Skaphos + Antania @ La Péniche Antipode - Paris (75) - 16 avril 2026

Live Report | Skaphos + Antania @ La Péniche Antipode - Paris (75) - 16 avril 2026

Maxine 20 avril 2026 Maxine & Pierre Sopor Pierre

Hail Satan, Cthulhu fhtagn ! Pourquoi choisir son culte quand on peut avoir les deux ? Le groupe de black / death metal Skaphos commençait sa tournée à la Péniche Antipode en compagnie d'Antania, le duo doom / bass / dark electro. Deux esthétiques sonores différentes, certes, mais un goût commun pour les ténèbres et la lourdeur... et en plus, Sanit Mils ne nous mène pas en bateau : programmer Skaphos sur la Péniche Antipode, vu l'univers abyssal du groupe, ça ne manquait pas de sel (marin, huhuhu, qu'est ce qu'on se marre) ! Avec la concurrence de 1914 qui jouait un peu plus loin, les métalleux étaient divisés. La péniche n'était pas complète mais peu importe : on est bien assez pour monter notre petite secte obscure sous-marine !

ANTANIA

C'est donc Antania qui ouvrait cette soirée dans ce lieu parisien si atypique, et Antania, on adore. Au milieu de tous ces gens (surement plus adeptes de musique orientée black metal pour la plupart, vue la tête d'affiche) qui se demandaient "mais qu'est ce que c'est donc qu'Antania?", nous étions de notre côté assez excités (mais sombrement, quand même) de les revoir enfin sur scène, qui plus est dans un lieu aussi inspirant. On aime parce que c'est profondément noir, poisseux et écrasant, on aime parce que leur look en jette et que notre photographe par conséquent sera content (mais sombrement, toujours), on aime parce que c'est glauque, brutal et violent. Le groupe se range lui-même dans la catégorie "aggrotech death metal" et en effet, leur musique donne à la fois envie de danser, de tout casser, et peut-être les deux en même temps.

Nous retrouvons donc Kali Mortem, dont la silhouette dessinée par sa toge est aussi mystérieuse que celle d'une pleureuse hurlant d'une voix puissante sa douleur lors d'une cérémonie sataniste au cœur d'un cimetière, et Dr. Luna, qui joue âprement avec ses machines (nous pensons forcément au maitre en ingénierie bruitiste Author & Punisher) entouré de crânes, portant lui-même un masque cornu qui rend sa silhouette très aimable pour le public que nous sommes. Le son, bien que rugueux, est parfait et nous emporte dès les premières secondes tandis que de jolies lumières couleur sang dessinent d'angoissantes ténèbres.

C'est efficace, ça défoule après une journée de travail, mais pas que. Nous apprécions aussi les subtilités des mélodies en filigrane derrières les grosses basses terrassantes, les idées foisonnantes, et la passion évidente des deux musiciens pour les sons électroniques. Nous apprécions aussi l'univers ancré dans celui des tueurs en séries (la soirée s'ouvre d'ailleurs sur Fishtro, référence évidente au tueur en série cannibale Albert Fish - commencer avec Fish sur un bateau, ça donne la pêche !). L'exploration aussi figurative qu'abstraite de l'âme humaine dans ce qu'elle peut avoir de plus effroyable en fait un terreau inépuisable dans la création d’atmosphères aussi dérangeantes que passionnantes et celles-ci prennent toute leur dimension en live.

La Péniche Antipode est une petite salle qui ne peut accueillir qu'un petit nombre de personnes (il est de toute façon entendu que la meilleure musique est celle qui n'est pas faite pour plaire au plus grand nombre) et tout le monde ne venait pas pour eux c'est certain, mais au vu des compliments entendus, des sourires (sombres, bien sûr), et du monde au merch à la fin du set venu échanger avec les musiciens, ils ont visiblement emmenés tout le monde en Enfer avec eux, et nous en sommes ravis !

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SKAPHOS

Entre vieux loups d'mer, on se raconte des légendes. Des récits de voyages, de tempêtes du siècle, de silhouettes devinées pendant un orage particulièrement violent, entre deux vagues gigantesques. Des trucs à vous faire perdre la raison, qu'on s'échange à voix basse autour d'une pinte de rhum. Par exemple, quiconque a déjà aperçu Skaphos sait que la chose ne se produit que par un brouillard impénétrable. La Péniche Antipode se remplit d'une épaisse fumée plusieurs minutes avant le début du concert, nous plongeant immédiatement dans un univers parallèle mystérieux, étouffant. On n'y voit rien. Les pieds de micros ont tous droit à leur petite loupiote orange : on pense alors à la lumière des melanocetidés, ces poissons des abysses qui vous attirent pour mieux vous bouffer, ou aux teintes associées à l'univers steampunk de Jules Verne. Et puis ça commence et Skaphos nous entraîne immédiatement 20000 lieues sous le Bassin de la Villette, extension locale du Canal Saint-Martin. 

"CULTIIIIIISTES !", qu'on nous demande. "AVEZ-VOUS ENTENDU L'APPEL DES ABYSSES ?" (ou des profondeurs, les souvenirs s'étiolent). Et comment, qu'on l'a entendu ! Les murmures dans les ténèbres, les musiques dissonantes, ceux qui flottent tous en bas, là où bientôt on flottera aussi : tout ça, c'est notre quotidien. On va être bien. Skaphos nous ratatine, sa musique est sauvage, la pression insoutenable. On étouffe et on est bien, là, à se noyer et à voir nos carcasses pourries se faire bouffer par les crustacés pour mieux renaître avec quelques tentacules en bonus ! Sur scène, les musiciens ont des chouettes maquillages, prêtres des profondeurs putrides... on pense aux potes de Davy Jones dans Pirates de Caraïbes, mais on sent qu'il vaut mieux dire que la Péniche Antipode se transforme en barque de Charon le temps d'une soirée, au risque de se faire engueuler ! Plus haut, on parlait légendes et secrets interdits : on chuchote que Skaphos aurait un batteur, et même un relativement nouveau. Certaines personnes l'aurait vu, dans la brume et la pénombre. A voix basse, on souffle qu'il serait en slip, ou presque. On a peur, peur de ce qui rôde dans les ombres. La cale devient étouffante, ça sent la bête, on se noie.

Petit à petit, les choses très anciennes et innommables qui se cachent dans la musique s'emparent des esprits des métalleux présents et ont raison de leur raison. Au début, c'est un peu chacun pour soi : on agite sa chevelure tentaculaire dans son coin, ça ventile un peu la fumée. Puis, timidement, les corps commencent à se heurter, poliment tout d'abord, comme pour tâter le terrain, voir si on s'ferait pas une petite bagarre. Puis la salle passe en mode essorage et c'est le chaos rigolo. Les gens d'Antania assistent au spectacle, ça les fait bien rigoler.

Allez savoir pour lequel des deux groupes à l'affiche cette association était la plus saugrenue. Nous, en tout cas, on a adoré ces deux propositions si différentes mais qui se prêtaient parfaitement au jeu de la messe obscure sous la surface et les cultistes présent sont repartis avec les dons promis par les Grands Anciens : cheveux gras, peau humide qui vire parfois sur le bleu, quelques tentacules et odeur innommable. 

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Maxine

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