Chronique | Fragile Figures - Something That Blocks the Light

Pierre Sopor 21 février 2026

Un an jour pour jour après le magnifique See the Charcoal Rats (chronique), Fragile Figures est de retour avec un EP compagnon de trois morceaux, Something That Blocks the Light, soit presque vingt minutes pour se replonger dans les errances poétiques et les tensions électroniques de son "grand frère". Sortie pile à temps pour accompagner notre fin d'hiver, l'EP est à nouveau accompagné d'une magnifique artwork d'Aaron Bonogofsky. On se replonge alors avec plaisir dans les eaux sombres de cet univers immédiatement familier, confortable mais également nerveux et froid.

Pas de doute, les deux Colmariens ont une recette bien à eux, leur "noise cinematic rock" instrumental, un son dont les textures et les soupires sont identifiables à la première seconde, une façon de construire des mélodies mélancoliques sur des rythmiques tendues, d'associer la contemplation à l'angoisse. The End is Also a Beginning : comme les Smashing Pumpkins, comme la série Dark, comme les Mayas, Fragile Figures fait ce constat : de la mort peut naître la vie. Le titre qui ouvre l'EP renoue avec leur marque de fabrique, une approche pleine d'évocation, d'images, à la frontière du lyrique, mais également hantée par des spectres synthétiques, des pulsations et des sons épais, durs, tranchants. De la nostalgie mais aussi un regard tourné vers les aventures à venir. Prenons ce titre pour un clin d’œil : endeuillé par la fin du précédent album, en état de manque, on est bien heureux d'avoir de nouvelles choses à se mettre sous l'oreille ! La menace intimidante qui rampe dans le morceau-titre, avec ses samples qui traversent le voile de la réalité pour nous parler depuis l'autre côté, ce travail d'orfèvre à la guitare, cette basse qui vrombit en fond et invoque de sombres nuages qui s'amoncellent à l'horizon : on frissonne, ça tue. 

Et alors que Late Fears Collision laisse enfler une urgence, une angoisse et une rage qui prennent aux tripes jusqu'à sa dernière partie tourmentée et orageuse et viscérale, soudain, tout s'arrête. Alors, deux choix s'offrent à l'auditeur : s'extirper des cauchemars de Fragile Figures comme on sort d'un rêve, encore habité par la nostalgie de cet instant irréel qui déjà nous échappe... ou se souvenir comment commençait ce nouveau tour de force : la fin est aussi le début, hop, hop, hop, on y retourne, en boucle, encore et encore.

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Pierre Sopor

Rédacteur / Photographe