Après la sortie de Horizons du Fantastique, son premier album, Léa Jacta Est nous racontait en interview qu'elle pensait prendre son temps avant de s'atteler à un second. Surprise : hématomancie est sorti un peu plus d'un an plus tard, œuvre spontanée où l'artiste assumait une orientation plus obscure et industrielle, cultivant également une forme de mystère aussi bien dans ses textes, plus cryptiques, que dans sa démarche DIY. Comme le rituel sombre auquel l'hématomancie fait référence, l'existence de Léa Jacta Est passe par des chemins de traverse, des mondes parallèles interlopes à l'ombre des radars habituels, et la rumeur de son œuvre se répand comme des secrets que l'on se chuchote après minuit.
En prévision de sa release-party le 16 septembre au Chinois (Montreuil - événement), nous avons été l'interroger sur cette sortie "surprise". On y discute notamment souffrance, mort, divination, viscères, fluides corporels et qui sont les personnes qui écoutent sa musique et se rendront donc à cette release-party !
Tu as mis beaucoup de temps à sortir ton premier album alors que le second a été fait en deux semaines. Qu'est ce qui a provoqué cette création spontanée ?
La création de mon premier album a été longue en termes d'écriture, de composition et aussi de production notamment car après mon EP, j'avais quelque chose de très ambitieux qui s'était dessiné dans ma tête et je m'étais donné la mission de le concrétiser sans trop savoir comment, ça a été plusieurs années de grande exploration. Je n'avais pas du tout l'intention de faire ce deuxième album si rapidement après le premier, je voulais faire une pause... Mais la sortie d'Horizons du Fantastique a été accompagnée d'une période très sombre. Je n'allais vraiment pas très bien à l'issue de ce qui était le projet de ma vie jusqu'ici. Quand on ne va pas très bien, prendre une guitare et écrire une chanson est une thérapie qui fait toujours ses preuves. Ca a été très facile pour moi d'aller d'un point A à un point B dans la composition d'hématomancie parce que justement le précédent album à été une espèce de grande auto-formation qui m'a permis d'avoir cette aisance.
A l'époque d'Horizons du Fantastique, tu nous avais dit que tu te sentais, je cite : "comme si tu venais d'accoucher sans péridurale et que tu aurais un autre bébé un jour mais que tu t'arrangerais pour avoir une césarienne". Dirais-tu que tu as eu cette césarienne pour hématomancie ?
Je dirais que cet album était un petit peu un retour de couche ! Je pense quand même qu'accoucher d'un deuxième enfant est toujours plus facile qu'accoucher d'un premier...
Maintenant que tu en as deux, tu peux nous confirmer que tous les parents mentent quand ils prétendent aimer leurs enfants de manière égale ?
Non, je ne pense pas ! J'étais tellement dégoutée que l'aventure de mon premier album se soit terminée de la manière dont elle s'est terminée que d'une certaine manière, c'est comme si j'avais fait un tour gratuit en faisant hématomancie. Horizons du Fantastique correspond à une période de grand aboutissement et ce que je n'avais pas vu venir c'est que quand on vit ces choses là, on est assez perméable et vulnérable à des intentions biaisées de personnes qui nous accompagnent sur ces moments de vie. Je crois que j'ai commencé la composition d'hématomancie le lendemain de la release-party d'Horizons du Fantastique... Et je l'ai sorti un an après, jour pour jour. C'était cool comme marqueur temporel, d'une année à l'autre. Ça m'a aussi permis aussi de désacraliser un peu le fait de faire un album, ce qui était très plaisant.
Quand on travaille sur une œuvre et qu'on ne la sort pas, on peut avoir envie de toujours y retoucher... As-tu dû te faire violence pour sortir hématomancie si rapidement ou en es-tu pleinement satisfaite ? Quand on sort un album court comme celui-ci, comment sait-on qu'il est terminé ?
C'est instinctif, tu le sais quand ajouter autre chose serait de trop. C'est vrai que sur Horizons du Fantastique, j'avais toujours envie d'ajouter, de retoucher des choses et à un moment il avait fallu couper les vannes. Sur hématomancie, en revanche, c'était limpide. Évidemment, il y a toujours des petits chipotages, mais si peu, pour te dire on a fait deux passes de mastering, mais voilà, franchement c'est tout. Par exemple, j'ai fait très peu de prises de voix justement parce que je ne voulais pas chercher midi à quatorze heures. Virginia a beaucoup travaillé sur le mixage mais je pense que ça a été assez direct aussi.

