc eu le plaisir de rencontrer les karkabous (aussi connus sous le nom de qrakeb), sorte de castagnettes comme le fait remarquer un mec dans la fosse, qui auront droit à une ovation de la part de la foule qui se met à scander "karkabous ! karkabous !". "Les karkabous n'ont jamais été aussi populaires" s'amuse Amine, et le public en redemande jusqu'en fin de set. L'énergie et la bonne humeur qui se dégage du groupe sont communicatives et atteignent leur apogée quand le public est invité entre deux passages plus metal à faire deux-trois pas de danse touaregs (vous savez, les hommes bleus du désert) : un pas chassé droite-gauche tel qu'il est pratiqué en soirée goth, mais sans regarder ses pieds. Headbang et danse touareg : merci ACYL, ce brassage culturel est aussi salvateur que nécessaire... en plus d'être musicalement excellent !

Alors que la soirée s'achève et que l'on se prépare à quitter l'enceinte chaleureuse de la Boule Noire, ACYL annonce son retour prochain à Paris, puisqu'ils seront en première partie des TAMBOURS DU BRONX le 20 mars prochain. Une raison de plus de garder un excellent souvenir de cette soirée. Merci à Access Live d'avoir proposé une telle affiche, c'était top !

Setlist :
01. Evil Depth
02. Mercurial
03. Battle of Constantine
04. Finga
05. Numidia
06. Kiama
08. Obduracy
09. Angel Sin
10. Head on Crash
11. Ungratefulness
12. Autonomy