Shaârghot : les ombres à la conquête du monde

Shaârghot : les ombres à la conquête du monde

Pierre Sopor 04 février 2019 Pierre Sopor

La sortie du très attendu deuxième album de SHAÂRGHOT était l'occasion idéale pour refaire le point avec Etienne Bianchi, créateur et maître/esclave de la créature. Il nous parle en détail de The Advent of Shadows et nous livre quelques clés de son univers (mais pas trop, faut pas pousser) mais évoque aussi l'avenir et notamment les prochains concerts du groupe, entre une release-party qui s'annonce mémorable et un premier passage au Hellfest.

Dans notre dernière interview ensemble, quand Break Your Body est sorti, tu disais que The Advent of Shadows sortirait probablement vers mars ou avril 2018. Avec presque un an de rab, j'espère que tu es satisfait du résultat !
Etienne Bianchi : Haha, je savais que t'allais m'épingler là-dessus là-dessus, je l'attendais celle-là ! Entre ce que je veux faire et ce que je peux faire, souvent, il y a quand même un petit monde ! Après, ce n'est pas plus mal que ça sorte maintenant. Le sortir plus tôt aurait été prématuré, il restait encore bien plus de travail dessus qu'on ne le pensait et ça nous a permis de revenir sur certaines choses et d'améliorer certains morceaux qui ont pris un aspect auquel on ne s'attendait pas forcément à la base. Donc oui, ça a mis un an de plus mais ça n'est pas pour rien. Après, si on me laissait encore du temps, j'aurais toujours envie de rebidouiller un truc ici ou là, forcément ! Mais là, l'album est arrivé à un stade où on peut dire qu'il n'est pas dégueu et qu'on en est très contents et il faut savoir lâcher le bébé et passer au suivant... parce que j'ai déjà des idées pour le suivant ! Et puis au bout d'un moment, j'en ai un peu marre de retravailler les mêmes trucs donc maintenant, il est temps de le laisser vivre. Après, c'est clair qu'avec une deadline infinie, on continuerait encore et encore à bosser dessus... mais là, stop ! Laissons-le comme ça, il est très bien et on en est très fiers !

Et à quel moment arrives-tu à t'affranchir de la peur de te répéter, comment évites-tu les redites ?
J'avais très peur de ça au tout début, avant de commencer à le composer. J'avais peur de ce que je pourrais bien faire, peur de faire quelque chose d'identique au premier album. Ces angoisses se sont très vite dissipées à partir du moment où je me suis mis à travailler dessus parce que je me suis remis à faire ce que j'aimais faire et aussi ce que j'avais envie d'entendre. Tu vois, très vite je me disais "ah tiens, j'aimerais bien faire un morceau dans ce style, ou essayer ça parce qu'on ne l'a jamais fait". Je ne me suis pas vraiment posé la question des attentes des gens en fait, j'ai cherché à faire ce qui m'amuse moi et c'est venu tout seul. Je me suis marré pendant presque deux ans à faire ce truc, dont je suis plutôt content ! Après, peut-être que je serai le seul à en être content mais au moins je l'ai fait avec beaucoup de plaisir.

Le groupe s'est agrandit depuis tes débuts. Travailles-tu de manière plus collective que par le passé, quand tu faisais tout tout seul ?
J'ai gardé le même fonctionnement que pour le premier album. C'est à dire que j'ai 80% des idées à la base et je bosse principalement avec une autre personne qui m'aide à tout retranscrire et qui est désormais notre bassiste live ClemX. Après, effectivement, je fais écouter le morceau fini à mes gars, comme Bruno par exemple pour leur demander ce qu'ils en pensent avec un oeil neuf. On en discute, parfois il n'y a rien à changer et parfois ils proposent une idée en plus qu'on essaye. Par exemple Bruno avait proposé d'ajouter le petit break sur Break Your Body et c'était une super idée. Et puis après, il y a la phase finale de mixage et de production où là on revoie le morceau de A à Z encore sous un nouvel angle.

