Se plonger dans le travail de Rage Sermon procure toutes sortes de satisfactions immédiates. La première est la présentation de l'artiste : "si vous cherchez de l'amour, vous vous êtes sacrément gourré d'endroit. J'ai aucune putain d'idée du genre de musique que je fais, c'est genre de l'indus, mais honnêtement, je m'en fous". Ah et il vient de Falköping en Suède, ce qu'il décrit comme "chez les ploucs". On en apprend finalement assez peu mais c'est bien assez et tout ce dont on a besoin car ça plante parfaitement le décor. Avec UNDERGÅNG, on n'est pas là pour beurrer des perles. On est là pour péter des gueules, se faire péter la gueule et se péter la gueule (son titre se traduit d'ailleurs par ("chute"). Mais "chut", ce n'est pas le genre de truc qu'il faut dire à Frost_13, unique membre et cerveau malade derrière le projet.
Depuis une dizaine d'années, il enchaîne les agressions sonores, offrant une bande-son idéale pour un jeu de massacre dans un univers cyberpunk, sans vraiment changer de registre : ça va vite, ça cogne fort, c'est bourrin et méchant… et tant mieux ! Depuis les débuts, la voix a fait son apparition et les guitares ont pris de l'importance... Et c'est là qu'arrive l'autre satisfaction immédiate que procure Rage Sermon : certes, il nous soigne une intro sinistre et atmosphérique mais très vite UNDERGÅNG accélère pour se transformer en une tornade de parpaings dark electro / metal indus sans chichis, qui va droit à l'essentiel, c'est à dire à la jugulaire… Les titres s'écrivent tous en majuscules parce qu'il faut les hurler. La pochette a bien l'air d'avoir été faite en IA, ce qui est turbo-moche, mais vu que le reste est turbo-rigolo et qu'on a bien compris que le mec n'est pas un philosophe, on va éviter de pinailler au risque de passer pour des snobs (le snobisme, dans le cas présent, commence dès qu'on porte un pantalon et qu'on se la pète en conjuguant les verbes, quand on décide d'en mettre dans les phrases).
FINAL HOUR, AT THE END OF THE WORLD : les titres qui ouvrent l'album mettent les choses au clair. On commence par la fin du monde, la chute promise par le titre. Tout est foutu alors autant tout casser et Rage Sermon nous sert une grosse rave apocalyptique furieuse. Frost braille ses slogans avec hargne (on pense aux beuglements de Shaârghot), des grosses guitares bien méchantes viennent épaissir le propos et enfoncer le clou : vous veniez chercher de l'amour ? Vous n'êtes vraiment pas au bon endroit.
Il y a quelque chose de profondément plaisant dans cette succession de morceaux sauvages, cette surenchère de violence, ce goût du toujours plus chez Rage Sermon. Y'a un signe qui trompe pas : sur les plateformes de streaming, à partir de PSYCHOPATH, le quatrième morceau, le petit sigle "E" nous avertit : y'aura des gros mots partout. OUAIS ! GUEULER DES GROS MOTS ! Avec ses growls des abysses, PSYCHOPATH est le genre de trucs qui réveillent nos instincts les plus primitifs, genre cyber-Neandertal qui prend son gourdin, son masque à gaz et va pogoter dans les décombres en grognant. Too-much ? Jamais ? C'est méchant, intense, viscéral malgré les machines, parce qu'il faut bien dire que le type derrière tout ça se démène et semble avoir de sérieux troubles. Rage Sermon invite ses copains de Damned to Downfall sur ROTTEN FLESH, d'autres poètes impressionnistes adeptes de la subtilité avec leur mélange death metal / indus, et nous on se fait matraquer la tronche, un sourire neuneu et béat aux lèvres. On bave un peu, mais on s'en fout.
Il faut dire que dans des esthétiques sonores où les différents projets ont souvent tendance à se la jouer super méchant avec leurs looks outranciers pour au final nous servir une soupe molle et chiante, Rage Sermon réussit à se démarquer par une vraie agressivité de sale gosse, un vrai plaisir ludique pour la méchanceté. Entendez-le vociférer sur END TIME MARCH comme le méchant dictateur d'une série B avant de nous balancer les basses de DESTROY, un morceau qui n'aurait pas pu s'appeler autrement, ou la grandiloquence cataclysmique d'APOCALYPSE MESSIAH. Le tour de force de cet album, c'est finalement de procurer une décharge d'adrénaline continue qui jamais ne s'épuise, pour peu que vous n'ayez pas pris la fuite dès les premières secondes (espèce de snob !).
Alors quand on arrive à la fin, avec CELEBRATE THE END, on se retrouve là, les cheveux crades, des restes de cranes coincés dans les crampons, notre filet de bave aux lèvres et l'air hagard : hein ? Quoi ? Célébrer la fin ? Putain, mais ça fait depuis le début que c'est la fin et qu'on la célèbre ! On n'y comprend rien. Alors pour essayer de percer les mystères de Rage Sermon, on se le remet depuis le début. Vu que le début c'était la fin, qu'on avait atteint la fin, alors ça doit vouloir dire qu'il faut revenir au début. Gné. Greu-greu. Dans le doute on monte le son. C'était trop cool.