Chronique | Wumpscut - Blut Spuker Tavern

Cécile Hautefeuille 03 avril 2015

2015 marque, comme tous les ans, la sortie d’un nouvel opus de :WUMPSCUT:, projet solo de Rudy Ratzinger. Du vrai, du pur electro-indus. Ce style musical a été fortement éculé ces quinze dernières années, au point de devenir un peu ringard, un peu facile, un peu fui. Pourtant, revenir parfois aux sources fait un bien fou. Faut-il encore que le travail soit bien fait. Avec Blut Spuker Tavern, :WUMPSCUT: décide de s’enterrer plus profond dans l’horreur et l’épouvante, une piste déjà frêlement empruntée dans le précédent album Bluwark Bazooka. La colonne vertébrale de l'album se compose de segments, citations de films ou de documentaires historiques. On peut même entendre un extrait en français au début de Bucket of Perceptions. La chair de l'album forme une atmosphère lugubre, torturée. Ratzinger s’adresse dans cet opus à ses vrais fans. Mis à part That Was A Life That Was, vous n’entendrez probablement aucune de ces nouvelles chansons en after party et en set DJ. Aucun beat ne bat au rythme du dancefloor, les bpm ralentissent tout au long de l’album, suivant le pouls d’un mort qui perd son sang. Blut Spuker Tavern est la part d’introversion de :WUMPSCUT: qui semble se moquer éperdument du « qu’en dira-t-on ». Musicalement, l’opus trempe dans le retro assumé. Rythme lent, bruits d’ambiance, mesures angoissantes répétitives. Tous les sons semblent sortir de la fin des années 1990. Gangrän et Kamerad Kaputt font très fortement penser à un vieux SUICIDE COMMANDO à l’époque de Contamination. Les effets de voix sur Kamerad Kaputt et Basilius Fleischlein rappellent ceux utilisés par Thomas Rainer pendant les jeunes années de L’ÂME IMMORTELLE. L’effet vintage de ‘Blut Spuker Tavern’ peut apparaître comme de la paresse, du déjà vu. Après tout, se mettre la pression pour sortir un album par an peut conduire à créer tout et n’importe quoi pour remplir les sillons. Pourtant, à l’écoute de ce nouvel album, on sent bien que vendre ses disques par cartons de 36 est le cadet des soucis de Ratzinger. Le musicien qui comptabilise zéro concert promo persévère dans son style, maladivement nostalgique, pour le plaisir de ceux qui trouvent que les années 2000 sont passées bien trop vite. La version Box limitée contient deux autres CDs de remixes qui se laissent agréablement parcourir, de l’orgue synthétisée à la version entièrement orchestrale. Seul bémol de cet album : comme souvent avec :WUMPSCUT:, les remixes sont parfois meilleurs que les titres originaux.