Faisons le point sur l'univers du Shaârghot. A-t-il évolué depuis la sortie de l'époque de Break Your Body ?
L'univers reste bien sûr le même mais il s'est étoffé et agrandi. Maintenant, on commence à voir un petit peu plus ce qui se passe dans cet univers. Il y avait beaucoup de choses que je voulais montrer mais je n'en avais pas les moyens. Avec tous les clips qu'on a pu faire, je commence à voir vraiment mieux dans quel décor présenter les choses. Le premier album était vraiment une espèce de découverte du Shaârghot et de l'univers qui l'entoure. Là, on peut mieux planter le décor et commencer vraiment à raconter des histoires à propos de ce monde-là plutôt que des bribes et des anecdotes. Comme tu as pu le voir dans le clip de Break Your Body, on a fait une petite intro un peu plus scénarisée que ce qu'on faisait avant. On commence vraiment à raconter une histoire et introduire des personnages et c'est quelque chose qui va se retrouver dans tous nos autres clips. On ne va pas juste faire des clips pour faire des clips, on veut raconter des choses et amener des personnages qui ne sont pas des shadows mais qui gravitent dans cet univers et nous permettront d'avancer et de mieux comprendre ce qui s'y passe. Bon, tout est très clair dans ma tête, hein, moi je comprends tout, mais mettre tout ça sur papier ou sur film prend beaucoup de temps et beaucoup d'argent. Voilà. Donc ça se fera au fur et à mesure mais on compte bien faire avancer cette histoire, surtout que je sais dans quelle direction la faire aller. Patience...

C'est vrai qu'en écoutant The Advent of Shadows, cet aspect narratif est plus évident, avec sa construction, ses interludes...
Exactement. C'était voulu. Le premier album était plus brut, c'était l'éveil du personnage qui découvrait le monde autour de lui, c'était des bribes de sa vie, un peu de tout et de rien, tout était plus mélangé. Maintenant, la personnalité du Shaârghot s'est véritablement construite et on est dans un contexte de guerre civile totale. Au début, le personnage se baladait dans la ville, faisait des conneries de-ci, de-là et racontait les choses un peu joyeusement. Entre-temps, le Great Eye, qui gère la ville dans laquelle il vit, s'est aperçu que cette créature était toujours vivante et que ce n'était pas une bonne chose pour lui de la laisser là car il est la preuve vivante qu'ils ont merdé et font des expériences pas très clean... Ils ont essayé de l'abattre mais réalisent qu'ils sont face à une créature qui ne peut pas mourir et qui, en plus, n'est pas contente du tout. Elle arrête donc de jouer et veut en foutre plein la gueule à celui qui est en face de lui ! La première track de l'album, Miss Me, c'est un peu son pied de nez, genre "vous m'aviez oublié ? Je suis toujours là, j'arrive, et ça va faire très mal !". Par contre, je vais laisser les gens faire leur petit film sur ce qui se passe vraiment dans l'album, je ne vais pas l'expliciter plus que ça.

Parlons un peu des morceaux de l'album. Il y a des percussions très tribales sur Now Die...
Oui, alors écoute, c'était une expérimentation. Je voulais absolument placer un pattern un peu "zouk" avec des gros trucs très metal bien lourds et bien plaqués où tout le monde joue un peu la même note, que ça soit à la guitare, la basse ou les synthés. Ok, c'est très puissant, c'est très massif, mais il faut quelque chose pour remonter ça, il faut un groove. On a donc cherché ce pattern pour contraster un peu ce côté très lourd et effectivement quand on le répète tous ensemble, c'est cette percu qui donne de la pêche au morceau. Sans ça, certes c'est lourd et puissant, mais ça ne veut rien dire. C'était vraiment de l'expérimentation musicale, clairement.

Et tu es conscient qu'à la fin du morceau, on entend quand même vachement "Moche ! T'es moche !". Ça t'apprendra à ne pas partager les paroles de tes chansons !
Haha ! Tu me fais chier avec ça ! Tu ne m'auras pas à ce petit jeu ! Bon, on a effectivement publié les paroles de Break Your Body mais ce sont les seules paroles que j'ai publiées. Mais ça fait déjà un morceau, c'est bien ! 

