Chronique | Wednesday 13 - Necrophaze

Pierre Sopor 01 octobre 2019

On sentait depuis quelques années une envie de faire évoluer WEDNESDAY 13 : avec Monsters of the Universe, le son se faisait plus lourd et Condolences se drapait d'une noirceur plus premier degré qu'à l'accoutumée. Joseph Poole tâtonnait et faisait grandir son projet avec constance, malgré un rythme de sortie soutenu. Necrophaze arrive un mois avant Halloween et, autant le dire tout de suite, est l'album parfait pour la saison.

L'ex-MUDERDOLLS avait prévenu : jamais le lien entre sa musique et le cinéma d'horreur n'a été aussi fort. On veut bien le croire dès le synthé de Roy Mayorga (d'habitude batteur chez STONE SOUR) qui lance l'album sur le morceau titre. Un son grave, menaçant, répétitif, minimaliste : l'ombre de John Carpenter plane sur ces premières secondes alors qu'ALICE COOPER vient, en spoken word, planter l'atmosphère. WEDNESDAY 13 est adoubé par une de ses icônes qui, il y a 45 ans, recevait un parrainage semblable en invitant Vincent Price sur The Black Widow. Le son est incisif, puissant, à la fois méchant et jouissif et Poole n'a jamais aussi bien chanté. 

En effet, sa maîtrise de son chant criard, des mélodies et des grognements démoniaques est parfaite, il réussit à être ludique, effrayant et mélancolique (Decompose est un bon exemple). Sa plume, elle aussi, est particulièrement acérée : son sens de la formule, toujours vif, est à son sommet. Les paroles font mouche, les punchlines semblent tout droit sorties d'une version plus violente de la Famille Addams, dans un superbe numéro d'équilibriste entre premier et second degré : c'est drôle, mais c'est aussi assez sincère pour ne pas être un simple gimmick opportuniste. L'amour de WEDNESDAY 13 pour les monstres et l'horreur est évident, sa carrière entière se base dessus, et son album a le même parfum que les meilleures séries B des années 80 qui réussissait le même dosage entre pure horreur et divertissement de haute volée (on pense à Creepshow, notamment avec la pochette alternative de l'album).

Bring Your Own Blood est le single catchy et efficace typique, c'est festif, un chouïa désuet : c'est parfait. Mais c'est avec ZODIAC que WEDNESDAY 13 se fait réellement assassin, grâce à des couplets sinistres et un son poids lourd porté par une batterie agressive. Necrophaze est un rouleau-compresseur impressionnant et enchaînes les morceaux imparables, c'est si viscéralement fun que ça en est presque ridicule. Sur Monster, Christina Scabbia de LACUNA COIL vient poser sa voix : l'harmonie entre les deux fonctionne à mort. C'est méchant, rentre-dedans, turbulent et le petit côté cheesy fonctionne car il n'a rien d'une pose cynique.

Parmi les artistes présents sur l'album, celui dont le jeu se démarque le plus est cependant Mayorga. Ses parties de synthés créent l'ambiance qui donne à Necrophaze tout son corps. Si l'on n'atteint jamais les sommets lugubres du morceau-titre de Condolences, l'ensemble est bien plus cohérent et solide. Ses plages hantées et cinématographiques font des merveilles et l'intro de Decompose ou le piano de Be Warned sont à tomber. Impossible d'ailleurs de ne pas penser au début de The Fog de Carpenter sur cette dernière, avec cette ambiance fantomatique et l'avertissement du narrateur. Les délires orchestraux grand-guignolesques de The Hearse ont un petit côté kitch et fantastique à la CRADLE OF FILTH, en mieux. 

Jamais WEDNESDAY 13 n'a sorti un album aussi équilibré que Necrophaze. Si l'on n'échappe pas à quelques longueurs dans la dernière partie avec des morceaux moins puissants, l'ensemble est d'une qualité constante et ne vire jamais à la niaiserie. Créature de Frankenstein composé d'un paquet d'influences, WEDNESDAY 13 est aujourd'hui bien plus excitant que tous les artistes dont il s'inspire et continue de progresser, creusant son propre sillon. Son disque est irrésistible et, sans perdre de sa turbulence adolescente, plus abouti que jamais. Poole a toujours été un excellent amuseur, il prouve qu'il est devenu bien plus et a les épaules pour encore grandir.