Chronique | I00Ξ (1003) - 0.3

Pierre Sopor 29 janvier 2026

Les Marseillais de 1003 (si vous avez la classe, ce qui est peu probable puisque vous nous lisez, vous prononcerez cela ΙΟΟΞ) ont le sens des jeux de chiffres. C'est comme un jeu de mot, mais pour les robots : si vous lisez le nom du groupe dans un miroir, vous aurez la date de sortie de l'EP 0.3, à savoir le 30/01. Malin. Comme son nom de l'indique pas, 0.3 est la suite de l'EP 1.0 (tout cela mis bout à bout nous écrit... 1003, tiens, tiens !) et vous l'aurez ainsi compris : on est là pour commettre quelques impairs. Le premier est de brouiller les pistes avec une liberté immédiatement satisfaisante : indus, pop, post-punk... peu importe, 1003 expérimente, joue et jongle avec tout ça pour insuffler aux machines des émotions vivaces.

Le second impair est de commencer par la fin, The End servant de début. Rythmique froide, voix grave traficotée pour être plus mécanique et effrayante, l'entrée en matière pulse et menace avant que l'humanité ne prenne peu à peu le dessus via ce chant qui s'éclaire et éclaircit le tableau. Ajout par ajout, 1003 étoffe sa musique, l'intensité augmente, toujours guidée par cette rythmique mécanique implacable. Il y a une envie de faire danser, d'être facile à aimer, mais également un goût pour l'exploration sonore et tout cela est bien rafraichissant, au propre comme au figuré. Il y a un peu de Nine Inch Nails période The Fragile (et ses remixes), un peu de David Bowie (période Earthling et Blackstar, quand les formules dansantes se font plus mutantes que jamais), des modèles touche-à-tout qui savent eux aussi brouiller les pistes et rendre l'étrange bankable (et vice-versa).

Les tourments de The Contradiction importent une nervosité post-punk, avec laquelle la basse de The Body renoue plus tard, invitant une urgence viscérale et des contours plus bruts à un ensemble vaporeux et oniriques. Le final big beat mélancolique The Shapes nous abandonne sur cette note frénétique labyrinthique, cette association entre une électronique débridée et une âme qui s'en extirpe pour survoler le morceau. La voix du chanteur Jessy Bengold, sensible, fragile et éthérée, est un medium particulièrement efficace pour communiquer des émotions avec authenticité (et, ça peut sembler trivial mais ça a son importance : un chant juste, clair, dans un anglais propre est assez rare en France pour que, tout de suite, on le remarque). Entre temps, 1003 nous invite à ses rêveries contemplatives, introspections douces-amères élégantes dont la retenue sert de rampe de lancement à des dernières parties aux airs d'envolées cathartiques libératrices (The Debater, The Hole in the Ground). 

Avec ses élans de guitare rock industriel, ses touches techno bizarroïdes, l'importance de l'organique et ses douceurs pop qui font finalement plus figure d'étrangeté supplémentaire, 0.3 est un EP qui nous ravit à plusieurs niveaux. On en aime la liberté, cette approche décomplexée et affranchie. Il y a des étrangetés, des fantômes dans les machines... mais, surtout, il y a ce talent pour faire des chansons qui fonctionnent, des trucs qui touchent l'auditeur, qui marchent, qui surprennent mais ne nous perdent pas pour autant. C'est fait avec le cerveau et les tripes et ça stimule autant l'un que l'autre. 1003 est un projet aussi ambitieux et fascinant.

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Pierre Sopor

Rédacteur / Photographe