Parlons toujours de percussions : celles de Wake-Up ont un côté très punk et organique assez inédit dans SHAÂRGHOT...
Oui. Plus rock'n'roll même, avec ce petit piano et tout ça... Pareil, je me suis dit qu'on n'avait jamais fait de morceau comme ça et que j'aimerais bien. Tentons ! C'est vraiment juste pour s'amuser à chaque fois, essayer des choses. Comme par exemple sur Rage, il y a un passage avec de la psytrance dessus, ce qu'on n'avait jamais fait. Je me suis dit "allons-y" : on avait une batterie un peu djent et on colle un peu de pystrance derrière et ça a marché. Alors parfois ça marche et parfois ça se casse la gueule. L'idée est de prendre du plaisir, d'hybrider des choses, comme une espèce de laboratoire musical.

Comme sur ton premier album, tu finis avec un morceau plus lent, Shadows. Pourquoi finir à chaque fois sur une note moins festive, plus sombre ?
Je n'avais pas du tout prévu de terminer sur ce morceau à la base mais en réécoutant tout l'album, ça me semblait évident de le mettre à la fin. Il y a un petit côté de reviens-y je trouve, il donne envie de réécouter l'album une fois fini, avec ce "we are the shadows" qui revient et boucle la boucle. J'aimais bien finir sur quelque chose de global, qui dit "nous" et pas juste "je"'.

Il y a en effet cet aspect très collectif mis en avant tout le long, que ce soit via l'usage du "nous", les choeurs... Mais c'est quoi au juste la notion de collectif pour le Shaârghot ?
Les shadows sont connectés au Shaârghot par une sorte d'esprit de ruche. D'un certain côté, c'est un peu comme une fourmilière reliée à la reine, mais ça forme aussi une grande famille de gens abîmés. S'ils sont devenus des shadows, ce n'est pas par hasard : le Shaârghot les a choisis. N'importe qui ne devient pas shadows, ça se mérite en quelque sorte. Il a tendance à chercher des gens particulièrement abîmés par la vie ou qui ont été détruits pour les réunir autour de lui et créer cette nouvelle famille. C'est une forme de renaissance : d'un côté il détruit leur ancienne personnalité et d'un autre côté, il les fait renaître. 

Et puis il y a ce solo de guitare vers la fin du morceau... 
Oui, je voulais mettre un solo là-dedans. Je déteste les solos. Vraiment, je déteste ça plus que tout ! Il me fallait un pont musical en fait, et ceux qui font les solos que je préfère dans ce style là, c'est RAMMSTEIN : ils font ça avec trois ou quatre notes maximum. D'ailleurs, j'appellerai plus ça des parenthèses musicales que vraiment un solo. Et je me suis dit "fuck, allez, ça peut être rigolo", il y aura UN solo dans l'album et on va voir ce que ça donne. Par contre, il ne faut pas s'attendre à en trouver d'autres dans tous nos morceaux, c'est hors de question ! Surtout pas ! Surtout, surtout pas ! Je dé-teste ça !

C'est grave si j'ai pensé à MARILYN MANSON en l'entendant ?
C'est vrai qu'il y a un côté mansonien que je renie pas du tout dans ce morceau-là. C'est vrai qu'au niveau de la guitare, j'ai pensé à Mechanical Animals...

Revenons à ce côté collectif : c'était important de le mettre plus en avant dans ton histoire ?
Oui, totalement. Après avoir erré dans les bas-fonds de la ville, la créature s'est trouvé quelques shadows qui forment sa garde rapprochée... Et au fur et à mesure, la famille s'agrandit, il y en a de plus en plus. C'est ce qu'on voit dans le clip de Break Your Body : il y a vraiment un ensemble de personnes qui gravitent autour. Je voulais vraiment accentuer cet effet de masse, ce n'est plus uniquement le Shaârghot, c'est les shadows et le Shaârghot.

