Mephorash + Galibot @ Backstage by the Mill - Paris (75) - 18 mai 2026

Live Report | Mephorash + Galibot @ Backstage by the Mill - Paris (75) - 18 mai 2026

Pierre Sopor 20 mai 2026

Comme tous les lundis, il fallait prévoir son plus mignon bébé à sacrifier, mais cette fois, en plus, Mephorash venait présenter son rituel mystique pour la première fois en salles en France. La date parisienne, organisée par Garmonbozia, se tenait au Backstage by the Mill. Un quartier connu pour son activité nocturne, l'arrière boutique d'un pub occupé par des moldus aussi tristes qu'innocents... oh que oui, la soirée s'annonçait idéale pour un peu de cannibalisme et quelques sacrifices humains, d'autant plus que Galibot jouait en première partie.

GALIBOT

Allez, on prend les paris : d'ici quelques mois, Galibot jouera en tête d'affiche dans des salles d'envergure similaire. En jetant un oeil (pas le notre, hein, souvenez-vous, on a ramené des bébés pour les sacrifices), on peut vite remarquer aux tee-shirts déjà présents que les humains qui les occupent sont en tout cas venus en nombre pour le groupe originaire du nord de la France. On les comprend, tant leur nouvel album Catabase (chronique) est un modèle de black metal rageur et efficace. Au-delà de la popularité grimpante (et méritée) de Galibot, ce choix de première partie nous paraît d'autant plus pertinent que leur musique est finalement très différente de celle de Mephorash, nous proposant deux variations personnelles autour du black metal.

On savait déjà que Galibot avait tout compris musicalement, on découvre que sur scène aussi. Pourtant, leur expérience de la chose est relativement récente, mais tout est au point. Leur look prolonge l'univers minier et industriel qui sent bon le dessous de terril, les visages sont charbonnés et tout le monde est en bleu de travail. L'éclairage au sol permet de faire ressortir leurs expressions malgré le noir qui les recouvre... et surtout, il y a leur énergie folle et communicative. Chez Galibot, on cavale, on grimace, on roule des yeux, on brandit sa guitare : c'est agressif, conquérant, furieux, viscéral et d'une intensité folle.

Loin de n'être qu'un gimmick prétexte, l'univers visuel et thématique permet au groupe d'ancrer sa musique dans un propos social, rencontre entre Les Corons de Bachelet et Zola. Galibot nous plonge dans son Enfer souterrain, celui des mines plutôt que celui qui obsède Christine Boutin et Gaahl. Il y a un peu de théâtre, avec cette tenue sortie d'un seau et même une touche de poésie bizarre lors des danses d'Agathe pendant l'enchaînement Baptise Terre - Pénitent

Comme pour mieux rendre l'aspect implacable et oppressant de son monde industriel où les hommes sont broyées par des machines grises, la musique de Galibot met l'accent sur les rythmiques : ça tabasse, sans pitié (essayez de résister à Schlamms !), mais n'empêche pas quelques mélodies de pointer le bout de leur nez. Bref, on en prend plein les yeux et plein les oreilles et on en ressort avec la conviction que l'on vient de voir ce qui sera, dans un futur très proche, une des têtes d'affiche de la scène black metal française.

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MEPHORASH

Le changement d'ambiance est frappant avant même le début du concert. Un autel trône au milieu de la scène pendant qu'une épaisse fumée rampe lentement au sol et monte jusqu'à le recouvrir. Mephorash est branché Kabbale et ésotérisme et, comme il se doit quand la musique devient liturgique, ça sent bon l'encens et les musiciens sont planqués sous leurs capuches et portent des masques. Le concert est immédiatement solennel alors fini de gambader partout sur scène, on se tient bien, monolithiques, la mine grave (enfin, on les imagine, sous leurs masques). Un peu comme à un concert de Batushka, devenu la référence en matière de metal sombre et liturgique, on se dit que c'est tant mieux parce que si Mephorash se mettait à cavaler sur scène et à sauter dans tous les sens, on les prendrait pour des Jawas et personne ne prend au sérieux les Jawas quand ils font des rituels bizarres.

En live, leur black metal mélodique et atmosphérique à la pesanteur doom gagne en profondeur et en présence, on en savoure la grandiloquence occulte, la noirceur flamboyante. On regrette un peu, en revanche, qu'au Backstage by the Mill le groupe ne puisse pas allumer de vrai feu : très vite, la salle se remplit d'un épais brouillard et le groupe se transforme en vagues silhouettes de Nazgûls que l'on croiserait en pleine nuit, dans le fog londonien, après quelques pintes : en gros, on n'y voit rien. Dommage pour les masques (décidément, ils tiennent à se cacher !) et la majesté du show qui y perd un petit peu.

Alors, dans la pénombre, on écoute comme résonnent les vociférations de I Am, on se marre bien quand le sample de bébé qui pleure en intro de Gnosis retentit (on vous avait dit qu'on allait en sacrifier !), les invocations à la Behemoth qui ouvrent Riphyon - The Tree of Assiyah Putrescent en imposent à mort et tout le concert est plongé dans cette pesanteur sacrée, hypnotique. Pendant une heure et quart, Mephorash récite, déclame, psalmodie. Le chanteur agite lentement ses mains dans la fumée, nous jetant des malédictions obscures comme les soeurs Halliwell mais avec un peu plus de sérieux, puis brandit un calice (c'est en général là qu'on range le sang de bébé) : comme un rituel, tout est codifié, théâtral, porteur d'un sens caché. Il faut que ça veuille dire quelque chose, mais il faut aussi que ça en jette, sinon on ferait des messes noires en tongs.

Si la musique de Mephorash peut parfois donner l'impression de pécher par excès d'emphase et le carcan forcément strict qu'impose leur univers, il faut aussi y reconnaître un vrai goût pour la recherche et le raffinement musical, un travail convaincant sur les atmosphères lugubres et cinématographiques, un parti-pris assumé jusqu'au bout et un pouvoir de fascination certain. Alors maintenant, on veut les revoir mais dans un temple géant en ruine, avec un orchestre, plein de feu... et des vrais bébés à sacrifier !

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Pierre Sopor

Rédacteur / Photographe