Ce côté plus direct, c'est parce que tu n'avais pas envie de te prendre la tête ou parce que tu as plus confiance en ce que tu fais ?
Les deux. C'était vraiment un projet que j'ai pensé petit dès le départ. C'était aussi agréable d'être dans une espèce de zone de confort, de savoir ce que je faisais et de ne pas avoir besoin de chercher plus de capacités que ce que j'avais déjà.
Est-ce que le fait de travailler justement toute seule, de ne pas chercher midi à quatorze heures, ça a un côté libérateur, comme si tu t'étais affranchie de notions comme les plans de carrière et tout ça ?
Complètement. Je me suis beaucoup amusée. J'ai beaucoup expérimenté sur le travail du son avec ce que j'avais sous la main. J'ai eu un usage assez décomplexé d'outils comme les VST, j'ai utilisé des synthés complètement numériques et c'était ok de faire ça. C'est un album que j'ai enregistré dans ma chambre et je n'ai ni le matériel ni le savoir-faire pour enregistrer des guitares proprement donc mes guitares sont vraiment très pourries et je voulais aller complètement dans ce sens-là. D'ailleurs, il n'y a pas beaucoup de guitares et c'est ok aussi. Je me suis amusée avec des textures très lo-fi parce que ça s'y prêtait bien...
Paradoxalement, les sons lo-fi qui sont très en vogue actuellement sont faits avec des plugins qui coûtent très cher pour essayer de produire un son dégradé. Avec des outils comme des enceintes de bureau ou un téléphone, on peut s'amuser à aller chercher ces textures un peu nostalgiques de son. J'ai bouclé des choses dans mes enceintes Logitech puis dans mon téléphone puis dans mon pedalboard, j'ai essayé des types de micros qu'on n'utilise normalement pas en studio parce qu'ils ne sont pas assez bien, j'ai essayé un peu tous les types d'instruments que j'avais sous la main même si je ne sais pas particulièrement en jouer, ce genre de choses. Je n'avais vraiment aucun enjeu. J'avais toujours cette grande liberté de composition, dans la lignée de Horizons du Fantastique, mais le fait de ne rien en attendre, rien en espérer, ça m'a permis cette spontanéité que je n'avais pas.
Vu son titre, hématomancie, on doit te demander : as-tu déjà essayé la divination ?
On m'a déjà tiré les cartes, plusieurs fois. Ça m'arrive de me tirer les cartes à moi-même mais j'ai ma propre manière de le faire et je ne le fais pas avec les autres gens ! J'ai une amie qui m'avait offert un jeu de tarot sur le tournage du clip de Tyrannosaure Lucifer. C'est un jeu avec des illustrations vraiment très bizarres et un peu trashos. Je ne me réfère pas tant à la signification d'une Arcane qu'à ce que je vois sur l'image. Je ne crois pas particulièrement en la divination ou la magie des cartes, je ne pense pas que les cartes aient des réponses pour nous dans la vie, mais je trouve ça intéressant de confronter une image et les symboliques qui y sont associées à des questionnements du moment et de voir comment un cheminement de pensée peut se faire à partir de ça.
Dans le kit presse, tu disais avoir voulu parler de chagrin sans tomber dans la complaisance. Comment est-ce qu'on y parvient ?
Contrairement à Horizons du Fantastique, sur lequel j'avais beaucoup de chansons réalistes et inspirées d'événements qui m'étaient vraiment arrivés comme Les Cascades, Le Programme du Louxor ou Les Pyrénées qui est un morceau assez frontal, là ce sont des textes plus abstraits. Ce sont des chansons qui se sont écrites plutôt toutes seules, c'était assez proche de l'écriture automatique. J'ai trouvé intéressant de m'inspirer d'éléments qui m'entouraient à la période que relate l'album, des groupes que j'écoutais ou par exemple le livre que je lisais à ce moment là, dont j'ai repris un extrait dans ombredusépulcre. C'est Le Livre des Tables de Victor Hugo. Ce sont des séances spirites datant de quand il était sur l'île de Jersey. Il y a des conversations complètement dingues avec des esprits qui sont consignées dans son bouquin, notamment une conversation avec l'Ombre du Sépulcre que j'ai trouvée incroyable. La pochette de l'album est également une photo que j'ai prise à cette époque... J'y ai aussi samplé Horizons du Fantastique et il y a beaucoup de références à ce précédent album. Aussi, à cette époque, j'étais garde d'animaux et un jour j'ai enregistré des cochons d'Inde dont je m'occupais. Ils avaient des couinements incroyables et je les ai samplés dans ombredusépulcre justement. Donc voilà, l'album est plus une restitution des matériaux qu'il y avait autour de moi à ce moment-là qu'un récit de choses que je n'ai pas vraiment envie d'expliciter.
