Chronique | Galibot - Catabase

Pierre Sopor 9 mai 2026

On sentait bien que quelque chose se passait du côté du Galibot, dont l'excellent EP Euch'mau Noir avait droit à une nouvelle version ré-enregistrée et augmentée de nouveaux titres plus tôt cette année, faisant alors office de "premier album"... juste avant que ne sorte Catabase. L'univers est affirmé, évocateur : les galibots, ce sont les gamins que l'on envoyait dans les mines du nord de la France. L'enfer souterrain, le charbon, la terre, les marqueurs du Nord : Galibot tient un thème qui fonctionne, le noir du charbon se prêtant bien au black metal, alors que les mines remplacent les Enfers souterrains traditionnels. Catabase creuse (huhu) d'ailleurs cette idée : dans la mythologie, la catabase désigne la descente aux Enfers du héros...

Une chose est flagrante dès le morceau-titre servant d'introduction à cet univers minier, où le sound-design renforce l'oppression industrielle : Galibot a le truc. Ils ont le truc pour envoyer un black metal riche en idées mais concis, avec des morceaux courts qui fonctionnent tous, un sens de la "chanson" si vous voulez. Ça accroche, ça groove, ça cogne fort, les riffs tabassent. Le trio joue désormais à cinq, le son a gagné en ampleur, en puissance. L'effrénée Jeanlin, non c'est pas d'la bière mais une référence au galibot de Germinal, nous saute à la gorge toutes griffes dehors. Le chant de Diffamie, viscéral et hargneux (les rares moments en voix claire sont percutants comme des coups de pioche), les mélodies entêtantes des guitares, la rythmique aliénante : Galibot est possédé et nous attire sous terre irrésistiblement.

Souvent, quand le héros se retrouve sous terre, c'est pour mieux se trouver lui-même, les ténèbres servant à symboliser une plongée intérieure. Là, dans l'obscurité, on peut dire que Galibot s'est effectivement trouvé. L'identité est forte et ce décor réaliste évocateur de paysages gris et noirs n'empêche pas une certaine théâtralité (Voreux, un terme qui désigne la mine, ce monstre qui dévore, et renvoie, là encore, à Zola, la pesanteur de Les Montagnes Poussent Sous Terre et ses mots scandés, crachés) qui permet de mettre en valeur et rendre palpable tout cet univers. Mentionnons d'ailleurs le soin apporté aux textes et comment Galibot mélange habilement son univers minier à des connotations mythologiques ou religieuses (le jeu de mot Baptise Terre, Mesektet -non ce n'est toujours pas de la bière même si ça sonne flamand- c'est la barque avec laquelle Rê traverse le royaume des morts la nuit), comment une forme de poésie fleurit dans tout ce fracas. Dans l'Estaminet gronde la révolte !

Catabase nous ratatine et nous exalte avec son énergie, son allure folle. Il a la portée d'un récit épique mais auquel une rage concrète, sociale, se greffe pour donner à la poésie et aux symboles une réalité. Galibot maîtrise les nuances sur le fond comme la forme, entre amour de sa région et dénonciation des souffrances de ses ouvriers, férocité mordante et sens de la mélodie. Les Terrils deviennent l'Olympe, il n'y a plus vraiment de ciel, l'album sent la rouille et la terre. Chez Galibot, le thème n'est pas un simple gimmick artificiel mais un truc authentique, sincère. Surtout, il ne sert pas de cache-misère et ne vient pas prendre le pas sur le plus important : Catabase est un enchaînement de morceaux à l'efficacité redoutable où forme et fond se nourrissent l'un l'autre.

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Pierre Sopor

Rédacteur / Photographe