Amphi 2026, jour 2, 10h30 : il n'y a pas encore grand monde mais, déjà, les questions nous assaillent. Est-ce qu'on va enfin réussir à échanger en allemand sans qu'on nous réponde immédiatement en français ? Est-ce qu'on va réussir à entrer dans la Theater Stage pour voir Empathy Test, alors que la terre entière semble en avoir l'intention, tout en profitant assez de Diary of Dreams qui joue quasi en même temps ? Allons-nous gagner le concours de danse industrielle ? Ce soir, on va voir quoi entre Eisbrecher et Rotersand ? Mais surtout, allons-nous avoir droit à la pluie promise par la météo et qui nous fait tant rêver après des siècles de canicule écrasante ? On nous a dit que la tradition exige que l'on revienne de l'Amphi avec un rhume et des coups de soleil, que l'on a attrapés la veille, alors on croise les doigts !
Plus sérieusement, l'Allemagne est alors sous le choc d'un attentat contre la Marche des Fiertés de Berlin la veille. Aucun des groupes que nous avons vu n'a prononcé le moindre mot sur cet événement traumatisant. Ce silence général était assourdissant.

MOTEL TRANSYLVANIA
Il n'y a peut-être pas foule sous les parasols-champignons de la Main Stage mais on remarque que plusieurs personnes tiennent des drapeaux verts et noirs, les couleurs de Motel Transylvania. Le groupe italien a soigné sa venue et nous invite à participer à son cirque horrifique. Des fumigènes verts, des lumières vertes, des costumes verts et noir, des cœurs verts et noirs sur les réseaux sociaux : on a pigé le code couleur !
Le groupe a mis une petite décennie à peaufiner sa musique pour arriver à son mélange actuel, un metal industriel accrocheur aux accents gothiques horrifiques. Comme la veille, l'Amphi démarre donc avec des gros riffs. Quand le chanteur Toxic Ghoul demande aux gens de se mettre à genoux pour ensuite sauter quand le morceau redémarre, on sent qu'il est un peu tôt pour les articulations de certains et que tout le monde n'a pas l'habitude de ce genre d'activités ! Grosse énergie, gros boum-boum electro-metal, refrains percutants, Motel Transylvania épate la galerie en nous enchaînant ses tubes (Generation Lost, Firmament, In my Mind, Obscene, To Hell). Ils ont poncé Rammstein, Manson, Rob Zombie, Static-X et compagnie, leur côté rock'n'roll débridé fougueux et la lourdeur de certains passages fonctionnent très bien, on se prend au jeu facilement, c'est fun, ça réveille et en plus, heureusement, aucun insupportable film d'animation avec Adam Sandler n'est à déplorer !
CHROM
Aaaaaah, voilà, cette fois ça y est ! Après une journée passée à esquiver les projets similaires, on a enfin droit à notre projet synthpop / EBM avec un monsieur aux cheveux propres et courts, qui gambade pendant que son collègue reste derrière son synthé en fond de scène ! Christian Marquis, avec ses yeux doux et son petit sourire, nous chante son spleen depuis bientôt vingt ans.
En attaquant avec Memories, un titre de 2012, Chrom assume son approche nostalgique (les morceaux du récent album Peak & Decay n'arriveront que dans la deuxième partie du set). Les rythmiques de Paralysed, plus intense, continuent de peser sur les genoux déjà mis à mal par la séance de gymnastique de Motel Transylvania mais les danses de Chrom sont plus introspectives. Au risque de faire hurler tout un tas de gens de plus de cinquante ans en chemise propre, on se félicite d'avoir loupé Solar Fake et Covenant la veille, histoire de pouvoir apprécier Chrom sans déjà éprouver de saturation. Détail amusant : après un début de concert qui lorgnait vers le passé en s'ouvrant littéralement sur des souvenirs, le duo nous laisse avec The Start of Something New, comme si le temps d'un set, leur regard s'était petit à petit tourné vers l'avenir.
Vous ne connaissez peut-être pas encore Kllsignl, dont le premier EP Wendigo sortait récemment (chronique). Pour notre délégation, c'était un des noms immanquables de cette édition (tant pis, on ne gagnera pas le concours de danses industrielles cette année) ! Il est donc temps de se lancer dans l'odyssée dont on entendait les locaux et les habitués parler à voix basse depuis le début du festival : se rendre à bord du MS RheinMagie où se situe l'Orbit Stage, la "petite" scène de l'Amphi.
