Hellfest 2020

Chronique | Collection d'Arnell-Andréa - A Recrafted Winter

Tanz Mitth'Laibach 19 décembre 2019

Surprise ! COLLECTION D'ARNELL-ANDRÉA est déjà revenu après neuf ans d'absence au début de cette année, en février, pour un album sur le thème de la mort figurée par l'hiver, le calme et poignant Another Winter (chronique) ; nous étions déjà agréablement surpris de les revoir, et voilà qu'alors que l'année se termine, le groupe nous fournit déjà un nouveau disque baptisé A Recrafted Winter -un hiver remanié ! Connaissant COLLECTION D'ARNELL-ANDRÉA comme on les connaît depuis 1986, on se doute que quoi que ce soit, cela ne peut qu'être intéressant, mais de quoi s'agit-il ?

La liste des titres nous le révèle : il s'agit de versions remaniées de l'intégralité des morceaux de Another Winter. L'idée vient en fait de l'arrangeur Piers Volta, qui a proposé au groupe des versions remodelées des chansons de Another Winter avec une instrumentation beaucoup plus électronique ; l'idée plaît à COLLECTION D'ARNELL-ANDRÉA et est ensuite acceptée par le label Trisol. A Recrafted Winter nous fait ainsi redécouvrir les compositions de Jean-Christophe d'Arnell pour l'album précédent du groupe dans un nouvel habit ; la structure des morceaux est la même et l'on goûte à nouveau la voix de Chloé Saint-Liphard, mais pour le reste, la musique est dorénavant presque entièrement électronique, d'une électronique calme et douce, éloignée des influences industrielles qui ressortent parfois dans les compositions de COLLECTION D'ARNELL-ANDRÉA mais adaptée aux compositions désespérées du groupe.

L'effet en est saisissant. On a l'impression de découvrir de nouveaux morceaux avec ce renouvellement quasi-total des sonorités, tout en connaissant déjà leur structure et les émotions qu'ils évoquent, comme si l'on lisait un texte connu et aimé dans une autre langue que celle dont nous avons l'habitude, à la fois différent et semblable, enrichissant notre ressenti. Moins organique dans ses sonorités que Another Winter, A Recrafted Winter est aussi moins statique, le deuil pesant de l'album originel est ici un peu atténué pour des morceaux un brin plus dynamiques, avec des sonorités électroniques qui défilent de façon plus rapide et dansante, sans trahir toutefois l'esprit de lente déréliction de Another Winter. A Recrafted Winter préserve dans le même temps la tristesse glacée de Another Winter, grâce à ses nappes de synthétiseur évoquant le vent froid, à ses boucles dont le rythme entêtant donne l'impression d'avancer sans fin dans la neige, à ses effets de réverbération qui nous accablent de solitude. Le chant de Chloé Saint-Liphard est aussi bouleversant dans cet univers que dans celui de l'album d'origine.

On atteint véritablement le sublime sur des morceaux auxquels on avait moins prêté attention dans leur précédente mouture : Le Jour venu et Les Bancs de Sable sont encore plus beaux ainsi, la froideur des sonorités électroniques et les effets de réverbération rendent ces deux chansons encore plus touchantes, tout à la fois belles et accablantes ! Comme sur beaucoup de morceaux de COLLECTION D'ARNELL-ANDRÉA, les paroles en français leur donnent une poésie particulière. On est très heureux de les redécouvrir sous cette forme qui leur va si bien, outre des morceaux dont on connaissait déjà la force comme The Shade of a Flower.

Le pari de revisiter un album entier est forcément risqué : il y a le danger, ou bien de ne rien apporter à l'œuvre d'origine, ou bien de la dénaturer ; ici, il est réussi haut la main, A Recrafted Winter nous fait redécouvrir l'esprit de son prédécesseur d'une façon qui nous surprend et nous touche à nouveau, album jumeau plutôt que l'un de ces remix sans grand intérêt qui pullulent dans la musique. On pense d'ailleurs au tour de force, déjà ancien mais marquant, qu'était l'excellent remix électronique de la non moins excellente Les Cendres-Lisières sur l'album Villers-aux-Vents, la démarche est tout aussi réussie ici. Et, à présent que tout se fane et s'endort avec ce nouvel hiver, il ne nous reste plus qu'à nous abandonner une fois de plus au charme des mortes-saisons.