Acyl + Malemort + Nemost @ La Boule Noire - Paris (05 octobre 2018)

Live Report | Acyl + Malemort + Nemost @ La Boule Noire - Paris (05 octobre 2018)

Pierre Sopor 07 octobre 2018 Pierre Sopor

ACYL à la Boule Noire ? Voilà qui fait quand même vachement penser à la très chouette soirée de février dernier, même salle. Mieux encore, avec MALEMORT et NEMOST qui complètent l'affiche, cette soirée automnale a de quoi raviver les excellents souvenirs de l'atypique et mémorable Kave Fest qui s'était déroulé fin juin. Access Live a été bien inspiré en organisant ce cencert, d'autant plus que les trois groupes travaillent chacun sur un nouvel album et que c'est peut-être la dernière fois que l'on croise ACYL et MALEMORT à Paris avant un bon moment. Ce n'est pas franchement la première fois non plus, certes, mais on ne s'en lasse pas !

NEMOST

NEMOST existe depuis presque 15 ans, malgré un line-up ayant évolué au fur et à mesure du temps. Le groupe de death metal mélodique est à découvrir absolument sur scène : leur musique, puissante et sauvage, gagne un impact neuf grâce au charisme de ses musiciens. La petite bande en impose, dégageant une forme de folie et d'agressivité rare grâce à un tas de petits détails, comme ces petits gestes synchronisés qui véhiculent l'amour et la joie de vivre : et allez, on se frappe la poitrine avec violence, et on fait mine de trancher des gorges, etc. L'effet est impressionnant, et les yeux fous et exorbités du chanteur, qui enchaîne les flexions à un rythme inquiétant pour ses quadriceps, sont la cerise sur le gâteau. On sent que tout cela a été travaillé, c'est carré et efficace. Et pourtant, on les voit aussi s'éclater, leurs grands sourires trahissant une bienveillance qui plane sur l'ensemble de la soirée. Pour une première partie, jouant forcément tôt, NEMOST se produit devant un public fourni et réactif, et c'est vite le chaos à la Boule Noire. Les types sur scène font le ventilateur avec leurs cheveux et ça remue sec dans le public. On a droit à deux nouveaux morceaux, toujours sans titre, et un set finalement assez conséquent malgré un concert forcément court, histoire de faire tenir les trois groupes en l'espace de trois heures.

Setlist :
01. Year of the Libra
02. Sandstorm
03. Sardanapale
04. Nouveau Morceau #1
05. The Pale Observer
06. Pressure Nation
07. Nouveau Morceau #2
08. Respawned

MALEMORT

Concert après concert, MALEMORT tisse et confirme sa réputation de bête de scène. Ne serait-ce que visuellement, le groupe s'identifie immédiatement avec ses chemises noires et blanches et ses cravates rouges. On est plongés dans cet univers puisant fièrement dans un folklore typiquement français, actuellement le Paris d'il y a une centaine d'années. Musicalement, MALEMORT est aussi atypique. Leur metal est énergique, incisif et puissant. Le chant, déclamant des textes soignés en français et en voix claire, doit y être pour quelque chose. Et c'est d'ailleurs Xavier, le chanteur, qui assure une bonne partie du show : si toute la troupe semble montée sur ressort, lui, est déchaîné. Il cavale, bondit et grimace comme un possédé et prend son traditionnel bain de foule : on finit sur les genoux, épuisés pour lui. Le reste du groupe fait preuve de la même générosité, tous s'éclatent et aucun ne tient en place. En enchaînant les dates, avec notamment un passage au dernier Hellfest, MALEMORT s'est constitué sa petite horde de fidèles et des titres comme les hits du dernier album tels que Ball Trap, Carnaval Cannibal ou Cabaret Voltaire rencontrent un succès immédiat et enflamment la Boule Noire. Ce qui est sûr, c'est que ce dynamisme et cette énergie vont nous manquer : le groupe donnait son dernier concert parisien avant longtemps. Vivement le prochain album, qu'on les retrouve toujours aussi à fond !

Setlist :
01. Ball Trap
02. Insoumission
03. Madame
04. Brûle
05. Le Domaine
06. Atomique Diplomatie
07. Decadence
08. Foutue Belle Jeunesse
09. Mille Regards
10. Carnaval Cannibal
11. Cabaret Voltaire

ACYL

ACYL en est bien à son cinquième concert à Paris en 2018 et une inquiétude légitime pourrait saisir les sceptiques : est ce qu'on ne finirait pas par se lasser à force ? Visiblement, le groupe se posait la même question, comme le confie Amine, le chanteur, au milieu du concert : ils n'étaient pas forcément convaincus à l'idée de refaire la Boule Noire si peu de temps après la précédente... Est-ce que le public serait aussi enthousiaste ? Et bien, pour reprendre les mots du frontman, ils avaient tort de douter. ACYL a, comme d'habitude, fait un triomphe. Première surprise : l'habituel décompte avant le début du show a disparu, le groupe propose désormais une nouvelle introduction. Amine s'empare d'un guembri, instrument à corde utilisé dans les pays du Maghreb, alors que le morceau monte en intensité petit à petit. Le metal ethnique de ACYL puise son inspiration dans les musiques traditionnelles berbères et les musiciens posent régulièrement leurs guitares pour frapper leurs bandirs et derboukas ou faire sonner les karkabous, grands favoris d'un public qui les acclame désormais. La musique d'ACYL est aussi violente et puissante et ça headbang fort dans le public. D'ailleurs, l'intensité du concert surprend : les pogos sont particulièrement sauvages et le groupe dégage une envie d'en découdre inhabituelle. Après avoir joué des titres du dernier album comme Mercurial, Battle of Constantine et Finga, Amine prévient : "on arrive à la seconde partie du concert, ça va être plus pêchu alors je veux voir remuer tout ce qui peut remuer". Plus pêchu ? La vache. Et en effet, ça tabasse. Le début du concert était lourd et percutant, mais peut-être plus aéré avec ses passages de musique traditionnelle plus fréquents, la suite revient à des origines plus extrêmes avec des morceaux plus anciens. Heureusement Gibraltar permet de souffler, invitant comme à chaque fois la foule a faire quelques pas de danse avec le groupe. ACYL ne triche pas sur scène, la musique du groupe est sincère et généreuse et les musiciens ont une élégance et une classe qui les rend immédiatement attachants, en plus de véhiculer un message salvateur indispensable. Même après autant de fois en si peu de temps, le charme continue d'opérer, la preuve en étant l'accueil que les artistes ont reçu. On ne peut que leur souhaiter un tel succès quand ils reviendront avec leur nouvel album. Que l'hiver va sembler froid jusque là.

Setlist :
01. Intro
02. Evil Depth
03. Mercurial
04. Finga
05. Battle of Constantine
06. Kiama
07. Obduracy
08. The Angel's Sins
09. Gibraltar
10. Head On Crash / Ungratfulness
11. Autonomy