Sur Break Your Body, il y a d'ailleurs cette pause, l'idée de Bruno dont tu parlais, qui rappelle celle de Traders Must Die avant que le morceau ne reparte : tu aimes faire applaudir les gens trop tôt en concert ? C'était déjà l'idée de Bruno à l'époque ?
Non, Bruno n'a pas participé à la création du premier album. D'ailleurs, aucun des membres actuels n'y a participé. Mais j'aime bien ces passages là, ça aère, ça permet de souffler un peu en plein morceau avant de se reprendre une autre baffe. Parce que si tu ne fais que te prendre des baffes, au bout d'un moment t'es saoulé, tu ne comprends plus ce qui se passe. J'aime bien faire "coup de poing dans la gueule - pause - re-coup de poing dans la gueule" ! J'adore les surprises de toute manière : quand ça devient trop attendu, je me fais chier, j'ai besoin de me surprendre moi-même. Et là où ça fonctionne, c'est quand on enregistre le morceau, qu'on le réécoute le lendemain et qu'on se surprend nous-même parce qu'on avait oublié qu'on y avait fait tel ou tel truc.

Est-ce qu'il y a des morceaux sur l'album que tu aimes particulièrement, ou que tu as envie de mettre en avant ? Ou tu vas nous sortir une réponse pourrie du genre "c'est comme si c'était mes enfants, je peux pas choisir" ?
Mais c'est vrai que je les aime tous ! Sinon ils ne seraient pas sur l'album, évidemment. Mais pour le moment, il y en a que j'affectionne plus que d'autres mais ça peut changer : le ressenti est différent en live et on ne les a pas encore joués. Par exemple Z - B est un morceau que j'apprécie beaucoup parce qu'il change énormément d'ambiance par rapport à tout ce qu'on a fait jusqu'à présent je trouve. Il y en a un que j'ai particulièrement hâte de jouer, c'est Bang Bang. Lui, j'ai vraiment envie de le faire, surtout pour le passage avec les percus au milieu : là, normalement, on va tous se prendre des bidons et cogner dessus, se la jouer un peu TAMBOURS DU BRONX. Ça peut être vraiment bien si on peut faire ça... à répéter !

Le début est très speed et "fun" mais au fur et à mesure on découvre une tonalité vraiment plus sombre que le premier, non ?
Oui, complètement. Il est plus agressif, plus rageur et peut-être moins fun que le premier. C'est le côté plus colérique du personnage qui veut ça et ce n'est pas pour rien si ça se finit sur une note amère... Mais la suite au prochain numéro !

Le fait de travailler sur un monde fictionnel et d'incarner un personnage ne crée-t-il pas une distance qui limite ton implication personnelle ou émotionnelle et fait que l'univers de SHAÂRGHOT, malgré sa violence, reste fun et n'est jamais aussi glauque que le monde réel ?
Il y a quand même des fois où le personnage et moi tombons d'accord sur certains sujets donc ça tombe plutôt bien. Donc oui, il m'arrive de faire passer des messages à travers le Shaârghot mais uniquement lorsqu'il est d'accord. Parfois, je lui fais dire des choses qu'il a envie de dire et avec lesquelles je ne serais pas d'accord... mais on s'y retrouve. La décision finale lui appartient quoi qu'il arrive car il faut que ça reste cohérent avec ses pensées. Le jour où j'aurais vraiment des trucs très personnels à dire, je pense que je ferais un autre groupe pour ça. Mais avec SHAÂRGHOT, on est dans une optique précise. Il y a une ambiance et un personnage que je me dois de respecter.

Peux-tu nous parler du clip dont le tournage vient de se terminer ?
Non ! Je ne dirai rien, je fais blackout là-dessus ! Tout ce que je peux te dire, c'est que ça a été tourné dans des conditions encore pires que d'habitude. On y retrouve encore tout ce que je préfère : du froid, de l'eau... On en a bavé, un truc de malade. Mais les acteurs, les figurants, tout le monde a été impeccable et irréprochable là-dessus. Ils ont fait un travail formidable. La seule chose que je peux dire, c'est qu'il sera moins "batte de base-ball dans la gueule" que les précédents. Il sera un petit plus étrange. Ce sera toujours cohérent avec l'univers des shadows, mais moins violent que Traders Must Die ou Break Your Body, où on sort les gros flingues et tout le tralala. 

