Cette année, l'Amphi Festival fêtait sa vingtième édition depuis 2005. En vingt ans, le festival a connu plusieurs changements, avec notamment la disparition du Staatenhaus en tant que troisième scène puis l'arrivée du RheinMagie en bord de Rhin où se trouve l'Orbit Stage. Ploum-ploum tranquilloum, le festival a imposé une routine confiante et confortable : les habitués vont à l'Amphi pour y retrouver un lieu familier, agréable et où l'accueil du public dans les meilleures conditions semble passer avant la croissance à tout prix, mais aussi pour y retrouver des visages familiers, que ce soit dans le public... ou sur scène !
En effet, comme pas mal de gros festivals des scènes "dark" (mais on dit la même chose dans le metal), on a cette drôle d'impression de toujours voir un peu les mêmes. Ce sentiment était d'autant plus fort que, édition anniversaire oblige, le festival a décidé de réunir les "vieux amis" et de faire appel à des groupes pour qui le Tanzbrunnen de Cologne est devenu une seconde maison avec les années : Eisbrecher, Diary of Dreams, Das Ich, Welle:Erdball, Mono Inc, Solar Fake ou Covenant sont presque là une fois sur deux ! Cependant, plusieurs de ces artistes restent très rares en France et en dehors de l'Allemagne en général... Cela étant dit, tout comme pour les festivals metal, c'est évidemment plus tôt dans la journée et parmi les noms écrits en plus petit sur l'affiche que l'on fait des découvertes, que des projets inédits marquent les esprits avant de devenir les "dinosaures" de demain.
Il y aura toujours des gens dont ce sera le premier Amphi (et le dernier, aussi !) : si notre site a déjà couvert ces festivités par le passé, Verdammnis Incorporated a choisi d'envoyer cette fois une délégation toute fraiche et pas bilingue du tout pour le découvrir à son tour ! Une plage pleine de gothiques, du beau monde à l'affiche, un festival complet mais qui reste respirable et dont toutes les scènes sont abritées du soleil, avec de nombreuses places assises, des stands de merch rigolos, des toilettes globalement impeccables... côté confort, le public est bichonné. Les étrangers se retrouvent en plus avec un sujet de discussion tout trouvé : "ah, vous aussi, ça a été l'enfer pour venir avec les Eurostars annulés et décalés ?". On repense alors à ces instants de naïveté avec tendresse : on ne parlait encore que du trajet aller sans nous douter que le retour serait carabiné aussi !
Pendant que la file d'attente pour acheter le tee-shirt officiel de cette édition s'allonge jusqu'à l'horizon, les lèves tôt comment à se rapprocher de la Main Stage pour un lancement de festival très axé rock / metal. En arrivant, notre équipe de super-pros se demande s'il faut entrer dans le pit photo par la droite ou la gauche. On croise une collègue photographe française qui poireaute sur la droite. Parfait, voilà la bonne info ! On papote et on se dit que, quand même, c'est bizarre d'être en Allemagne et de n'être que deux photographes... et qui viennent de France, en plus ! Puis le concert commence et pleiiiin de photographes débarquent depuis l'autre côté : on aurait quand même pu se douter que s'il n'y a que des français quelque part, c'est qu'on est au mauvais endroit !
Florian Grey lance le festival et s'y produit pour la première fois en plus de dix ans d'existence. En studio, le rock accrocheur et mélancolique de ce projet commencé en solo peut sembler un tantinet trop sage mais là, sur scène, trônent les pierres tombales de Vincent Price et d'Edgar Allan Poe. Tout de suite, la cote de sympathie des Hambourgeois grimpe en flèche.
Un univers visuel, sur scène, ça fait déjà une belle partie du boulot. Avec leur look de goules glam, Florian Grey et ses copains nous plongent dans une esthétique de série B gothique passée à la moulinette du rock à paillette des années 80, un peu comme un croisement entre Wednesday 13 et Lord of the Lost. Ils friment pile ce qu'il faut pour que ce soit fun, on comprend bien vite que les maquillages sont plus là pour faire chavirer nos coeurs que pour vraiment nous effrayer. C'est attachant et presque mignon, à l'image de la musique dont les rengaines pop mélodiques gagnent en épaisseur sur scène grâce à quelques riffs plus méchants.