Est-ce un moyen de trouver quelque chose de plus universel en s'éloignant justement de choses trop explicitement personnelles ?
Je ne sais pas, je me pose vraiment la question sur des textes abstraits, comme ça… Qui retrouve quoi là-dedans ? Pendant mes concerts par exemple, je sais qu'avec des chansons comme Horizons du Fantastique, Les Cascades ou Bubu, la chanson de mon petit chat, il est plus facile de percevoir où le public se situe par rapport à ça. Je sais que moi, en tant que public, je suis capable d'écouter des paroles plus abstraites, je trouve ça super, c'est une bonne expérience de laisser son imaginaire répondre aux mots qu'on entend… mais côté scène, ça me questionne sur ce qui se passe.
As-tu l'impression qu'avoir une forme plus brute te permet tout de même de mettre plus de toi, de faire une musique plus personnelle ?
Bonne question… J'avais déjà l'impression que mon premier album était très personnel et intime mais effectivement celui-là, j'ai envie d'y exprimer des choses sans raconter. C'est un peu comme un nouveau stade d'écriture que je ne connaissais pas. J'ai l'impression de ne rien livrer et que les gens doivent se débrouiller avec ce que j'ai fait.

On a lu plusieurs retours très positifs sur l'album. Comment le vis-tu que des gens semblent s'y retrouver dans une œuvre plus cryptique ?
Il y a des personnes qui le préfèrent au précédent et je trouve déjà ça satisfaisant d'avoir une discographie suffisante pour qu'il y ait des préférés ! Après, ça peut aussi être un peu vexant que des gens préfèrent un truc que j'ai fait en deux semaines à un truc qui m'a pris cinq ans mais bon, ce serait vraiment dommage de ne pas se sentir touchée par les bons retours sur son album ! C'est une sortie plus confidentielle, je n'ai pas travaillé avec un attaché presse pour le défendre ou ce genre de choses donc je suis déjà très reconnaissante qu'il ait été relayé. C'est une sortie de bouche à oreille, c'est un peu un objet d'internet et je trouve ça vraiment super qu'il se passe de messagerie en messagerie. C'est un peu le souhait que j'avais pour cet album et ça me ramène à un sentiment que j'aime beaucoup dans la découverte de la musique alternative, quand on s'échangeait beaucoup d'albums et des des cargaisons de mp3... Je suis assez nostalgique de ce truc qui s'est un peu perdu avec les plateformes et les algorithmes. Je suis contente de mettre un peu de cet esprit dans mon album !
C'est pour ça que tu l'avais fait fuiter toi-même via une chaîne de mail qui nous promettait moult malédictions ?
Chhhhuuut, il ne faut pas le dire ! Oui ! Comme je n'avais pas les moyens de faire une vraie promo sur cette sortie, j'ai réfléchi à comment on crée une "viralité" et l'exemple le plus primaire dont je pouvais me souvenir, c'est les chaînes de mails. Je me suis beaucoup amusée à rédiger ce message débile avec plein de fautes et des phrases qui ne veulent rien dire mais sont quand même terrifiantes. Le jour où je l'ai envoyé à tout le monde, j'ai eu beaucoup de réactions super et très jubilatoires… et il y a des gens qui ont vraiment eu peur ! C'est encore une des libertés quand on n'a aucun enjeu sur un projet.
Et toi, es-tu es du genre à faire des retours aux artistes quand tu aimes leur travail ?
Justement, c'est une question un peu biaisée dans mon cas car je suis toujours en réseautage et en booking. Ça m'arrive mais je pense que je suis assez timide là-dessus. Ça m'arrive de franchir le cap d'écrire à des artistes que j'aime beaucoup mais ce sont toujours des gens dans mon entourage ou avec qui ça pourrait aboutir sur un projet de date ou quelque chose dans le genre… Autrement je préfère m'en tenir à l'adage de ne jamais rencontrer ses idoles !
