PORN - 2016-09-04

Interview | PORN - 2016-09-04

Julien 13 septembre 2016 Julien

Apparu au début des années 2000 du coté de Grenoble avant de s'installer à Lyon, PORN a bâti une oeuvre musicale et artistique sans compromis en distillant un rock industriel à l'épreuve du temps et des modes. Le groupe revient cette année avec un nouvel album en préparation, un clip pour la reprise du titre Call me de BLONDIE et une nouvelle série de concerts.
Nous avons pu nous entretenir avec Philippe Deschemin, le meneur du groupe, afin de savoir comment il appréhendait cette rentrée 2017 très chargée !

Pourquoi avoir baptisé le groupe PORN ? Ce nom est-il facile à porter ?
Nous souhaitions un nom qui sonne comme un coup de poing. Quelque chose de sauvage et sexy à la fois. Il y a dans ce nom une forme de jusqu’au-boutisme, l'expression du zéro compromis, une mise à nu intégrale. C’est ce que nous étions et c'est ce que nous sommes encore. Comme dans un porno, nous ne simulons rien, ni les actes ni les pensées. Ce que je veux dire par là, c'est que nous ne jouons pas de rôle. Je suis peu attiré, en tant que spectateur, par le factice, le faux. Ce qui m’intéresse, à travers mon travail artistique, en littérature et en musique ainsi que dans ma vie personnelle, c'est d'aller au plus proche du vrai. C'est encore plus important dans un monde où le réel s’éloigne pour laisser la place à des représentations fantasmées.
Je n'ai aucun problème avec le nom du groupe. J'en suis même très fier. 

S’appeler PORN n’est-il pas pénalisant en terme de communication ? Je pense notamment à la présence sur internet.
Si, tu vois très juste. Cela à été compliqué dès le début. Néanmoins, nous avons, de part cette difficulté à nous trouver sur la toile, de véritables fanatiques qui nous suivent. Il faut en vouloir pour nous trouver sur le net. C'est mieux ainsi. Je le pense vraiment. J'aime cette idée que PORN soit un groupe underground. Cette pénalisation sur le net est aussi valable dans le monde des médias mainstream. Difficile de parler sur les ondes TV et radio d'un groupe qui porte le nom d'une industrie interdite au moins de 18 ans. PORN est un mot quasi tabou, presque interdit. C'est un nom qui ressemble un peu a une formule magique. Il y en a peu comme cela dans la langue française. C’est un mot difficile à sortir comme ça dans une discussion quelconque. Lorsqu'on dit PORN, l'ambiance change littéralement. Eh bien cela me donne comme l'impression que nous sommes une chose secrète. Un groupe qui s’écoute dans l'intimité, dans le silence de la solitude. 

J'aime l'idée que PORN, pour l’auditeur, soit  un plaisir solitaire, un moyen de se faire du bien, de se poser confortablement et prendre du plaisir avec de la musique, un peu comme si l'on se masturbait. Dans une certaine mesure, c'est une manière de faire l'amour avec tous nos auditeurs. Il y a de nous, réellement, dans cette musique, des tripes, des sentiments... prendre plaisir à écouter PORN, c'est prendre du plaisir avec nous.

Vous entamez cet automne une tournée avec Christian Death. Comment appréhendez-vous ce retour sur scène ?
Il ne s'agit pas vraiment d'un retour sur scène. C'est une nouvelle série de concerts qui a été précédée par une autre série de concerts ! Nous sommes très heureux de partager ces dates avec Christian Death. L'adulte que je suis se souvient encore très bien de l'enfant que j’étais. Cet enfant qui écoutait durant de longues heures les K7 de ce groupe mythique. Le line-up du groupe a pas mal changé, et nous avons hâte de dépuceler cette nouvelle formation live !