Look soigné et alternance entre gros son qui cogne et refrains mélodiques, avec ce qu'il faut pour que le public tape dans ses mains : on tient la recette de ce début de journée. Que ce soit le folk-metal de Harpyie aux influences metalcore et NDH qui dépoussièrent le côté mythologie et jeu de rôle dans une taverne entre moustachus virils ou bien le mélange electro-metalcore-indus de Soulbound, les premiers concerts misent sur l'efficacité rentre-dedans. Il y a un signe qui ne trompe pas en festival goth : il n'y a que deux agents de sécurité par scène ! N'attendez donc ni slam, ni circle-pits, ni wall of death, on se tient bien, y'a pas de relou bourré déguisé en zizi qui gueule "aperroooooo" dès midi. Non, ici on est polis, ici on tape dans les mains quand le groupe le demande, on agite les bras en l'air pendant les refrains plein de SENTIMENTS et la seule agressivité reste passive quand on juge (voire on condamne) les tee-shirts des autres en essayant de ne pas trop passer pour des français arrogants.
On note le professionnalisme de ces trois premiers groupes et leur sens du show, c'est carré, ils savent y faire pour divertir. On salue les impassibles Harpiye malgré les problèmes techniques qui plombent un peu leur début de concert, on admire d'ailleurs comme les musiciens ont tous des noms stylés et mystérieux : il y a le chanteur Aello die Windböe ("la rafale de vent") qui surgit sur scène avec un masque de harpie, il y a le guitariste Podargo der Schnellfliegende ("qui vole vite"), le batteur Kayran... et puis il y a Brian. Brian, c'est le mec qui joue de la vielle à roue avec un sourire plus grand que la scène et une moustache acrobatique. Brian, c'est l'atout charisme qui fait que Harpyie peut nous jouer n'importe quel cross-over NDH / metalcore moderne pour accompagner une partie de gwent, on ne leur en voudra pas trop. On apprécie les secousses de Soulbound, probablement le groupe au son le plus agressif cette année, et qui manie avec savoir-faire cette hybridation entre metal et électronique comme on l'aime Outre-Rhin : dansant plus que bruitiste ou trop oppressant. C'est méga pro, propre, avec le souci du travail bien fait. A l'image de l'orga ou du public : ici, on ne vient pas pour patauger dans la bouillasse. On se tient bien, on est sages.
Le site est bien fichu. Quand on s'éloigne des astucieux champignons-parasols de la Main Stage, on en fait rapidement le tour. Que ce soit au merch ou aux food trucks, c'est l'occasion de frimer avec notre meilleur allemand niveau LV2 de collège bien poussiéreuse. Et, que ce soit au merch ou aux food trucks, on tombe sur des gens qui nous répondent immédiatement dans un français très correct. Qu'est ce qu'ils sont polis ! Qu'est ce qu'ils sont vexants !
N'empêche, on nous avait dit qu'à l'Amphi, on n'allait voir que des mecs d'âge mur, en chemise et chauve, qui font de la synthpop ou qui jouent aux militaires en dandinant leurs popotins et qu'on a déjà vu mille fois. On nous ment, du moins pour l'instant ! Avec l'ouverture de la Theater Stage, on peut s'enfermer, savourer la clim qui fait encore son petit effet et retrouver Echoberyl, premier projet français à jouer à l'Amphi cette année (il y en aura trois en tout, un score honorable !). La chanteuse Cecilia est aussi la première femme à monter sur scène pour cette édition : si des efforts sont faits, l'Amphi, comme tous les autres festivals, reste hélas loin de la parité.

Un éclairage réduit au strict minimum, de la fumée, les synthées froids tenus en fond de scène par Adriano, de la darkwave moderne : ça y est, fini le metal ! On avoue avoir un instant d'inquiétude car la scène semble immense pour une artiste (quasi) seule mais Cecilia s'en empare et la parcourt avec énergie. Elle sait occuper l'espace mais aussi capter l'attention avec ses danses mystiques. Atmosphérique ou intense, la musique fait son effet et le public remue sur les titres aux racines EBM plus musclées. La prestation est mélancolique, poétique, mystérieuse, entraînante et singulière. Echoberyl est notre premier gros coup de coeur de la journée, un truc avec une âme et une personnalité forte dont on espère que l'apparition à l'Amphi leur ouvrira les portes d'autres scènes !