Une petite demi-heure de marche le long du Rhin, avec un pont à traverser, la vue sur l'imposante cathédrale de Cologne, ça pourrait même être sympa sous les nuages. Pas besoin de prendre la navette ! Oui, mais c'est sans compter le cours de dessin avec des gens normaux qui dessinent d'autres gens en tenue de chantier à la sortie de l'Amphi et qui nous fait forcément perdre un peu de temps, le vent qui souffle comme un dingue et transforme une des rives en tempête de sable post-apocalyptique et surtout, surtout, suuuuurtout, une saleté de brocante pour moldus chiants qui prend toute la place le long de l'autre rive ! On se voyait marcher super vite, efficacement, on se retrouve à piétiner entre des stands de bidules divers, dans les odeurs de poissons panés et derrière des touristes français (y'a rien de pire à l'étranger) qui s'arrêtent tous les 2 mètres pour dire "oh, mais c'est joli ça" et tout prendre en photos avec leur téléphone. Argh mais sortez-nous de cet enfer !
L'Orbit Stage est loin du reste du festival mais propose finalement une sorte de contre-festival, un univers alternatif très agréable (déjà que l'Amphi est un festival très confortable). De la nourriture simple et saine, la clim, une terrasse avec pas mal de places assises qui surplombent le concert, une petite scène éclairée décemment... On y découvre, du moins à cette heure, les meilleures conditions pour profiter d'un concert. "Hallo, ein Coca bitte - Sorry, what ? Oh, vous êtes français". Caramba, encore raté. C'était pourtant une question simple mais un coca, ici, ça se dit "cola". On ne rigole pas avec ça.
KLLSIGNL
On ne voulait surtout pas rater Kllsignl pour un tas de raisons. Tout d'abord il y a son univers cauchemardesque, fait de paralysies nocturnes et autres monstruosités inquiétantes. Ensuite, il y a son mélange entre dark electro, trap et rap, un truc moderne et inhabituel pour l'Amphi qui apporte un vent de fraîcheur et de diversité musicale bienvenu. Et puis il y a le crâne de cerf, on ne va pas se mentir hein. Les capuches noires de Nazgul, aussi, ça fait black metal, c'est cool. Des grosses basses hypnotiques, une ambiance macabre sinistre du début à la fin, le concert passe comme un rituel dans un sous-sol crado sauf qu'on est à bord d'un élégant bateau avec la clim et des wraps tomate-mozza.
On pense à un bébé mutant de Psyclon Nine et Doodseskader qui aurait dévoré Ghostemane et Istasha en grandissant. Aux morceaux de l'EP s'ajoutent des choses inédites aux titres évocateurs : Sleep is the Sister of Death ou Dripdripdrip. C'est lourd, tordu, anxiogène. On se demande un peu s'il faut chercher un sens aux morceaux avec ou sans le masque de cerf, comme si certains codes du rituel nous échappaient, mais c'est parce qu'on aime bien poser des questions dès qu'il y a des cranes d'animaux. C'était trop cool, un de nos gros coups de cœur du festival qui apporte la satisfaction non seulement d'avoir vu quelque chose d'un peu neuf et différent mais aussi de vraiment sombre et méchant au sein d'une édition dominée par les projets polis plein d'ondes positives.
Arrive alors un vrai gros dilemme : continuer à profiter de l'Orbit et voir Emmon, que l'on a très envie de voir, ou repartir fissa pour découvrir The Sweet Kill sur scène, que l'on a aussi très envie de voir ? Emmon jouant en première partie de Denuit en France très bientôt, on retourne affronter la brocante infernale (non, les touristes français, ça suffit maintenant, ce n'est pas JOLI ça, pas la peine de le prendre en photo, c'est juste un vieux jouet pourri, y'a les mêmes dans tous les greniers pourris du monde... oh, des granités à la vodka ? Hmmm, tentant... mais non, pas l'temps !).
THE SWEET KILL
Pendant la nuit séparant le premier du deuxième jour, personne n'a trouvé le bouton pour allumer la lumière sur la Theater Stage. The Sweet Kill se pointe dans la pénombre et la fumée, une ambiance tout à fait pertinente. On s'attendait à un énième projet de post-punk / gothic rock pas-mal-mais-qu'on-confond-avec-les-autres, avec des gens en chemise qui regardent leurs pieds, un truc comme ça. On avait le doigt dans le deuil jusqu'au coude !
