Chronique | Tardigrade Inferno - HUSH

Pierre Sopor 8 mars 2026

Il y a dix ans, Tardigrade Inferno sortait un premier EP éponyme. Depuis la formation russe a approfondi son univers à la fois décalé et sinistre, faisant de la fiesta spooky sa marque de fabrique. Un cirque fait de cabaret, de Danny Elfman, de gros riffs, des influences neo-metal, un enthousiasme un brin punk, de monstres dodus qui se dandinent dans les ténèbres et de choses qui bavent sous le lit... bref, de dignes successeurs de choses comme les Stolen Babies, en plus grand public. Hush est leur troisième album et, après avoir "brulé le cirque" sur le précédent, on retrouve donc ce carnaval grimaçant avec le plaisir familier d'une barbe à papa aux viscères.

Tardigrade Inferno commence par la fin, c'est comme ça : The Final Show sert de levé de rideau. Mélodie creepy, thérémines de l'au-delà, chant théâtral toujours aussi expressif... On commence à connaître la recette par cœur. Ce n'est pas pour ça que l'on n'y prend pas du plaisir. Des comptines enfantines (All in Your Head avec son mélange de rythmique martiale et d'orgue de barbarie, fonctionne très bien dans le genre KoRn qui se la jouerait parade monstrueuse), de l'entrain (Deadly Fairytales et son riffing simple, rentre-dedans et accrocheur qui contraste avec des ponctuations au xylophone), une mélancolie gothique façon comédie musicale d'outre-tombe (Dead Fish Smile)... Avec Hush, la fête forraine ne manque pas de numéros aussi alléchants qu'inquiétants.

C'est encore là que réside la force de Tardigrade Inferno, à la fois dans ce ton hybride entre des choses franchement glauque et une envie de divertir, d'emballer le sordide d'une pirouette. Le clinquant des rideaux ne cache pas la crasse mais la crasse ne gâche pas non plus le goût des sucreries. On note cependant une ambition d'élargir les horizons habituels (la très chouette intro orchestrale de Subatomic Heist, le solo grinçant de Hide'n'Seek à la fois narratif et évocateur de monstres aussi attachants qu'affamés).

Comme d'habitude, c'est quand Tardigrade Inferno assume le plus ses ténèbres qu'on les préfère. Certes, jongler avec les tripes, c'est rigolo, mais rien ne vaut un bon coup de blues. Hush semble plus hanté que d'habitude, à l'image de sa dernière partie. Il y a tout d'abord Goor, avec ses bizarreries électroniques, sa noirceur poétique et son hurlement de loup aux airs de lamentation avant un morceau-titre effrayant et où le désespoir prend le dessus sur l'envie de se dandiner puis, dans une dernière pirouette, un numéro final fait d'une intro cinématographique de fort belle facture (Hypograph et son piano de maison hantée) avant I Am Eternal, conclusion baroque aux chœurs grandiloquents et aux guitares gémissantes.

Après cette dernière attraction à la fois épique et poignante, on se retrouve un peu comme quand la lumière s'éteint et qu'il est temps de dormir. Proposons alors un pacte à Tardigrade Inferno : allez, on se remet Hush encore un coup et c'est promis, quand on sera grands, on rejoindra le cirque. En attendant, ne nous mangez pas s'il vous plaît. Tout cela a beau ressembler aux précédents albums, c'est toujours aussi ludique et bien fichu alors ne boudez pas votre plaisir et venez vous perdre sous les toiles de ce sombre chapiteau.

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Pierre Sopor

Rédacteur / Photographe