Au sein d'une scène turque qui se fait de plus en plus connaître en Europe, Goetia est un nouveau groupe darkwave qui a sorti plusieurs singles depuis 2025, se donnant pour thèmes "l'occultisme, les conflits intérieurs et le déclin existentiel". Sa musique se distingue par les fortes influences de l'EBM et de l'aggrotech qu'on y entend, lui donnant des relents industriels, outre l'usage du chant en turc. Goetia franchissait au début du mois le pas de publier un album complet, intitulé Saligia – cet acronyme latin médiéval renvoie aux sept péchés capitaux et le court album comprend effectivement sept titres.
On y découvre un univers musical froid et très tendu, usant abondamment de battements sur des rythmes binaires avec des tempos rapides, aux structures minimales conçues pour être entêtantes, le chant vibrant de tension acerbe. On n'est pas très loin de ce que faisait la scène Techno Body Music (TBM), un peu éteinte de nos jours, mais avec un chant en turc qui change agréablement et des nappes de synthétiseurs analogiques en arrière-plan. C'est efficace : on ressent la puissance dansante de la musique tout en se sentant fréquemment enfermé par les conflits qui la traverse. Mazal fonctionne particulièrement bien dans cette veine, le synthétiseur se mariant fort bien avec le rythme et le chant pour un résultat implacable.
Il est donc tentant de voir en Saligia un album de bonne facture dans un style auquel nos oreilles sont habituées, néanmoins il y a plus que cela : en deuxième partie d'album, l'enchaînement Nektar / Haris / Teufel nous amène soudain à des ambiances beaucoup plus lugubres sans rien perdre de l'efficacité rythmique. Après une introduction classique, Nektar nous surprend délicieusement avec le surgissement de ses sonorités assourdies, créant une atmosphère envoûtante ; Haris créé un joli contraste entre l'appel de notes lointaines et le martèlement rugueux au premier plan avant une coupure réussie ; Teufel, enfin, va encore plus loin grâce à son sample alarmant et à sa théâtralité gothique, pas si loin d'un Das Ich... On ne s'y attendait pas et ce registre sourit à Goetia !
Saligia est donc un premier album prometteur pour Goetia, riche, bien construit et étonnant, qui peut plaire à un public varié dans les musiques sombres.