Chronique | Denuit - nothing lasts | forever

Pierre Sopor 31 août 2026

Fidèle à son rythme de sortie effréné, Denuit est de retour avec un nouvel album à peine un an et demi après LOVE violence. De manière très terre à terre, ce cycle infatigable d'albums où se succèdent l'agonie d'une œuvre qui s'achève et la renaissance via un nouvel ensemble se retrouve dans l'Ouroboros qui orne l'artwork ! On se doute que Lis Araignée et Ivi Topp avaient des choses plus personnelles en tête, évoquant un cycle éternel qui nous permet, à chaque fois, de recommencer en ayant bénéficié des expériences passées, une appropriation toute personnelle du mythe de Sisyphe où l'absurdité de l'existence pointée du doigt par Camus laisse place à quelque chose de constructif, d'optimiste. On reconnaît bien là Denuit et sa tendance à toujours faire briller la lumière dans les ténèbres : regardez-donc ce titre d'album à nouveau découpé en deux parties comme pour jouer avec son sens : nothing lasts | forever, alors qu'on aurait pu se contenter d'un fataliste "rien ne dure pour toujours", Denuit oppose l'éternité à la nature fugace des choses.

Une chose saute aux oreilles quand l'album commence avec suffocation : le ton est introspectif, contemplatif. Denuit y montre un visage en proie aux tourments intimes avec la même honnêteté touchante qu'à l'accoutumée mais les danses frénétiques se feront attendre. Les synthés sont en deuil, le chant de Lis toujours aussi expressif et théâtral se fait véhicule d'interrogations et de doutes, tout d'abord avec le final plus industriel de the demon under my bed mais surtout avec the mother of void, complainte hantée où la sobriété contraste avec quelques épanchements douloureux qui flottent dans la pénombre. Ce sommet atmosphérique marque aussi la bascule de l'album, le moment où le rocher va retomber de l'autre côté de la montagne.

Comme une renaissance après la mort, comme l'aube après les heures les plus noires de la nuit, nothing lasts | forever s'anime après avoir soupiré parmi les tombes et, soudain, les singles sortis en avance pointent aussi le bout de leur museau. Denuit nous rappelle qu'au-delà des ambiances spectrales, ces deux-là savent y faire pour que l'on remue. Les influences EBM et darksynth jaillissent avec tiens-moi le monde tombe, un hymne typique du duo, quelque chose d'à la fois délicat et conquérant, un équilibre doux-amer gracieux au-dessus du vide. Denuit, tel un medium, convoque et associe les références goths du passé et du présent pour, on le pressent, en devenir à leur tour une du futur. Le ton se durcit, s'intensifie avec echo from hell, faceless, puis sa réponse Show your face : des émotions, du rythme, quelques touches spooky dans l'électronique bien que l'univers horrifique référentiel soit moins en avant sur cet album qu'il n'a pu l'être par le passé.

Cela fonctionne toujours aussi bien. Denuit réussit son coup grâce à cette âme insufflée aux morceaux, mais aussi cet élégant sens de l'équilibre, cette façon de transformer une confession et des douleurs cachées en hymnes dansants qui donneront du courage, cette maîtrise des contrastes entre mélancolie et espoir. La démarche est touchante grâce à sa sincérité, sa capacité à transformer des spectres intérieurs en une chose qui se partage pour en ressortir plus forts, mais aussi un savoir-faire et une interprétation qui leur est propre, mêlant baroque et sonorités plus modernes. Rien ne dure : oxytocin renoue avec le spleen du début de l'album alors que le voyage touche à sa fin. Huit titres, c'est court ! L'éternité : vous pouvez alors relancer l'écoute, en boucle, ce qui vous tiendra compagnie jusqu'au prochain cycle !

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Pierre Sopor

Rédacteur / Photographe