Parlons un peu plus de tes clips, qui sont de plus en plus ambitieux. As-tu un plan global et une vue sur le long terme pour tes vidéos comme tu l'as avec ta musique ?
Oui, carrément, j'ai ça en tête. Je sais dans l'ensemble où on va avec nos clips, mais comment on va faire pour y aller et continuer de progresser c'est autre chose... Là, on a atteint ce niveau de qualité alors comment faire pour faire mieux, ou au moins ne pas redescendre ? Pour le coup, c'est très dur. Il y a des morceaux pour lesquels on sait qu'on ne peut pas faire de clip parce qu'ils véhiculent quelque chose de tellement mégalo, comme Doom's Day par exemple, que c'est très difficile de faire un morceau comme ça. Merde, là tout de suite, quand je pense à ce titre, je vois une ville en flammes avec plein de ruines... Mais on n'a pas le budget pour faire un truc pareil ! On ne pourra probablement jamais faire ce clip, ou peut-être dans dix ans si on arrive à avoir un gros budget. Après tout, RAMMSTEIN l'a bien fait avec Mein Herz Brennt en sortant un clip dix ans après.

Tu dis déjà penser et connaître la suite pour SHAÂRGHOT alors que, dans les faits, ce deuxième album sort le mois prochain. Ce n'est pas compliqué de gérer la tournée qui s'annonce et d'être dans le présent en pensant déjà au futur ?
Non, pour moi ce sont des choses différentes. J'arrive à planifier plusieurs albums à l'avance, ce qu'on pourrait faire, même si c'est toujours dans l'hypothèse. Je connais ma ligne directrice, je sais que j'aimerais bien faire tel genre de trucs, je sais ce que j'aimerais pour le troisième album, le quatrième, le cinquième... Après, en fonction du budget qu'on aura, forcément, j'ajusterais mes idées. 

Tu avais aussi caressé l'idée de faire une BD. Est-ce un projet réalisable qui pourrait voir le jour ?
Regarde nos visuels, flyers, pochettes : quelque-part, la version BD de SHAÂRGHOT existe au travers des illustrations de Lyan. Pour le reste, je sais quoi raconter, j'ai même une bonne partie des planches en tête... Mais le problème c'est que ça prend du temps, il faut payer des gens et un projet comme celui-là demande facile six mois de travail d'affilée. Alors pouvoir payer quelqu'un de manière régulière pendant six mois, à l'heure actuelle ça va être très compliquée ! D'un point de vue économique, pour nous, il vaut mieux continuer de sortir des clips pour le moment car c'est un média plus facilement accessible. On a vraiment envie de faire cette BD, mais pour l'instant le projet reste entre parenthèses. 

Souvent, quand on pense au Shaârghot, il y a ce côté très mégalo du personnage qui vient à l'esprit. Pourtant paradoxalement, ce que propose le groupe, que ce soit sur scène ou via les clips, est très généreux..
Oui, le Shaârghot est complètement mégalo. Mais mégalo n'est pas forcément égoïste : le personnage a besoin des autres pour exister. S'il n'a plus son public, il n'existe plus quoi qu'il arrive. Si tu retires les shadows au Shaârghot, ça redevient la créature seule et errante qu'il était au début et point barre. Il a besoin des autres pour exister. D'une certaine façon, le Shaârghot n'existerait pas sans le Great Eye, l'organisme cherchant à le tuer. Et ce qui est amusant, c'est que leurs symboles à tous les deux est un oeil. Les deux yeux ont besoin de se voir pour prendre conscience de l'existence de l'autre. Si personne ne te regarde, tu disparais en quelque sorte. Comme au quotidien, les gens ont vachement besoin d'exister à travers les autres et c'est aussi pour ça que beaucoup communiquent à outrance.

