Zeal & Ardor + Hangman's Chair @ La Cigale - Paris (12 décembre 2018)

Live Report | Zeal & Ardor + Hangman's Chair @ La Cigale - Paris (12 décembre 2018)

Pierre Sopor 13 décembre 2018 Pierre Sopor

En très peu de temps, ZEAL & ARDOR est passé de découverte intrigante à véritable phénomène : le groupe qui jouait encore à Glazart il y a un an et demi remplit désormais la Cigale, salle aux dimensions et au prestige tout autre. Le groupe de Manuel Gagneux était de passage à la capitale dans le cadre de sa tournée Stranger Fruit en compagnie des parisiens de HANGMAN'S CHAIR qui défendait son petit dernier, Banlieue Triste. Veryshow a été bien inspiré en organisant cette tournée, réunissant deux des meilleurs groupes de l'année. La soirée s'annonçait forcément excitante.

Hangman's Chair

Alors que des gens entrent encore dans la salle, pourtant déjà bien remplie, les lumières s'éteignent et, dans la pénombre, HANGMAN'S CHAIR commence son set avec le morceau Banlieue Triste, introduction instrumentale servant de rampe de lancement à Naïve, indispensable single du dernier album. Sur scène, le groupe est à l'image de sa musique : il joue avec sincérité, sans artifices. C'est sobre, simple, carré et le son est lourd, mélancolique, hypnotique. Le mélange entre stoner, doom, sludge avec quelques pincées de grunge poisseux par-ci par-là fonctionne à merveille. Bien que la musique soit aussi belle que sombre, que l'ambiance soit plus au désespoir et à l'introspection et que Cédric, le chanteur, reste souvent caché derrière sa tignasse, Clément et Julien (basse et guitare) ne cherchent pas à cacher leurs nombreux sourires à destination d'un public conquis. On pourrait s'amuser à énumérer une fois encore les points forts de HANGMAN'S CHAIR, de ce chant plaintif et viscéral à ce son de batterie si essentiel, si parfait, mais ça en deviendrait fastidieux. Sur scène, avec leurs gueules pleines de caractère et leurs gros blousons, les quatre musiciens en imposent sans avoir à forcer le trait ni en faire des caisses : la classe et le talent suffisent. La setlist a beau ne se consacrer qu'aux deux derniers albums du groupe, rien ne manque, des tumultes de Dripping Low à Full Ashtray, HANGMAN'S CHAIR ménage quelques respirations instrumentales entre deux pics d'intensité alors que le set défile sans temps morts. Comme si c'était encore nécessaire, les musiciens de HANGMAN'S CHAIR ont prouvé encore une fois qu'ils faisaient partie des meilleurs, des grands groupes actuels. On ne peut que leur souhaiter de nombreuses autres dates dans d'aussi chouettes endroits que la Cigale.

Setlist :
01. Banlieue Triste
02. Naïve
03. Sleep Juice
04. 04 09 16
05. Requiem
06. Dripping Low
07. Cut Up Kids
08. Full Ashtray

ZEAL & ARDOR

"Burn the young boy, burn him good" : c'est avec la sinistre et menaçante In Ashes que ZEAL & ARDOR commence son show, après être entré sur l'intro Sacrilegium I, dans la fumée, ses musiciens cachés sous leurs capuches. Difficile d'imaginer meilleur début au rituel. Le mélange de blues, de gospel, de black metal et de gros rock musclé de ZEAL & ARDOR fonctionne à merveille, on le savait déjà. Sur scène, on découvre une puissance inédite au son : il y a la voix de Gagneux, possédé, qui porte comme jamais, mais il y a aussi ces deux choristes impeccables dans tous les registres qui l'accompagnent tout le long et décuplent l'impact des mots scandés, hurlés, chantés. Les capuches tombent, les regards sont noirs, la température grimpe. Les riffs de Servants et son refrain fédérateur repris par le public finissent de réveiller la fosse qui s'embrase. L'accueil du public, extatique, est mérité : ça envoie à mort. Le début de set laisse la part belle aux titres de Devil is Fine avec les classiques Come on Down et Blood in the River, aux délicieux bruits de chaînes qui nous rappellent le background du groupe : les esclaves américains se tournant vers le démon pour se venger de leurs maîtres. Des stroboscopes frénétiques accompagnent systématiquement les passages les plus metal, détruisant la rétine des plus sensibles et achevant les épileptiques présents. Devant la scène, on joue à slammer et se rentrer dedans. Peu bavard, Gagneux précise après quelques titres qu'en effet, ils parlent assez peu mais que, si ça nous va, le groupe va nous proposer sa musique. Bien sûr que ça nous va. Tout comme plus tard, quand il remercie la salle pour l'accueil dantesque qui lui est réservé et demande si on est ok pour un peu plus de musique. Tu parles, Charles, y'a intérêt. Et tant mieux, d'ailleurs, parce que ce rappel avait fière allure : Don't You Dare et sa montée en puissance irrésistible, Devil is Fine et Baphomet viennent clore un concert irréprochable de bout en bout. Si le concept mériterait peut-être une scénographie un poil plus poussée parfois (ça se joue peut-être à une ambiance lumineuse différente ici ou là), on est aussi rassurés par l'authenticité de ce que ZEAL & ARDOR propose : pas besoin de tonnes de gimmicks grand-guignolesques pour tout casser.

Manuel Gagneux doit vivre un conte de fée avec son projet, né comme un exercice de style et devenu un des trucs les plus frais et enthousiasmants des dernières années. C'est mérité, largement. Avec Stranger Fruit et la tournée actuelle, ZEAL & ARDOR prouve que sa réussite n'est pas dû à un coup de chance sur une poignée de titres mais qu'il y a un projet sérieux et brillant derrière qui ne demande qu'à être poussé toujours plus loin. Si l'avenir s'annonce passionnant, le présent est déjà plus qu'excitant !

Merci à Manon de Verygroup pour l'accréditation photo et aux artistes pour cette soirée !

Setlist : 
01. Sacrilegium I
02. In Ashes
03. Servants
04. Come on Down
05. Blood in the River
06. Row Row
07. You Ain't Coming Back
08. We Never Fall
09. Waste
10. Fire of Motion
11. Ship on Fire
12. Stranger Fruit
13. Cut Me
14. Gravedigger's Chant
15. Children's Summon
16. Built on Ashes
17. We Can't Be Found
Rappel
18. Don't You Dare
19. Devil is Fine
20. Baphomet