Chronique | Bestial Mouths - Dead Lines (líneas muertes)

Tanz Mitth'Laibach 1 septembre 2026

Une chose que l'on apprécie énormément chez Bestial Mouths, c'est que sa darkwave n'a jamais cessé de se situer dans l'héritage de la musique industrielle. Depuis ses débuts en 2009 en tant que groupe, Bestial Mouths a toujours su nous bombarder de sons froids et distordus tout en se donnant un lyrisme et une théâtralité empruntés à la scène gothique. Bestial Mouths a changé de forme en 2018 puisque l'artiste californienne Lynette Cerezo est dorénavant seule maîtresse à bord, ce qui a eu pour effet de rendre sa musique plus rituelle, nous hypnotisant pour d'étranges voyages du côté sombre des émotions portant sur la stagnation et le traumatisme.

Le dernier album de compositions originales que nous avons eu de la part de Bestial Mouths date de 2023, il s'agissait de R.O.T.T. (inmyskin), suivi d'un très bon disque de remixes (ça existe). Depuis, les États-Unis où vit Lynette Cerezo ont changé et pas en bien de son point de vue. C'est donc avec colère et consternation qu'elle nous présente cette année son neuvième album studio Dead Lines (líneas muertes).

Dead Lines est en effet un disque qui se donne pour objet les limites invisibles mais rigides dans lesquelles nous sommes enfermés dans nos sociétés d'aliénation ; franchir ces limites peut conduire à la mort, se sentir étouffés par elles peut conduire à une révolte furieuse. Bestial Mouths passe donc ici à un propos plus social qu'individuel, pour lequel Lynette Cerezo s'est adjoint les services de Brant Showers (∆AIMON, SØLVE) comme producteur et co-compositeur. 

Le résultat en est un album lourd et tendu, fait d'une électronique sombre où dominent les percussions, hanté par les cris de Lynette Cerezo, qu'ils soient appels, grondements ou explosion de fureur. Les sonorités font parfois penser à Youth Code mais Dead Lines est un album plus statique, qui nous piège entre ses martèlements avant d'exploser, nous fait ressentir la cage de fer à l'intérieur de laquelle nous vivons ; un album dans une tension permanente entre suffocation et éruption, comme le groupe le dit lui-même, dans un cycle de douleur et de réaction. Les paroles sont chargées de violence, qu'il s'agisse de la violence qui oppresse ou de celle qui cherche à défaire l'oppression – Bestial Mouths présente en effet son album comme dédié à quiconque comprend la frustration désespérée qui pousse à tout brûler autour de soi. La puissance obsédante de cet univers sonore et l'expressivité du chant de Lynette Cerezo font de Dead Lines un album extraordinairement obsédant et entraînant, qui nous incite sans cesse à rompre nos chaînes. 

L'album ne comptant que huit morceaux relativement courts, Dead Lines est un disque très égal, où l'intensité ne se relâche jamais tout à fait. Son énergie nous frappe particulièrement sur les deux premiers morceaux Chord et Conjure. On remarque également Deadening, hymne révolté où Bestial Mouths cite un discours de la représentante socialiste américaine Alexandria Ocasio-Cortez en reprenant son slogan "We don't have to live like this", que Bestial Mouths accompagne de samples pesants et rugueux ; Bestial Mouths se situe ici dans la continuité de ce qu'a pu faire Test Dept avec des citations d'Alan Sutcliffe ou de Tony Benn, façon de sublimer des aspirations à l'émancipation. Le plus étonnant et le plus réussi de ces huit morceaux est peut-être Garras, à l'atmosphère délicieusement inquiétante, où Lynette Cerezo recourt à l'espagnol ("Dame Mis Garras / Devuelveme mis garras" – "Rendez-moi mes griffes") – elle a expliqué en interview à nos confrères de Destroy Exist (en anglais) que ses origines porto-ricaines avaient davantage d'importance pour elle à présent, comme l'atteste également le sous-titre en espagnol líneas muertes.

Dead Lines (líneas muertes) est donc un excellent album, à la fois obscur et vigoureux. On ne peut que remercier Bestial Mouths de sa créativité et de son courage.

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Tanz Mitth'Laibach

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