FauxX et Kloahk le même soir, en voilà une belle idée, les deux projets proposant une vision différente et singulière de la musique industrielle, mais on ne va pas vous cacher qu'on a d'abord eu un peu peur : la date était initialement prévue en janvier, alors que FauxX venait de jouer au Klub et Kloahk à l'Atomic Cat... est-ce que le public se serait déplacé ? Commençons alors cette conversation comme toutes celles où, un peu mal à l'aise, on cherche un sujet universel auquel se raccrocher pour briser la glace : parlons de la pluie et du beau temps ! Un avis de tempête poussait l'organisateur, BGP Music Production, à décaler le concert à une date ultérieure, un choix payant puisque l'Anti Club du Cirque Électrique se remplit plutôt bien.
KLOAHK
Kloahk jouait il y a moins de six mois à Paris, en première partie de Machinalis Tarantulae. Et alors ? On ne se lasse pas de son rock industriel de plus en plus lourd (en plus, cette précédente date se faisant dans une configuration inédite, sans batterie mais avec piano). Ce soir, en revanche, c'est Kloahk dans sa version "classique" : le duo composé de Paul Prevel (chant et guitare) et Olivier Hurtu (batterie) s'installent dans la pénombre on ne sait pas trop comment vu qu'on n'y voit rien. Comme d'habitude, Kloahk se produit dans un mélange d'obscurité, de lumières froides bleues et cyans et de quelques stroboscopes. L'immersion est soignée, les ombres permettant aux visages blafards de ces deux spectres de mieux ressortir, la machine à fumée ajoute une touche de mystère... et le bleu n'est-il pas la couleur de la mélancolie ?
Car une des choses qui distingue la musique de Kloahk, c'est bien sa façon de mettre en avant les émotions. Tristesse, colère, solitude, menace, rage : les nuances sont subtiles et portées par un chant clair assumé et rare dans le genre. Dès le début, sur Round and Round, on se fait la même remarque que d'habitude : Kloahk progresse à chaque concert ! Il y a tout d'abord le jeu de scène de Paul, plus expressif et assumé. On sent qu'il prend confiance, comme s'il avait fini par bien vouloir accepter ce que chaque personne ayant écouté Kloahk sait : ce qu'il fait est excellent ! En plus, contrairement aux fois où il se retrouve sur un côté de la scène, là, celle de l'Anti-Club est trop encombrée et le force à occuper le milieu. Pas le choix : faut se coller devant, au milieu, et il s'empare avec assurance de ce rôle de frontman.
Mais c'est surtout dans le chant que l'on remarque cette confiance boostée. Sa voix se durcit sur certains passages, ajoutant une rage nouvelle à certains titres (Lullaby et It's Alright gagnent une intensité nouvelle). Les titres de V E R S O 3 étaient plus lourds, plus sombres, et aussi bien l'interprétation de ce soir que le nouveau morceau joué vont dans ce sens : Kloahk, dans un numéro d'équilibriste dont il a le secret, réussit à garder sa sensibilité bien particulière, cette fragilité éthérée et poétique qui fait tout son intérêt, tout en y injectant une hargne nouvelle. Surtout, il a ce sens des chansons qui font mouche tout de suite, des refrains qui nous accrochent, tout en faisant preuve de profondeur et de richesse dans les morceaux. C'est accessible et séduisant tout en étant d'une belle étrangeté, d'une sincérité et d'un goût pour la recherche sonore toujours aussi passionnant.
FAUXX
La dernière fois qu'on a vu FauxX, au Klub, c'était compliqué. Un crève-cœur, même, tant les conditions techniques atroces avaient massacré leur son (on n'entendait que la batterie). Heureusement, comme on a pu le constater juste avant avec Kloahk, on sait que Clémence, la plus culte des ingés sons des souterrains parisiens au sol collant, saurait faire sonner une batterie dans un cagibi en feuilles de tôle. Et heureusement, parce que Job est du genre à cogner fort ! Les premières secondes nous rassurent : cette fois, les synthés s'imposent dans toute leur pesanteur impitoyable. On ne va pas rigoler.
L'approche de FauxX est radicalement différente de celle de Kloahk. Adieu les émotions et les chansons qui font mouche facilement. FauxX n'est pas là pour rassurer et encore moins être aimable. Leur dernier album, Antewar, est une succession d'agressions sonores tortueuses plus terrifiantes que dansantes, un truc lourd, méchant et opaque assez inclassable : du metal industriel sans guitare ? De la darksynth sous stéroïdes ? Voilà ce qui arrive quand deux gars qui n'écoutent pas spécialement d'indus décident d'en faire : on se retrouve avec une musique unique, un truc bien à eux qui pourrait parfois évoquer ce que serait 3TEETH s'ils tombaient dans un bidon d'acide et laissaient de côté les formules catchy.
Jokk et Job sont coincés derrière leurs instruments. Ça ne les empêche pas de communiquer entre eux, on les voit balancer quelques vannes avant de jouer, s'échanger quelques regards. On les sent impliqués : si Job est toujours le batteur le plus expressif de ce côté-ci de la réalité (à chaque fois, c'est difficile de résister à l'envie de vous sortir un trombinoscope de ses meilleures expressions), Jokk semble lui aussi bien dedans. Sa longue chevelure, son corps et ses synthés qui forment une croix sous le spot de l'Anti Club, lui donnent une aura christique... ses mimiques de possédés sous une lumière rouge, en revanche, moins !
La batterie nous roule dessus. Les morceaux sont agressifs, hypnotiques, d'une lourdeur incantatoire qui vire au mystique. FauxX nous plonge dans une espèce de messe apocalyptique synthétique, une expérience occulte loin des sentiers balisés, un monstre qui n'est là ni pour nous mettre à l'aise, ni pour faire la fête. On n'a pas fait la fête, on n'a pas été à l'aise, mais qu'est-ce que c'était bien !






