Ton décalage humoristique est beaucoup moins présent dans les morceaux d'hématomancie...
C'est un choix conscient. J'ai toujours aimé mettre un peu de dérision dans ma musique mais je n'avais pas la ressource nécessaire pour le faire cette fois. Ce projet était vraiment un immense défouloir, ni plus ni moins. Il y a quand même des morceaux sur lesquels j'ai gardé des prises qui étaient nulles, des choses que j'ai trouvées marrantes ou mal faites, ratées, et que ça m'amusait de mettre en avant. J'ai beaucoup rigolé avec l'auto-tune et des choses comme ça. Mais le cynisme et le décalage sont moins présents parce que j'étais à court à ce moment-là.
Hématomancie, c'est la magie du sang. Tu as un titre qui s'appelle salive... C'est très fluides corporels, tout ça, très organique. Le sang c'est cool, mais la salive c'est trop dégueu ! C'est un peu comme si tu mettais littéralement des morceaux de toi dedans ?
Je n'ai pas trop conscientisé tout ça… Mais c'était une période où il y avait beaucoup de larmes, beaucoup de morve, beaucoup de sébum capillaire et de transpiration ! Faire un album en deux semaines, ça veut dire se lever tôt le matin et glisser à son bureau pour ne plus le quitter avant l'heure de se coucher… Je ne me souciais pas trop de mon hygiène de vie ni de mon hygiène tout court à ce moment-là, Peut-être que c'est ça, les morceaux de moi que j'ai mis dans cet album !
Et à côté de ça, c'est aussi un album plus industriel, avec des synthés numériques, comme si c'était avec l'électronique que tu trouvais comment exprimer ce côté plus organique…
J'ai fait beaucoup de concerts entre l'écriture du premier album et celle d'hématomancie. J'ai essayé différents formats. Je me suis rendue compte qu'avoir des éléments de rythmique et de basse me permettait de prendre plus d'espace dans le spectre sonore. J'ai voulu apporter ces éléments sur le live quand on était en trio, par exemple. Puis j'ai acheté des boites à rythme très marrantes... Je suis venue aux arrangements électroniques un peu par la force des choses. Ce sont des outils assez naturels pour moi maintenant. Sur cet album, j'ai mélangé des sons analogiques directement récupérés de ma boite à rythme et beaucoup de samples. Je pense que même si je me considère toujours comme un projet folk, je me suis habituée à ne pas être classifiée quelque part. Les gens se débrouilleront avec ça !
Il y a encore une reprise, cette fois d'Au Nom de la Rose. Pourquoi avoir choisi ce morceau ?
C'était une chanson qui était dans mon périmètre quand j'écrivais l'album. Je l'avais reprise pour un concert de Noël et il y avait une logique dans ce choix sur le moment, par rapport aux autres reprises du set, mais c'est un peu long à expliquer. Cette chanson est tombée dans l'oubli et c'est plutôt une bonne chose parce que la misère exprimée dans les paroles a un fond assez avilissant sur le corps des femmes et c'est fou qu'elle ait été promue avec une telle envergure. Au Nom de la Rose est elle-même une reprise du thème du film Love Story. La mélodie de base est très belle. Quand on prend un peu de recul par rapport à la sortie de cette chanson qui était dérangeante, la structure du morceau et la reprise de cette mélodie sont très efficaces. Chanter ce texte très sombre à l'égard des femmes est une expérience théâtrale assez jubilatoire. En live, elle fonctionne vraiment très bien. Les gens ne comprennent pas, ils deviennent fous, je me rends compte qu'il y a beaucoup de gens qui ont des flashbacks et adorent la ré-entendre.
Dans l'album, tu enchaines des morceaux qui ont pour titre "fleurdepunition", "aunomdelarose" et "ombredusepulcre". Il y a un côté très expiation, épines de rose, fleurir les tombes... Un truc un peu religieux, funèbre.