En raison du niveau du Rhin trop bas, l'Orbit Stage est positionnée cette année à une demi-heure de marche du reste du festival. Ça fait loin pour tenter un aller-retour rapide, au risque de se retrouver face à un bateau complet... il faut alors faire des sacrifices : nous ne verrons ni Whispers in the Shadow, ni Twin Noir ni Pink Turns Blue, alors que cette troisième scène fait presque figure de festival parallèle. Remontons alors quelques lignes plus haut, quand on parlait de messieurs en chemise qui jouent aux militaires...
Rythmiques martiales répétées en boucle, rrr roulés avec menace, voix grave et profonde, envolées mélodiques lors des refrains, apparence dure et glaciale malgré un son propre et peaufiné... Heldmaschine est un archétype, un descendant de Rammstein qui assume totalement sa parenté. Voir ces bonshommes arriver tous ensemble sur une sorte de gros segway qui envoie des tonnes de fumée en prenant la pose avec leurs guitares est déjà un spectacle insolite, mais en plus ils portent des sortes de casques-visières qui font de la lumière. On dirait des robots-cosmonautes-militaires-de-l'espace-du-futur. Avec leurs casques, on confond un peu le bassiste Marco Schulte et le guitariste Tobias Kaiser, sortes de cyber-Tic et Tac échappés de Starship Troopers.

Les casques tombent dès le second morceau. Le chanteur René Anlauff continue de rouler les rrr en écartant les bras pour être plus imposant... tout en tournant sur lui-même avec son segway qui balance de la fumée partout. Eiszeit, Webterrorist, Meine Welt : ils enchainent leurs tubes, jettent des billets de banque frappés de leur logo et reprennent Where is my Mind des Pixies. On n'a rien compris mais on a bien rigolé. A nouveau, il se dégage une forme de modestie sympathique dans cette ambition simple de divertir, de faire ce qu'on aime en faisant plaisir et avec un sourire immense. Cet art de donner au public ce qu'il veut pour lui offrir un bon moment sauve Heldmaschine du kitsch absolu. ENFIN, là, ça y est, pour nous les touristes, l'immersion était totale !
Arrive ensuite une expérience bien particulière. Pour les Allemands, voir Das Ich, c'est un peu comme rendre visite à la famille : on le fait une fois par an, y'en a qui font semblant de se lasser mais dans le fond ça fait toujours plaisir. Pour les Français, voir Das Ich est souvent soit un souvenir très lointain, soit un rêve, soit synonyme d'un voyage en Allemagne. Depuis la sortie de Cabaret en 2006, ils ont cumulé les annulations pour n'apparaître qu'exceptionnellement dans notre pays. Ils viennent pourtant d'annoncer deux dates pour 2027, une à Paris et une à Strasbourg... mais hors de question de les rater. Parce que même pour les Allemands habitués, ce concert là de Das Ich était spécial : ils viennent de sortir Fanal (chronique), leur premier album depuis presque vingt ans. On va donc avoir droit à de nouveaux morceaux pour la première fois depuis le single Kannibale de 2008 !

Das Ich est unique, que ce soit en studio ou sur scène. Aucun autre groupe ne mélange comme eux cette poésie théâtrale sinistre et macabre au sens de la grosse fiesta. Humour, menace, mélancolie... Bruno Kramm et Sven Hegewald se promènent sur scène avec leurs synthés à roulette. On passe des grimaces de Kramm à celles de Stefan Ackermann, diablotin ultra-expressif aux danses à la fois grotesques et gracieuses, clown démoniaque terrifiant et touchant. Lazarus, Brutus et Was bin Ich?, les nouveaux titres, résonnent avec puissance. Les vers récités de façon hypnotiques pendant Kannibale et Reanimat, les hymnes Schwarzer Stern, Kain und Abel et Destillat, les incantations possédées de Gottes Tod mais aussi l'intensité plus émotionnelle d'Uterus : on passe par tous les états, chaque instant est génial. Drôle, terrifiant, triste et mystérieux, Das Ich est un trésor noir figé dans le temps.