Y'a un grand bonhomme torse nu et super énervé qui en impose à mort dans la fumée, qui file des coups de pied dans le vide, qui prend des bains de foule. Le Canadien Pete Mills va à contre-pied du minimalisme froid et synthétique à la mode en assumant pleinement son romantisme noir, son mélange de rage brulante et de mélancolie, son énergie rock'n'roll, son attitude écorchée. Il y a un peu de London After Midnight pour les mélodies, un peu de Joy Division pour cette voix grave qui résonne dans les ténèbres. Le projet est apparu au début des années 2020 et n'a traversé l'Océan Atlantique que très peu de fois mais Mills a insufflé son expérience dans The Sweet Kill pour nous proposer d'emblée une œuvre belle, habitée et intense. On sue mais on est bien.
LEBANON HANOVER
Une poignée de lignes plus haut, on vous parlait de minimalisme et de froideur. Vu que des programmateurs facétieux ont décidé de mettre Lebanon Hanover sur la Main Stage, exposant le duo au grand jour à l'heure du goûter, on décide d'aller refroidir notre sang encore bouillant après The Sweet Kill. Mais attention, un drame survient à Cologne : au moment de monter sur scène, alors qu'elle achève probablement sa conversation avec quelqu'un backstage, Larissa Iceglass a encore environ 20% d'un sourire sur les lèvres. Elle a la tête baissée, elle est au fond de la scène, on la voit peu, mais le mal est fait : tout le mythe s'effondre ! Heureusement, le temps d'arriver au pied de micro, sa moue n'est plus que dédain, ennui et néant. On ne se rend pas à un concert de Lebanon Hanover pour voir des gens sourire en ayant l'air sympa.
Le duo le plus blasé du monde nous enchaîne ses "tubes" accablés faits d'aliénation et d'abandon rempli de réverbération sépulcrale, de synthés glacés des années 80 (c'est donc pour ça qu'on parlait à l'époque de Guerre "Froide" ?) et d'une basse hypnotique. Les voix de Larissa et William Maybelline se succèdent, ce dernier étant toujours plus expressif que sa binôme. La mélancolie d'Ice Cave fait danser l'Amphi mollement, les yeux cloués au sol, on est trop saoulés pour admettre que c'est cool. On regarde nos pieds parce qu'on ne veut pas qu'on nous voit mais aussi parce qu'on ne veut pas voir les autres, on ne veut pas découvrir que les gens de Lebanon Hanover sont en fait en couleur si on les voit en vrai et en plein jour. On est Totally Tot au dedans, on se laisse bercer par la poésie neurasthénique de Kunst, Gallowdance et Alien avant de finir sur l'incantatoire Come Kali Come, moment halluciné de rituel apocalyptique mystérieux à la pesanteur quasi doom qui restera hanter les lieux un moment alors que Larissa finit le concert allongée sur le sol, morte au dedans. Aucun morceau de leur dernier album Asylum Lullabies, qui tranchait avec leurs précédents albums ? Non mais ho, Lebanon Hanover ne va quand même pas s'abaisser à des choses aussi conformistes, comme manifester un peu de fierté envers son travail récent et le promouvoir ! Un peu plus de variété n'aurait cependant pas fait de mal.
ASSEMBLAGE 23
Pendant que c'était les ténèbres au soleil, c'est le soleil dans les ténèbres. Ou presque. La Theater Stage est blindée, les gens font la queue pour espérer entrer et danser avec Assemblage 23. Yes, un mec chauve en chemise, de la futurepop mélancolique ! Malgré l'annulation de VNV Nation la veille, on aura notre quota quand même ! Trêve de taquineries. Le concert commence avec l'arrivée de Mari Kattman, qui était déjà sur scène avec Solitary Experiments une petite heure plus tôt. Elle est montée sur ressorts et son enthousiasme infatigable assure le show.
Puis Tom Shear se pointe, tout en sobriété, et démarre son set comme il démarre son dernier album, Null, au son de Believe. Rythmiques binaires, chant clair mélancolique et nostalgique, refrains qui nous embarquent. On connaît la recette. Le public avait des fourmis dans les jambes et se laisse emporter par les émotions que transmet la voix du chanteur, y compris sur les morceaux plus durs (Naked, Let the Wind Erase Me). Avec bientôt quarante ans de danses douces-amères et de futurs mélancoliques derrière lui, Tom Shear maîtrise son sujet mais on ne peut pas s'empêcher de se sentir, nous aussi, comme si on avait quatre décennies d'expérience là-dedans tant les formules sont familières, comme une paire de chaussons que l'on retrouve après une journée de festival à piétiner. D'ailleurs, figurez-vous que Tom Shear porte manifestement les mêmes baskets que Constantin Warter de Calva Y Nada la veille : vont-ils acheter leurs chaussures ensemble ? On peut avoir la référence, parce que deux jours à piétiner, ça finit par piquer !