Un jour, j'ai chiné une encyclopédie de la divination, un super, incroyable bouquin. Il répertorie toutes les formes de divination possibles et imaginables, et même celles qu'on ne peut pas imaginer. C'est comme ça que j'ai découvert l'anthropomancie qui consiste à lire dans les entrailles de gens encore vivants. Tu les ouvres, tu regardes et après ils meurent ! On peut aussi déchiffrer des présages dans les paroles d'agonie des gens. J'avais trouvé ça assez fou comme pratique. J'ai aussi un dictionnaire du Diable, d'ailleurs, qui contient un passage sur l'anthropomancie, et globalement dans les deux bouquins tout le monde s'accorde pour dire que ce n'est pas cool de faire ça. Ça faisait partie des choses les plus extrêmes que j'ai lues et ça serait un bon titre pour un morceau instrumental. Finalement, je me suis plutôt dirigée vers l'hématomancie qui correspondait plus à mon état d'esprit du moment et c'est vrai qu'avec cette direction là, ce champ imaginaire, on peut se permettre beaucoup de libertés gothiques sur des symboliques très fortes. On peut aller vers des imageries et des sonorités qui tendent vers l'art chrétien sans forcément parler de religion. On peut aussi se diriger vers le satanisme, par exemple, ce genre d'esthétiques. C'est pour ça que je me suis fait plaisir avec de l'orgue et effectivement un champ lexical qui va avec l'hématomancie. Je n'aurais peut-être pas pu me le permettre si j'avais choisi comme titre "anthropomancie",
Tu es passée par plusieurs stades avec ton projet, que ce soit sur scène où tu t'es produite en solo, en duo et en trio mais aussi dans ta musique où tu as essayé beaucoup de choses. Où en es-tu actuellement ? Es-tu satisfaite ?
Je suis satisfaite, c'est sûr. Prochainement, quand je vais ralentir avec mon projet, ça va me permettre de prendre un peu la mesure de tout ce que j'ai accompli. Ce n'est pas évident quand on est dans le feu de l'action. Je suis satisfaite mais aussi un petit peu à court d'idées. Je trouve ça bien. J'ai très envie de repasser côté public prochainement. Je pourrais très bien être dans une démarche où je me dirais "je sais faire des albums, je pourrais aussi faire une suite tout de suite", mais j'ai envie de revenir là où j'en étais juste avant la sortie de Horizons du Fantastique, quand je disais que j'aimerais bien m'accorder un peu de temps avant le prochain album. Je suis aussi satisfaite d'avoir beaucoup tourné, d'avoir pratiqué des scènes très différentes. Ma pratique du live m'a permis un peu de comprendre qui sont les gens qui écoutent ma musique et ce que j'ai fait, ce que j'ai commis avec mes chansons. Même si tout n'a pas été facile, je pense que ce sont de beaux accomplissements dont j'ai hâte de prendre la mesure.
Ça ferait une belle fin pour l'interview... Mais désolé, ça soulève deux autres questions ! Tout d'abord : qui sont les gens qui écoutent ta musique, alors ? Parce que nous, on n'est pas sûrs d'avoir compris !
J'ai fait beaucoup de concerts dans des scènes très bricolées, des sphères assez DIY de notre belle France. J'ai découvert qu'il y avait un super maillage de scènes alternatives très fragiles mais très belles partout dans le pays, avec des gens qui viennent aux concerts par curiosité, parce qu'il y a un concert, qui ont confiance en le lieu qu'ils fréquentent. Je trouve que c'est une qualité d'écoute qui s'affranchit des algorithmes, des classifications de genres musicaux. Je pense que ces personnes aventureuses qui viennent pour la musique, c'est mon genre de public. Je suis flattée d'entrer en connexion avec ces gens-là.
…Et quand tu dis que tu as envie de revenir au stade d'avant la sortie de ton premier album, est ce qu'il n'y a pas comme une envie de retrouver une espèce d'enchantement dans le fait de faire de la musique ?
Oui c'est sûr. J'aimerais de nouveau être émerveillée en tant qu'auditrice. Quand tu composes, tu as toujours une écoute active, tu es toujours en train de chercher des idées par rapport à ce que tu entends et apprécies, genre "ça c'est incroyable, je voudrais faire pareil, comment est-ce qu'on fait ?". J'aimerais laisser de côté tout ça pour juste redevenir fan de choses et aller voir des concerts sans réfléchir à ce que je pourrais ramener comme idées à la maison. Personne ne connaît le secret de la créativité mais je pense que l'envie et la passion sont de bons ingrédients que l'on doit choyer précieusement.
