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Die Krupps + Voodoma @ Kulttempel - Oberhausen (04 août 2016)

Live Report | Die Krupps + Voodoma @ Kulttempel - Oberhausen (04 août 2016)

Cécile Hautefeuille 06 août 2016 Cécile Hautefeuille Cécile Hautefeuille

Voodoma

Il y a moins d’un mois, on apprenait que DIE KRUPPS avait secrètement organisé un concert, par ses propres moyens, prévu le 04 août 2016, soit la veille de leur apparition au Wacken, au Kulttempel d’Oberhausen. Ce petit cadeau n’est pas venu seul, puisque le groupe prévoit une première partie. Mais ce n’est que la semaine passée que le nom fut révélé, et c’est le groupe VOODOMA qui a finalement ouvert la soirée. Un choix du cœur, puisque tout comme DIE KRUPPS, VOODOMA est originaire de Düsseldorf. On se croirait presque à une conférence Electri_City, à ceci près que nous sommes loin de jouer de l’electro ce soir.

 

VOODOMA est un groupe de gothic rock comme les allemands l’aiment, qui mélange sons lourds de metal et mélodies plus rock mainstream. Formé en 2004, c’est surtout depuis qu’il a rejoint le label Echozone que le groupe se fait connaître. Les vieux amis enchaînent depuis un bon moment les festivals et ont une tournée prévue à l’automne prochain.

 

Comme prévu, à 21h pile, le groupe s’engage sur scène. La salle du Kulttempel est plutôt bien faite pour les spectateurs, qui peuvent apprécier les concerts de différents points de vue, notamment au balcon. En revanche, la scène est étroite et il n’y pas de coulisses. Il faut donc tout monter en avance et DIE KRUPPS n’est pas groupe à voyager léger. Il y a donc le matériel de deux groupes sur scène au moment où VOODOMA se présente et il faut bien caser tout cela quelque part. Caché dans un coin, le nouvel-ancien batteur Wolle s’installe à la batterie, complètement sur la gauche de la scène. « Nouvel-ancien », puisque le batteur qui officiait depuis maintenant six ans dans le groupe s’en est allé il y a deux mois, pour cause de divergences musicales. Mais le nouveau batteur, Wolle, est en fait le batteur originel du groupe, présent de 2004 à 2010.

 

La salle n’est qu’à moitié pleine au début de ce set. Il est encore tôt et les fans viennent parfois de loin pour voir DIE KRUPPS. Néanmoins, VOODOMA a ses quelques fidèles qui connaissent la setlist sur le bout des doigts. Le groupe enchaîne les titres avec dynamisme (je pense notamment aux grimaces répétées du bassiste Tommy Bremke) et tente quelques mises en scène plutôt bienvenues. Durant la chanson Sandman, un mystérieux marchand de sable est venu distribuer des bonbons, auxquels personne n’a dit non (on se serait cru un premier jour de soldes).

 

Mais la petite cerise sur le gâteau, c’est la présence de Maike Flüshöh, chanteuse du groupe MAYZE, qui fait depuis quelques temps des apparitions live très remarquées pour VOODOMA. Elle ne vient chanter qu’un seul morceau en duo avec Michael Thionville, mais elle apporte un vent de fraîcheur incontestable au groupe. Elle serait la bienvenue pour plus d’un titre, si elle le souhaitait.

 

L’ambiance est plutôt chaleureuse à la fin du set, mais le public ne peut cacher son impatience de voir les pionniers de la musique indus made in Ruhr Gebiet, dans un contexte si intimiste qu’il est proposé ce soir-là.

Die Krupps

DIE KRUPPS propose un concert secret qui n’est finalement pas secret. Pourquoi ? Pourquoi ce soir-là, pourquoi cet événement, pourquoi se passer d’un booker pour une seule date secrète ? Pour le fun évidemment. Mais aussi pour se préparer. Le 05 août, DIE KRUPPS joue sur Headbangers Stage (vous voyez le genre) du festival européen de metal le plus connu : le Wacken. Pour s’y préparer, le groupe a décidé de rajouter une date la veille, en toute intimité, histoire de se chauffer les doigts. Le Kulttempel ne peut accueillir 50 000 personnes, certes. Mais il a le mérite de ne retenir que les vrais fans du groupe, qui sont là pour les booster au maximum. Des fans, ils en ont. De tous âges. Survoltés. Excités. DIE KRUPPS fédère. Avec 35 ans de carrière, et même sans avoir sorti de réel album entre 1997 et 2013 (comptez bien, ça fait 16 ans), DIE KRUPPS parvient à avoir des fans de moins de 20 ans au premier rang. À côté du jeune grand-père de 55 ans.