En parlant de communications, tu fais beaucoup moins de petites vidéo qu'avant pour communiquer sur les réseaux sociaux. Pourquoi ?
Ces vidéos servaient au début, quand on faisait ça à l'arrache, genre on allait tourner un truc vite-fait dans la cave et ça faisait l'affaire. Je n'ai plus envie de faire les choses à l'arrache, je préfère soigner ce qu'on fait à ce niveau-là. Faire une vidéo, très bien, mais alors tout de suite ça demande des repérages, de la lumière, quelque-chose d'intéressant à montrer... Celle qu'on avait faite au Hellfest l'an dernier avec vous pour annoncer l'album avait un cadre qui la justifiait. Mais sinon, non, ça ne me semble plus approprié.

Tu as récemment collaboré avec d'autres artistes. Es-tu souvent sollicité pour des featurings ?
C'est assez rare qu'on me propose des featurings. En général, on me propose des remixes comme j'ai pu le faire dernièrement pour NACHTMAHR et RABIA SORDA. Jusqu'à présent, on ne m'a proposé des featurings que deux ou trois fois. Il y en a un de prévu avec HERRSCHAFT pour un de leurs morceaux, et j'en ai fait un avec KLOAHK, un projet qu'est en train de monter un artiste que je suis depuis quelques années déjà et qui a un vrai potentiel. Sinon, pas vraiment. Et puis dans ces cas, je considère que c'est plus ma voix que celle du Shaârghot : je ne le laisse pas collaborer comme ça dans les univers des autres car il vient lui-même d'un univers particulier. Il faudrait que ça soit vraiment quelque chose qui corresponde, avec un visuel un peu post-apo par exemple. Je ne peux pas le laisser sortir de sa boite comme ça. 

Vous allez bientôt fêter la sortie de The Advent of Shadows sur scène, le 8 février. Doit-on s'attendre à des choses spéciales ?
Pour le coup, on a décidé de vraiment plus délirer et de mettre en avant l'univers scénique de SHAÂRGHOT donc ça va passer principalement par de la déco. On va essayer vraiment de faire quelque-chose de très post-apo dans le visuel. On est souvent un peu frustrés parce qu'on ne peut jamais faire vraiment tout ce qu'on veut : par exemple, quand tu joues avant d'autres types, il faut pouvoir enlever la déco très vite alors il faut des éléments facile à retirer... Là, on va pouvoir poser vraiment une déco lourde, massive, qui à mon avis restera toute la soirée. On va se faire plaisir, on va vraiment pouvoir plonger les gens dans notre univers. C'est une date unique parce que ça, on ne pourra pas le refaire de si tôt que ce soit pour des raisons logistiques ou économiques ! On veut vraiment marquer le coup, nous amuser et célébrer ça comme il se doit.

Et puis plus tard dans l'année, vous irez au Hellfest. J'imagine que tu es content... Aurez-vous la possibilité de faire quelque chose de spécial également ?
Le Hellfest, c'est le premier festival de metal que j'ai fait étant ado ! Me dire que je me retrouve à jouer là avant mes 30 piges, oui, c'est pas mal, je suis plutôt content ! Je me disais que ça serait possible un jour d'y jouer, mais pas à ce que ça arrive si vite. Je ne te cache pas que je suis assez content ! Au niveau du show, par contre, on aura 30 minutes... C'est 30 minutes pour convaincre un public qui nous connaît pas, donc on va arriver et faire ce qu'on fait le mieux : foutre un gros bordel général. On ne pourra pas faire ce qu'on veut niveau déco ou même niveau vidéo : comme c'est à la charge de l'artiste, autant te dire que nous, on n'a pas de projecteur capable d'assurer le background de la Temple ! En plus on joue le matin, donc ça sera un peu lumineux. Après, la bonne nouvelle, c'est que la Temple est sous une tente, donc au moins on ne sera pas en pleine lumière comme au M'Era Luna et on pourra jouer avec nos codes couleurs habituelles. Ce sera nous, nos tripes et une setlist très violente, on va prendre tout ce qui tabasse le plus histoire de bien réveiller les gens.

Très bien, merci. Je pense qu'on a fait le tour. Tu aimerais ajouter quelque-chose ?
Ouais : on veut faire Bercy ! Non, je déconne. Je préfère le Zénith, haha ! 

Interview réalisée le 15 janvier 2019 par Pierre Sopor