DIARY OF DREAMS
Devant la Main Stage, après que Lebanon Hanover ait aplati tous les électroencéphalogrammes, la tension recommence à monter. Il y a une distribution de Mr Freeze mais y'en a qui n'osent pas en prendre de peur de lâcher la barrière et de perdre leur place au premier rang pour Eisbrecher plus tard. Pas de glace pour les fans du brise-glace !
Hors de question de rater Diary of Dreams. Un peu comme Das Ich la veille, ça fait partie de ces projets cultes qui nous tiennent à cœur, omniprésents sur les festivals allemands mais qui ne viennent jamais en France (malgré un concert parisien en 2024, le premier depuis 15 ans). Comme Das Ich la veille, Diary of Dreams sera en fait à Paris et Strasbourg en février prochain, les deux se partageant l'affiche ! En Main Stage, Adrian Hates a de la place pour cavaler dans tous le sens, cheveux au vent. On s'amuse toujours autant du paradoxe entre son attitude solaire et chaleureuse et la pesanteur déprimante de sa musique. Pour un gars qui s'appelle Hates, il transpire la bienveillance envers son public !
La noirceur de Diary of Dreams échappe aux classifications : un peu de darkwave, un peu de lourdeur industrielle, du gothique et des torrents de mélancolie. La setlist nous fait voyager à travers les époques : la très électronique Kindrom, l'angoisse de The Secret, la pesanteur menaçante de Viva la Bestia, la poignante Ikarus... Avec Diary of Dreams, ça fait mouche à chaque fois grâce à cette voix grave accablée, ce contraste entre les mélodies fragiles et les guitares plus mordantes, cette noirceur permanente, cette "endless night" dont on voudrait, en effet, ne jamais voir la fin. L'humeur a enfin raison des nuages, qui fondent et s'effondrent en sanglot. Diary of Dreams, sous la pluie, à l'abri de champignons géants, avec un Mr Freeze : qui dit mieux ?
EMPATHY TEST
Situé sur un créneau cruel en même temps que Diary of Dreams et Empathy Test, et sur la lointaine Orbit Stage, nous devons sacrifier le concert de Potochkine. C'est un vrai crève-coeur dont on se console uniquement grâce à leur concert nantais d'il y a quelques semaines et que l'on vous racontait par ici. En ayant une grosse pensée pour eux, la délégation Verdammnis se sépare alors en deux équipes : la team Mr Freeze devant Diary of Dreams et la team transpiration devant Empathy Test. La Theater Stage est complète à nouveau, une longue file d'attente s'amasse à l'entrée pour espérer voir la bande d'Isaac Howlett dont le succès en Allemagne n'est plus à prouver. Le chanteur avait prévenu : les concerts actuels de son groupe seront les derniers tant qu'ils n'auront pas réussi à sortir de nouvelles choses, lui et son ami Adam Relf n'ayant rien pu créer ensemble depuis l'album Monsters de 2020. En écoutant les fans au festival, beaucoup tiennent à tout prix à assister à ce qui est perçu comme un adieu d'Empathy Test, une dernière chance de se dissoudre dans cette pop synthétique nostalgique. En plus, il pleut : l'atmosphère est idéale.

Vient alors le moment de s'intéresser un peu aux pratiques des locaux. À l'Amphi, chaque concert est présenté et annoncé par des gens. Pour des français néophytes qui ne comprennent pas grand chose à l'allemand, ce sont "de sympathiques zozos au look rigolo qui font des blagues en allemand". Pour les locaux, ce sont les célèbres Dr Mark Benecke, biologiste spécialiste en entomologie médico-légale (il s'y connaît en bébêtes sur les cadavres, quoi) et la modèle Celene Nox. Bah devinez quoi : on a beau ne pas piger grand chose, quand ces deux-là introduisent Empathy Test en disant un truc du genre "neue material nächste jahr", on se frotte les yeux pour mieux entendre, on se débouche les oreilles pour mieux voir. Hein ? Est-ce que ça veut dire ce qu'on croit que ça veut dire ?