 

DIE KRUPPS fédère les générations, mais aussi les styles. Le groupe a toujours été entre deux eaux : 50% electro, 50% metal. Mais toujours 100% indus. Il y a dans la salle beaucoup de métalleux qui ne supportent en général pas l’electro. Et vice versa. C’est la force du groupe : savoir doser les styles sans en trahir aucun. Rassembler un public large sans devenir conformiste. C’est ce qui confère à DIE KRUPPS un son unique.

 

Cela fait 45 minutes que l’on attend le groupe sur scène. Il est 22h30, les balances sont finies depuis un moment, mais les stars se font attendre. À leur arrivée, le public est dithyrambique. DIE KRUPPS débute son set comme il rentre dans des souliers. Tout est facile, naturel, évident. Le début du set sonne plutôt electro avec des titres comme Risikofaktor ou Der Amboss. Pourtant, dès la première seconde, les basses vous prennent les tripes comme jamais. Le groupe a décidé de jouer lourd, et mieux vaut ne pas avoir oublié ses bouchons d’oreille, comme le suggèrent les mains des spectateurs collées aux oreilles. Ça va faire mal. Quelques titres récents plus metal sont abordés dans cette partie, comme Kaltes Herz ou encore le tout nouveau single Alive in a Glass Cage, normalement en duo avec CALIBAN. C’est Marcel Zürcher qui s’occupe brillamment des back vocals tout le long du concert. Entre les morceaux, Jürgen Engler plaisante avec le public. « Mince, désolé. Je me fais vieux, je ne connais même pas la setlist ». « Vous connaissez ce groupe britannique… euh… vous savez, là… Visage ? Non, personne ne connaît, ça. Par contre, der Amboss, vous connaissez ! ». Jürgen parsème le live de ce genre de private jokes qui devraient peut-être restées privées, mais c’est aussi le ton de la soirée. On est un peu chez mémé ce soir, entre amis, sans arrière-pensée, et sans nos parents sur le dos. C’est ça, on est un peu des ados à notre première boom. Pogos dislocateurs d’épaules en plus.

 

Car c’est avec Scent et Black Beauty que l’on comprend le pourquoi du trou laissé au milieu par le public. Durant Black Beauty, le public du Kulttempel lâche totalement les dernières brides qui le reliaient à l’humanité pour rentrer en violente collision avec les autres atomes qui produisent cette masse remuante. Pugilat collectif à Oberhausen. L’atmosphère devient étouffante, et plus le public bouge, plus le groupe gigote et approuve. Et plus le groupe approuve, plus le public en redemande. Jürgen tend alors volontiers son micro à son auditoire qui s’improvise chanteur d’un soir, ou plutôt hurleur. La pression ne redescend que très peu jusqu’à la fin du concert. On entend le public à plusieurs centaines de mètres de la salle. DIE KRUPPS nous tient en haleine tout le long de Machineries of Joy avant de laisser le dernier pogo enflammé sur Bloodsuckers. De loin le meilleur concert du groupe auquel j’ai assisté (parmi les quelques 120 autres fois. Environ. À peu près. Avec un pourcentage d’erreur de 10%. On va pas chipoter).

 

SETLIST :
01. Intro
02. Dawning of Doom
03. Isolation
04. Risikofaktor
05. Kaltes Herz
06. Alive in a Glass Cage
07. Der Amboss
08. Schmutzfabrik
09. Scent
10. Black Beauty
11. Fly Martys Fly
12. Hi Tech Low Life
13. To the Hilt
14. Metal Machine Music
15. Robo Sapien
16. Nazis auf Speed
17. Fatherland
18. Machineries of Joy
19. Bloodsuckers