Pendant ce temps, la Theater Stage est en ébullition. Est-ce le décès de la climatisation ou le déhanché d'Andy Julia ? Allez savoir. On y sue à grosses gouttes quand, dans la pénombre bleutée, le trio Soror Dolorosa arrive sur scène en prenant déjà la pose à mort alors que ce n'est que l'intro. Dès le deuxième morceau, Tear it Up, le chanteur descend de scène pour se rapprocher du public.
Soror Dolorosa apporte ce petit grain de folie qui manquait aux groupes vus plus tôt dans la journée : là, c'est rock'n'roll pour de vrai. On sue. Les fringues tombent. On se roule par terre. Le pied de micro valdingue dans tous les sens du début à la fin. Leur cold wave est brûlante, romantique, habitée et se fiche pas mal des convenances. Soror Dolorosa assume tout à mort, jusqu'au bout des lunettes noires même quand on n'y voit déjà rien, avec un premier degré et une générosité sincère qui tranchent sacrément après autant de groupes qui donnent l'impression d'être des entertainers "professionnels". Des tourments, de la folie, une attitude outrancière jubilatoire, une voix torturée qui résonne dans les ombres avec puissance. En fin de concert, Andy Julie commence à introduire "one last song" mais quelqu'un du staff vient lui rappeler que, hey coco, en Allemagne, l'heure c'est l'heure alors maintenant faut déguerpir parce qu'ils ont déjà empiété d'au moins 42 secondes sur l'horaire prévu. Un petit mot d'excuse et c'est les adieux. Après le coup du rappel écourté à Paris il y a quelques semaines, on va finir par croire que c'est un gimmick chez Soror de nous teaser un final qui n'arrive jamais... mais pourquoi voudrait-on en finir, après tout ?
A l'ombre de la Theater Stage, on commence à comprendre un truc : les débuts de concert se font dans le noir, le bleu foncé et la fumée. On n'y voit pas grand chose. Comme pour mieux tester notre théorie, on y attend alors Selofan de pied ferme (comme s'il y avait besoin d'un prétexte pour voir Selofan). Devinez quoi ? Quand le duo grec arrive, on n'y voit pas grand chose ! La silhouette de Joanna Pavlidou se découpe dans les ténèbres, ses danses austères et absurdes caractéristiques nous font chavirer immédiatement. L'écran derrière aide à nous plonger dans leur univers décalé, où la fantaisie et la rigueur cohabitent, un peu comme si un amateur de free-jazz se passionnait soudainement pour la géométrie. L'univers est expressionniste, bancal, noir, singulier. Dimitris Pavlidis s'aventure sur le devant de la scène et sort son saxophone. Comme d'habitude, il porte une chemise volée à un téléfilm des années 80. On les adore.
Il y a une menace pesante, un désespoir glaçant, un minimalisme pluvieux... mais aussi ce grain de folie, cette étrangeté surréaliste qui donnent à Selofan cette saveur si particulière, ce jeu avec le réel que l'on tord comme pour exprimer avec plus de précision et de fidélité tout un tas d'ombres intérieures. C'est unique. Notre collègue photographe française croisée dans la matinée, qui confessait ne connaître qu'Eisbrecher sur l'affiche, nous demande alors "je rêve ou elle chante faux ?". Y'en a qui n'avaient pas (encore) les codes ! Au contraire, la voix est expressive, déglinguée, puissante. Joanna quitte la scène en nous jetant des fleurs. Elle sourit chaleureusement au public, mais on se doute que c'est pour aller décorer quelques tombes !
Puisqu'il est établi que l'Orbit Stage est trop loin pour s'y aventurer en ce premier jour et que la Theater Stage est archi-blindée pour Rue Oberkampf, autant jouer le jeu à fond et essayer de se fondre dans la masse. Deuxième tentative au food truck, objectif hot-dog, deuxième "oh vous êtes français ? Ça s'entend !". Tant pis alors. Pour se sentir comme de vrais allemands, il faut aller voir Mono Inc. C'est comme ça. C'est écrit dans leur ADN, dans les étoiles, dans leur destin : on ne peut pas résister. D'autant plus qu'on ne les verra certainement pas en France, du moins pas à court terme...
