Chronique | Marilyn Manson - Eat Me, Drink Me

Erick 05 juin 2007

Juin 2007, MARILYN MANSON revient avec son nouvel opus Eat Me, Drink Me et ses 11 titres, ainsi qu'un line-up très léger (il n'y a presque que Tim Sköld à la guitare et quelques rares interventions de Pogo). Après avoir passé de nombreux mois en Europe pour préparer son film et son nouvel album sur le thème de Alice au Pays des Merveilles, son épouse Dita Von Teese, star du fétichisme et du cabaret, demande le divorce après moins d'un an de mariage. Manson décide alors de composer avec acharnement pendant les 3 derniers mois un album entièrement dédié à cette rupture, il met de côté son projet de film Phantasmagoria. Mais que sont devenus les morceaux composés il y a de cela 8 mois ou plus ? Rappelez-vous, la rupture du couple a été annoncée le 05 Janvier 2007, jour de l'anniversaire de Brian Warner (alias Marilyn Manson), par Dita elle-même. Elle exhibe alors dans la presse et sur son site officiel les actes de divorce, remplis et signés. La surprise a été immense et frôlait le mauvais canular... mais peu de temps après les raisons du divorce ont été dévoilées par Dita (depuis son départ en Europe pour le tournage de son film, Manson ne répondait même plus au téléphone) ! Il a annoncé finalement l'arrivée de son nouvel opus pour Juin 2007, sans donner plus d'indications. If I Was Your Vampire ouvre l'album, Manson répond enfin avec de multiples détours aux questions : "I love you, so much, you must kill me now", "Digging your smile apart with my spade tongue", "The hole is where the heart is". Ces phrases évoquent leur relation en train de périr sans qu'aucun des deux n'y fassent quoique ce soit. La thématique du vampire est symbolique. Le vampire c'est celui qui prend tout à l'autre, celui qui le vide de son sang, de sa vie. Cette chanson est très négative et fait dans la romance noire, poésie et cynisme... À l'image de l'album. Musicalement, cette piste sonne très Holy Wood, elle est la plus sombre de l'album. La rythmique est presque calquée sur Cruci-fiction in Space ou Valentine's Day à son avantage ! Ce qui change beaucoup, c'est que tous les titres de l'album sont faits sans batteur, uniquement de la boîte à rythme. Autre gros changement, il y a très peu de mélodies mystiques que Pogo avait l'habitude de concocter. Après une intro étrange, sonnent les premières notes de Putting Holes in Happiness, atypique dans le registre mansonien. On est face à une balade très rock. Sköld nous offre ici des solos relativement étendus ; une première dans la discographie du groupe. Il y a bien un balbutiement de John 5 sur Para Noir, très lointain du niveau révélé plus tard par le guitariste. Cette fois l'incorporation des solos est une des forces de cet album. Ce morceau fait référence à son anniversaire "you're like a birthday", "Blow out the candles on all my frankensteins" soufflons les bougies comme tu m'as soufflé le jour de mon anniversaire. Il parle de ses "frankensteins", des créatures mortes rafistolées ; ses plaies décousues ! Il semble dire que son départ n'était qu'un refuge. L'album se déploie comme un roman tel qu'il le dis lui même dans Red Carpet Grave. Ce titre donne une impression d'un petit retour à sa période Grotesque de part la voix très saturée mais sans trop l'être non plus ! Débarque alors They said Hell is not Hot rappelant d'excellents morceaux émouvants de Manson tels que The Last Day on Earth en live donnant le sentiment que ce morceau est formaté pour le live ! Il évoque sa peur de toujours en revenir à cette tristesse, sans jamais garder de bons souvenirs. Le refrain They Said That Hell's Not Hot se réfère à la promesse rassurante des premiers amours. Manson joue sur les sens et décrit l'amour comme une flamme, mais plutôt qu'être une lumière qui le guide, elle serait ici plutôt une flamme qui le consume. Le chant empreinte des tonalités très larges dans Just a Car Crash Away. Heart Shaped Glasses arrive, Manson dit ressentir des sentiments d'écolier, la petite mélodie de Pogo vient s'ajouter à ce côté sympathique. Il parle cette fois d'une autre fille, vous l'aurez compris, sa nouvelle compagne Rachel Evan Wood. Elle lui a promis de le guérir alors il se blesse volontairement, il y prend plaisir. Mais cette chanson est faussement naïve et fait le lien avec la masturbation. Cette robe blanche de l'infirmière et aussi clin d'œil plutôt cynique à la mariée. Une aventure purement sexuelle. Apprenez que le titre (lunettes en forme de cœur) est un hommage à l'affiche du film Lolita. Evidence démarre sur une petite mélodie de boite à musique, une rythmique de base rappelant de loin des morceaux de Portrait of An American Family son premier opus. Les textes sont assez directs et de plus en plus agressifs et jouent la métaphore sur l'écart qu'il y a entre les mots dits et ce que la bouche fait réellement. Are you the Rabbit ? aurait pu évoquer quelques liens avec Alice, mais les textes continuent toujours plus loin usant de métaphores parfois peu compréhensibles pour nous ... Un solo relativement rock'n'roll encore une fois, Tim Sköld surprend vraiment beaucoup et sa forte présence témoigne de sa proximité avec le chanteur. Le morceau suivant est encore plus tranchant, et dénonce clairement le profit fait sur ses concepts. "You know that I play this better than you", "You take all the shapes that I make" Tu sais que je joue cela mieux que toi, tu prends toutes les formes que j'invente. La série des "Fuck you" répétée successivement dévoile un Manson particulièrement rancunier "Tu ne pensais pas que je le dirais ?" ajoute t'il ! La piste suivante You and Me and the Devil Makes 3 est des plus vulgaires. Il y déclare ses envies de meurtre et de perversion sexuelle. À la fin de la chanson se dégage une ambiance malsaine, quelques cordes de violons grésillent sonnant comme un cauchemar lynchien ! L'album touche à sa fin avec le titre éponyme Eat Me, Drink Me à la guitare très douce. Après toute cette colère, Manson sombre dans la nostalgie. Vous êtes prévenus...