Puis Empathy Test commence à jouer, avec Monsters, comme d'habitude depuis tant d'années, comme un pure matin à l'effet placebo avec des paroles comme "When all's been said and done, maybe it's time to go". On commence comme si on se quittait et le texte pourrait d'ailleurs prendre un double-sens dans un contexte de dernier concert. Avec Empathy Test, chaque morceau ressemble à un adieu déchirant. Sauf que ces mystérieux mots allemands flottent encore dans notre esprit "neue material, nächste jahr", qu'est ce que cette formule magique peut bien vouloir dire ? La voix d'Isaac Howlett est claire comme les mélodies que libèrent la claviériste Nadine Green. Aux habituelles Empty Handed, Losing Touch, Demons, Vampire Town et compagnie s'ajoutent deux titres solo de Howlett, Ghosts of the Tsunami et House of Cards, parfaite conclusion douce-amère à ce moment aux nuances toujours aussi élégantes et touchantes.
Comme à chaque fois, le plaisir manifeste qu'il prend à être sur scène malgré quelques couacs techniques, son humour et son envie de s'amuser, de partager, servent de contrepoids à la tristesse de la musique. Et puis il lâche cette phrase, en anglais "nous n'avons jamais été aussi proches de sortir de nouvelles choses", confirmant ce qu'on avait bien cru comprendre plus tôt. Ha ! C'est ça, les gothiques, quand on leur dit "nos derniers concerts avant qu'on sorte de nouvelles choses", ils entendent surtout "derniers concerts" plutôt que "nouvelles choses" ! Alors rendez-vous "nächste Jahr", peut-être ?
JOACHIM WITT
La Theater Stage, pleine à craquer depuis Assemblage 23, n'est plus respirable. Impossible d'y entrer pour Clan of Xymox. Changement de plan alors : et si on allait reprendre une bonne dose d'immersion en faisant un truc typiquement allemand... comme voir Joachim Witt ! On ne va pas vous mentir : on y va par curiosité mais sans trop d'attentes. En cinquante ans de carrière, Witt est passé de la new-wave à un son plus rock, plus lourd, plus NDH, plus "en phase avec son époque". Mark Benecke et Celene Nox le présentent, là encore on saisit quelques mots. "Eine Dino". On apprend aussi que les Allemands prononcent son nom "Yo-arim". On s'attend à un truc un peu kitsch, un peu ringard.
C'est exactement ça. Mais en cool. A presque 75 ans passés, Yo-arim a la pêche et semble bien s'amuser. Il n'a rien à prouver, de toute façon. Avec son look de bibliothécaire occultiste, il cavale sur scène pendant que ses musiciens (parmi eux, l'ex-ex-guitariste de Die Krupps, Marcel Zürcher) font retentir les riffs de Herr der Berge. Tout le monde connaît les paroles de Goldener Reiter, évidemment modernisée depuis 1981, Witt s'amuse bien à nous faire son petit théâtre de "haha-ha, haha-ha" pendant Treibjagd et assombrit l'atmosphère avec Die Flut. Pour Signale, il invite Alexx Wesselsky d'Eisbrecher à le rejoindre, on repense alors à la fan qui ne voulait pas lâcher la barrière de peur de perdre sa place en acceptant un Mr Freeze. Les deux mains fermement cramponnées, elle doit passer un bon moment. Comme pas mal de monde, en fait : non, Joachim Witt n'est pas à la pointe de l'avant-garde, oui ça sent un peu le papier-peint aux rayures marron et beige de chez mémé, oui même son portrait géant derrière la batterie est too-much, mais c'était très attachant. Et pendant ce temps, le concert de Clan of Xymox était brièvement interrompu et légèrement mutilé en raison de soucis techniques continus. Bon, bah sans regrets, alors.
EISBRECHER
Là encore, la team Verdammnis fait le point : bon, on fait quoi ? On ne va pas vous cacher que, comme souvent, les têtes d'affiche nous attiraient vachement moins que d'autres groupes. Dans un monde idéal, on aurait bien aimé aller voir Rotersand, mais se lancer dans le trajet vers l'Orbit à cette heure, c'est prendre le risque de se retrouver face à un bateau blindé et de devoir finir notre festival sur les quais du Rhin, au milieu de cette fichue brocante qui sent le poisson pané, comme un avant-goût du purgatoire.

Bon, eh bien tant qu'à faire, autant assumer avec un feu d'artifice final et aller voir Eisbrecher, clôture de cette édition anniversaire en Main Stage. Eisbrecher, on connaît, on a la chance de les voir souvent en France. D'ailleurs, assez ironiquement, il vaut mieux les voir en France pour profiter du show de Wesselsky, qui enchaîne les interventions dans un français parfait. Là aussi, il est toujours aussi enjoué, bavard et sympathique, mais c'est forcément moins insolite !
