Hellfest 2020
Hypno5e + My Own Private Alaska @ Petit Bain - Paris (07 février 2020)

Live Report | Hypno5e + My Own Private Alaska @ Petit Bain - Paris (07 février 2020)

Pierre Sopor 11 février 2020 Pierre Sopor

Fin 2019, HYPNO5E sortait A Distant (Dark) Source, magnifique ouragan musical dans lequel le groupe prouvait une fois encore son talent pour exprimer sa mélancolie avec un metal puissant et tumultueux aéré de passages acoustiques et de transitions théâtrales et cinématographiques. Les rater sur scène était alors exclu, bien que de nombreux amateurs de brushings et de show bling-bling s'entassaient devant SABATON et APOCALYPTICA au Zénith... On a une pensée émue pour eux, les pauvres, alors que Petit Bain affichait de toute façon complet depuis un bon moment. La cerise sur le gâteau, c'était le retour de MY OWN PRIVATE ALASKA qui assurait la première partie (tu parles d'une cerise, elle est taille pastèque celle-là !).

My Own Private Alaska

On avait laissé MY OWN PRIVATE ALASKA quelque part au début des années 2010 (leur dernier concert avant ce comeback inespéré remontait à mai 2012). Ils étaient alors trois sur scène : un pianiste, un batteur et un chanteur dont les cris saturés s'emparaient de nos tripes pour les remuer dans tous les sens. C'était fort et beau. D'ailleurs, on se souvient d'une date vers 2010 ou 2011, à Glazart, avec en première partie un certain groupe du nom d'A BACKWARD GLANCE ON A TRAVEL ROAD... Soit HYPNO5E, sous sa forme acoustique de l'époque. La boucle est bouclée et cette date à Paris n'est que la deuxième pour MOPA depuis son retour.

En 2019, ils sont dorénavant quatre sur scène, dans la pénombre. Un synthétiseur a fait son apparition histoire d'ajouter des basses, un autre synthé a remplacé le piano, que l'on devine encombrant, et une casquette a pris la place de la tignasse du chanteur Matthieu Miegeville. Derrière les fûts, le visage est différent mais l'impact est le même et confère aux morceaux joués en live une énergie supplémentaire. MOPA, avec ses morceaux désespérés dénués de guitares, envoie du lourd. "Ça faisait longtemps qu'on n'avait plus parlé et ça nous manquait" lance le frontman après After You, et en effet, l'homme est bavard. Facétieux, il introduit chacun de ses titres, refusant de les dédier au public parce que bon, quand même, c'est pas des morceaux super sympa à dédicacer à des gens qu'on aime bien, la musique de MY OWN PRIVATE ALASKA n'ayant jamais fait dans le jovial. Il dit aussi quelques trucs de vieille personne, comme "il y a dix ans, personne ne misait un kopeck sur HYPNO5E"... Bah oui, hein, comme le temps passe vite, ça grandit ces choses-là, même si à l'époque de Des Deux l'Une est l'Autre, le succès d'estime était déjà bien présent ! Un humour et une émotion palpable allègent l'ambiance pesante de morceaux dont on avait presque oublié la superbe : mélodies prenantes, atmosphères glaciales et un chant plein de rage dont la pilosité n'a pas blanchi d'un poil (c'est à ça qu'on le différencie des barbes des musiciens) : que ça soit de sa voix chaude de crooner ou avec ses cris d'écorchés, Matthieu est impeccable et ses émotions communicatives.

Aucun nouveau morceau n'a été joué : on ne sait pas encore si le retour de MOPA est annonciateur de surprises futures, mais pour l'instant on est surtout trop heureux d'avoir eu la chance de les revoir, de retrouver cet univers si singulier, dur et violent, et de s'être laissé bercer à la fois par la nostalgie mais aussi cette tempête intérieure qui jaillissait de la scène. La public de Petit Bain ne s'y est pas trompé, la salle était déjà pleine à craquer dès le début de soirée, un accueil mérité qui faisait plaisir à voir.

Setlist :
01. Amen
02. After You
03. Anchorage
04. Speak to Me
05. Where Did You Sleep Last Night
06. There Will Be No One
07. Die For Me
08. Just Like You And I
09. I Am An Island

Hypno5e

Malgré ses éclats de violence, malgré la sauvagerie de certains riffs, HYPNO5E est un groupe intimiste. L'ambiance est posée et sera sombre puisque là encore, le groupe se produit dans une obscurité que n'éclairent que quelques rayons et des écrans disposés en fond de scène chargés d'apporter une dose d'onirisme au show.

C'est sur un extrait samplé de texte de Cocteau que le groupe lance son set avec On the Dry Lake. Quand le mur de son heurte le public, il est massif, palpable même. Les basses rendent l'expérience plus physique qu'en album, bien qu'on y perde quelques subtilités dans les aigus. Dans la fournaise que devient la fosse de Petit Bain, les corps s'entassent. On ne respire peut-être pas, mais on transpire beaucoup. Malgré la promiscuité et malgré les cris d'extase des fans, l'expérience reste introspective. On est là, dans les ténèbres, face à un chanteur discret, qui ne dit mot entre les morceaux et dissimule son visage dans l'ombre de sa tignasse, laissant à son guitariste et son bassiste le loisir d'occuper l'espace. Quelques blagues et discussions se font entendre pendant les passages atmosphériques mais rapidement, un silence respectueux s'impose devant la scène (Tio c'est pas le meilleur moment pour se raconter son week-end, non mais !). HYPNO5E propose de nous plonger dans son univers et le fait sans artifices, le spectacle en lui-même étant minimaliste afin de ne passer ni avant la musique ni avant sa sincérité. Le public n'y voit pas grand chose, mais cela lui laisse la place de se projeter et de rêver. Ou de beugler en poussant son voisin, les deux étant autorisés ici.

La setlist est (presque) entièrement dédié à l'histoire récente du groupe. On ne s'en plaindra pas : si HYPNO5E a su dès ses premiers albums s'imposer comme un groupe unique et fascinant, sa montée en puissance se confirme sortie après sortie. De l'acoustique Alba, les Ombres Errantes il ne sera pas question non plus, ses morceaux étant réservés à des ciné-concerts particuliers. A-t-on le temps de le regretter ? Peut-être, mais les compositions d'HYPNO5E sont longues et nous n'avons qu'une heure et demi en leur compagnie. Ça passe vite une heure et demi, quand on est bien accompagnés. Dehors, la Seine est étrangement calme, le monde extérieur n'a pas su voir à quel point la soirée fut tumultueuse pour les chanceux présents, qui peuvent rapporter de beaux souvenirs chez eux, comme un secret bien gardé. 

Setlist :
01. On the Dry Lake
02. East Shore : In Our Deaf Lands
03. On Our Bed Soil Pt. 1,2 et 3
04. Tio
05. Tauca Pt. II
06. A Distant Dark Source Pt. 1,2 et 3
07. Acid Mist Tomorrow