Il y a beaucoup de monde, beaucoup de tee-shirts du groupe. Mono Inc fait partie de ces gens extrêmement populaires de ce côté du Rhin et qui passent totalement sous les radars en France, comme hélas beaucoup de musique allemande en tous genres. On peut parler d'expérience plus que de musique : ce que propose Mono Inc sur scène tient presque plus du cri de ralliement communautaire avec une succession d'hymnes sur les ténèbres. On commence avec In My Darkness, entêtant morceau-étendard de leur dernier album, pour finir avec l'incontournable Children of the Dark.
Des riffs durs mais pas trop, des parties plus lyriques, une mélancolie et une nostalgie qui font - là encore - taper la foule dans ses mains alors que quelques boules de feu jaillissent pour l'effet waouh : les ingrédient sont simples mais maîtrisés. La batteuse Katha Mia domine la scène depuis son perchoir et avec son enthousiasme communicatif. Elle finit par se débarrasser de sa couronne, le chanteur Martin Engler laisse tomber son épais manteau pour arborer fièrement un tee-shirt Mono Inc avant d'aller serrer les mains de son public, conquis. Plus que la musique, on retient la communion entre le groupe et ses fans, ce moment de partage comme si les musiciens eux-mêmes se mettaient en retrait de leur création pour en profiter et en faire partie, cette envie d'inclure tout un petit monde dans une bulle de noirceur accueillante et fédératrice. Fichtre, qu'est-ce que les gothiques peuvent être good vibes en Allemagne !
Situé en ville, l'Amphi finit tôt. Le dernier concert commence avant 21h. Il faut choisir : Covenant, annoncé il y a quelques jours en remplacement de VNV Nation, ou Calva Y Nada ? Vue la rareté de Calva Y Nada et le monde impressionnant qui se masse pour voir Covenant, hop, direction la Theater Stage !
Calva Y Nada se limite à une apparition en festival de temps en temps depuis son retour aux affaires en 2023. Le dernier album du projet de Constantin Warter, alias Breñal, remonte à 1998... et pourtant, un peu comme Das Ich plus tôt dans la journée, le set de ce soir contient des nouveautés que l'on n'osait plus espérer ! Theater Stage oblige, le rituel commence dans la pénombre bleutée. Warter déboule. Il s'en fout de son look : jean, basket, tee-shirt Bart Simpson, petites lunettes. On dirait un prof d'histoire-géo. Il est accompagné d'Alba aux synthés. Le strict minimum. Ça ne paye pas de mine à priori, la scène est immense et à côté du show light de Covenant en Main Stage, on se dit que ça fait un peu vide.

Sauf qu'on s'en fout, ce n'est pas comme ça que Calva Y Nada occupe la scène. La musique commence, mélange d'EBM, d'electo-indus et de darkwave, une sorte de croisement mutant entre Skinny Puppy et Das Ich, un truc à la fois sous acide, baroque et cauchemardesque. Breñal se contorsionne, les yeux exorbités. Il incante et crache ses paroles en allemand et espagnol. On commence avec Huele a Muerte, un titre inédit (il y en aura deux autres, dont le récent single La Pura Mierda). On passe de l'ambiance gothique et baroque (les samples de la lugubre et pesante Habemus Papam à l'intensité de Rascheln ou Paradies. Calva Y Nada est à la fois viscéral et bizarrement drôle, comme si son chanteur était conscient de l'absurdité de sa performance hypnotique. Ce son radical, poisseux et dément, faisait un bien fou en fin de journée : à un moment, ça va bien de danser et de taper dans les mains avec des chemises propres, mais nous, après 20h, tout ce qu'on demande, c'est des chelous qui grognent dans le noir.
Top 3 Pierre : Das Ich, Calva Y Nada, Soror Dolorosa
Top 3 Maxine : Das Ich, Selofan, Echoberyl

































































































































































































































