Ponte Del Diavolo + Witchorious @ La Boule Noire - Paris (75) - 13 mars 2026

Live Report | Ponte Del Diavolo + Witchorious @ La Boule Noire - Paris (75) - 13 mars 2026

Pierre Sopor 17 mars 2026

Les Italiens de Ponte Del Diavolo, qui viennent de sortir De Venom Natura, leur très chouette deuxième album (chronique), présentaient leur mélange mystique de doom, post-punk et black metal pour la première fois au public français au cours d'une petite tournée supervisée par Sanit Mils. Nous étions à la date parisienne à la Boule Noire et la soirée s'annonçait parfaite pour le rituel : un vendredi 13, une journée pluvieuse... de quoi, déjà, se mettre dans l'ambiance !

WITCHORIOUS

Quand on parle de gros rock sombre, lourd et occulte en région parisienne, bien vite, on se retrouve à parler de Witchorious. Le trio ouvrait déjà pour Dool il y a quelques mois et leur mélange stoner / doom horrifique se prêtait particulièrement bien à la direction de la soirée. "Il faut être fou pour jouer à la Boule Noire un vendredi 13" lâche le chanteur / guitariste Antoine Auclair : c'est sûrement une blague de billardiste, on comprend que c'est le genre de trucs qui attire le mauvais œil.

Tant mieux. Des mauvais sorts, Witchorious va nous en lancer plusieurs pendant la presque heure que dure le set. Le mauvais œil ? Regardez-donc ceux de cet Antoine, là, exorbités : toujours aussi expressif, il enchaîne les mimiques de possédés dès les riffs sinistres de Watch Me Die. La voix de la bassiste Lucie Gaget vient répondre à ses grognements, créant une dynamique incantatoire théâtrale plutôt chouette à suivre. Les références sont là, évidentes : Black Sabbath, Electric Wizard, Mastodon... mais avec un supplément de méchanceté, un mordant jouissif et dynamique qui accroche bien.

Monster, The Witch, etc : on commence à bien connaître les titres de leur premier album éponyme. Cool, ce soir le groupe nous a présenté quelques nouveautés comme Beg for Evil et Lost in this Insanity qui annoncent l'arrivée future d'un nouvel album aux ambiances toujours aussi hantées. Ces gens-là savent associer le lugubre avec le goût du riff, de la formule qui fait remuer les têtes. Ça groove, ça menace, ça écrase, et ça le fait avec un enthousiasme qui fait plaisir à voir ! 

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PONTE DEL DIAVOLO

Il n'est pas encore minuit mais pour nous faire croire que "l'heure du crime" est venue, Ponte Del Diavolo nous passe Un bacio a mezzanotte ("un bisou à minuit") du Quartetto Cetra en guise d'intro... une chanson guillerette en décalage total avec la cérémonie à venir. Ouf, bien vite, les ténèbres nous enveloppent avec Spirit, Blood, Poison, Ferment! et son rythme effréné. Les guitares nous sautent à la gorge, affamée, puis ralentissent pour laisser à la chanteuse Erba del Diavolo l'espace pour déclamer son texte. Sur scène, son jeu tout en lenteur participe à l'ambiance de rituel : elle arpente la scène cérémonieusement et prend des poses lors desquelles elle fixe le public, assumant son rôle de grande prêtresse de la soirée.

Le mélange entre guitares grinçantes gothiques, assauts black metal et intensité post-punk fonctionne à mort. Les thérémines et cuivres enregistrés rampent en fond, l'ambiance est mystérieuse et ésotérique. Sur les murs vers le fond de la salle, les miroirs de la Boule Noire reflètent une image déformée et giallesque de la scène. Après avoir consacré la première partie du concert à De Venom Natura, Ponte Del Diavolo revient à son premier sortilège et enchaîne les titres de Fire Blade from the Tomb : l'exaltante et féroce Nocturnal Veil et les lamentations de Demone ravissent un public de connaisseurs. On suit du regard la chanteuse, qui rôde, rampe, éclate d'un rire dément, grogne... C'est quand les paroles sont en italien que le rituel fonctionne le mieux, alors que la langue donne au texte des airs de formule magique.

"Do you like Bauhaus" : évidemment qu'on like Bauhaus et on n'allait pas partir sans une petite reprise d'In the Flat Fields. Le public réclame un rappel. "Va bene, va bene", qu'Erba nous répond, amusée. On se quitte avec la très goth Covenant, hypnotique, et sa conclusion doom-thérémine venue d'une autre réalité que nos esprits faibles ne peuvent totalement appréhender. Ponte Del Diavolo, sur scène, ça le fait à mort. Avec son mélange d'influence, le groupe navigue entre lourdeur, dureté, et une séduction dangereuse, noire. C'était mystique, riche, avec ce qu'il faut de solennité blasphématoire pour nous donner l'impression d'avoir rejoint un drôle de culte genre "les adeptes de la boule noire du vendredi 13". Mince alors, personne n'a apporté de bébé à sacrifier. Ce sera notre seul regret. La prochaine fois, peut-être ?

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Pierre Sopor

Rédacteur / Photographe