Ça ne nous empêche pas de nous prendre au jeu avec une succession de gros morceaux bourrins, conquérants, simples et irrésistibles dont Eisbrecher a le secret. Le récent album Kaltfront est à l'honneur, tout est wunderbar dès le début, puis on fait les gros muscles et les bouches pas contentes pour brailler Himmel, Arsch und Zwirn comme si on ne savait pas ce que ça voulait dire et qu'on ne venait pas de passer le week-end à dire "bitte" de toute façon, les popotins remuent dans les tenues militaires pendant Was ist Hier Los?, et Verrückt est toujours indémodable. Pendant This is Deutsch, on en profite pour faire le point : voir Mono Inc et Joachim Witt, ça c'est Deutsch. Taper dans les mains 187 fois, ça c'est Deutsch. Voir des quinquas déguisés en militaire se dandiner sur des mélanges electro-metal bien carrés aux univers virils plein de gros bateaux, de gros tanks, de grosses machines et de blagues graveleuses, ça c'est Deutsch.
On voulait un feu d'artifice en conclusion, on l'a eu. Eisbrecher invite Sotiria sur Die Hoffnung Stirbt Zuletzt, Yo-arim, très vite, remonte sur scène le temps de Zeitgeist, dont la satisfaction primitive est jouissive, et Frank Herzig de Schattenmann apparaît le temps d'Auf die Zunge, Wesselsky l'entertainer exprimant sa jalousie capilaire. Le chanteur descend dans le public se faire fouetter le popotin par ses fans... et par le chanteur de Heldmaschine. Pour boucler cet Amphi, Eisbrecher joue sa reprise d'Out of the Dark de Falco et hop, Sotira, Yo-arim et Herzig sont de retour, puis tout le monde balance des ours en peluche dans le public, comme d'hab, et c'est fini. Un gros bouquet final pour marquer le coup, un anniversaire se fête entre amis !
Voilà. L'Amphi a connu sa vingtième édition. Est-ce que les vingt prochaines années permettront au festival de se diversifier un peu plus en faisant venir de nouvelles têtes (et plus de femmes) ? Il le faudra bien, ou les gadgets comme le segway de Heldmaschine et les synthés à roulettes de Das Ich devront être remplacés par des déambulateurs. Cette édition nous a cependant offert des aperçus du futur : Kllsignl sera à l'affiche du prochain Out of Line weekender, Potochkine commence à prendre ses aises ici, finalement Empathy Test aurait un avenir, la soirée Call the Ship to Port de l'an prochain est déjà sold-out, avec Ductape à l'affiche (et Solar Fake, certes)... Tous ces noms, et tant d'autres, sont à surveiller : pour les quarante ans de l'Amphi, on les appellera les "dinos" à leur tour ! On pensait que ce serait une occasion unique de (re)voir Diary of Dreams, Das Ich et Empathy Test mais il semblerait que non et c'est tant mieux !
Bref, c'était très sympa. Les critiques concernant une programmation qui manque un peu de risques sont finalement les mêmes que pour la plupart des festivals et cette situation répond également aux volontés du public... Si vous voulez voir de nouvelles têtes, écoutez de nouvelles choses ! Tournons notre regard vers l'édition 2027 : certes, il y aura Deine Lakaien, VNV Nation, BlutEngel et Die Krupps, des habitués qui fédèrent... mais aussi Horskh, Aux Animaux, Sierra Veins ou encore Night in Athens !
Top 3 Pierre : Kllsignl, The Sweet Kill, Empathy Test
Top 3 Maxine : Diary of Dreams, Kllsignl, Lebanon Hanover

























































































































































































































































