Chronique | King Dude - Music To Make War To

Pierre Sopor 04 septembre 2018

KING DUDE est du genre prolifique : depuis son tout premier, Tonight's Special Death, il tient un rythme de sortie d'un album tous les ans, deux ans au pire. Music to Make War To succède donc à Sex, sorti en 2016, et porte avec lui la promesse d'une nouvelle fournée de douces ténèbres où se mélangent folk, country et mêmes quelques touches gothiques.

T.J. Cowgill soigne ses effets et son image. Time to Go to War est une entrée en matière impressionnante. Quelques nappes pour l'atmosphère, un piano lugubre, un texte récité d'une voix suintant de noirceur et de lointains échos de percussions martiales : l'ambiance est plus que funèbre, le morceau lourd de menace. On pense un peu à ROME et on admire ce talent qu'à Cowgill pour avoir un tel impact avec si peu, ce minimalisme forçant une intimité et une écoute quasi religieuse. KING DUDE est affaire de subtilité, malgré les airs de gros durs de son crooner de chanteur, héritier décadent de NICK CAVE et LEONARD COHEN. Ce début d'album est si anxiogène, que la guitare de Velvet Rope apporte une bouffée d'oxygène et une forme de légèreté bienvenue. En réalité, ça déborde de désespoir par tous les trous, mais comparé à l'étouffant titre précédent, c'est guinguette. Sur Good & Bad, KING DUDE se la joue IGGY POP récent, séducteur et vénéneux, alors qu'un saxophone achève de planter l'ambiance nocturne de l'album.

Ce qui frappe avec cette succession de morceaux, c'est la somme d'influences qu'on y retrouve. KING DUDE pioche à gauche et à droite, fidèle à lui-même, passant tout ça à la moulinette de sa morgue. Ainsi, Dead Before the Chorus a des airs d'hymne post-punk, jusqu'au chant très froid de Cowgill, hanté par Ian Curtis et très typé goth 80's (sur The Castle, on a même le droit de penser aux inévitables SISTERS OF MERCY). Twin Brother of Jesus, avec ses sons de chaîne et ses paroles scandées est plus proche d'une forme de blues particulièrement glauque, sans espoir. À nouveau, on retrouve le minimalisme du début de l'album, mettant la voix de Cowgill au premier plan et laissant à ses paroles l'essentiel de l'espace. Sinistre et impressionnant, encore. Une fois encore, l'enchaînement se fait sur un contraste marqué avec In the Garden, au tempo légèrement plus rapide et où l'électronique domine. Music to Make War To dégage quelque chose de profondément rock'n'roll et KING DUDE a beau nous parler de guerres, les thèmes bibliques sont toujours aussi présents. Si on peut toujours reprocher à Cowgill une forme de suffisance et une tendance à s'écouter chanter, sa musique atteint un niveau de précision qu'on ne lui connaissait pas encore, une efficacité redoutable aussi bien dans les atmosphères que les textes.

L'americana lo-fi et lugubre de KING DUDE est ici poussée à son paroxysme : Music to Make War To est un album noir et déprimant, dont l'économie et le minimalisme sonore n'en accentue que l'impact. Le style de Cowgill n'a jamais été aussi précis et aboutit, son mélange folk-country-goth élégant et plombant de haute volée est un régal pour les oreilles. Certes, on y reconnait un tas d'immenses influences et le personnage peut se montrer un brin mégalo, mais quand le résultat est aussi plaisant, on aurait tort de passer à côté.