Avec quels autres groupes aimeriez-vous partager l’affiche ?
Il y en a tant ! J'aurais vraiment aimer rencontrer Peter Steele de Type O Negative. Je partirais bien en tournée avec Skinny Puppy, ou Ministry.
Mais tu sais, parfois tu te fais des idées sur les gens. Surtout en écoutant les dires de personnes souvent frustrées, ce qu’on appelle de nos jours les haters, et tu rencontres des personnes qui souffrent d'une réputation détestable et qui en fait sont des gens adorables, et inversement...
Nous avons partagé une scène avec Joey Jordison de Murderdolls/Slipknot qui s'est avéré être une personne adorable. Pourtant, nous avions eu le même chauffeur de bus que Slipknot lors d'une tournée en Allemagne et ce dernier nous avait dis que Joey était « une petite merde », comme quoi... 

Un nouvel album est en préparation pour 2017. Comment se passent les enregistrements ? Avez-vous changé votre façon de travailler ?
Ça avance doucement mais sûrement. J'ai composé la quasi totalité de l’album. Je me laisse encore un peu de marge pour modifier le tracklisting. Ensuite je m’attellerai à l'enregistrement final. Ma méthode de composition a pas mal changé. Dans les deux albums précédents, la presque totalité des morceaux étaient composés à la guitare acoustique. Ensuite je transposais cela avec des machines, des samples etc... 

Sur ce nouvelle album, j'ai commencé a travailler des morceaux avec des bases des riffs en électrique . Cela a considérablement modifié la couleur globale des titres. Les morceaux sont plus rock et plus metal, plus lourd. Il y a aussi plus de batterie acoustique, là ou dans les précédents enregistrements, toutes les sections rythmiques étaient élaborés à partir de samples. Il y a une ambiance plus goth-metal et horror-rock tout en gardant des sonorités indus.

Vos trois premiers albums mélangent le metal, l’électro et l’indus. A quoi doit-on s’attendre avec ce nouvel opus ?
Réponse au dessus :)

Vous avez pris le parti de chanter en anglais. Pourquoi ce choix ? Un morceau chanté en français est-il prévu ?
C’était vraiment naturel. Nous nous adressons à un public qui en France est restreint. Il ne faut pas se leurrer, en France le style indus-goth est confidentiel. C'est un style musicale qui est ouvert à l’étranger, avec des réseaux, une communauté à l'écoute. Il est normal de s'adresser à tout ce monde dans un langage commun. Ce langage est l'anglais. Il n'y a aucun intérêt à s'exprimer en français. Pour cela j'ai mon travail littéraire.

En septembre est prévue la sortie du clip de votre reprise de Call me de BLONDIE. Ce titre figure sur votre tout premier album. Pourquoi avoir décidé de ne sortir cette vidéo que maintenant ?
Ce titre figure initialement sur le EP Call me superfurry. En fait, nous avons compilé le premier album et le premier EP en un seul disque : A decade in glitter and danger.
C'est un morceau que j'ai écouté durant de nombreuses années. Dans le rock industriel, il y a une forte tradition de la reprise. Au début de notre carrière, lorsque s'est posée la question de faire une reprise, j'ai tout de suite pensé à ce titre. J'avais déjà en tête les arrangements. Ce morceau semblait taillé pour notre set. Dans l’œuvre de BLONDIE, c'est un morceau à part. Très rock, presque punk. De plus l'idée de reprendre un morceau chanté par un sex-symbol féminin m'amusait. C'est un titre que nous prenons toujours plaisir à jouer. Il m'est apparu logique de l'illustrer par un clip car  nous devons beaucoup à ce morceau, il fallait donc lui rendre honneur. A l’époque nous n'avions pas eut les possibilités de le faire. Aujourd'hui nous avons réparé cette injustice.

Philippe, tu as démarré un nouveau projet musical baptisé AN EROTIC END OF TIMES (un album est prévu pour début 2017), et tu as également écrit un roman d’anticipation. Comment t’organises-tu pour travailler sur tous ces projets à la fois ?
Je n'ai pas l'impression de mener plusieurs carrières différentes, ni même de carrière du tout. Écrire des textes, de la musique, des romans, des nouvelles... me semble naturel, et je ne me soumets à aucune directive extérieure. Je sors des idées de ma tête et je les mets en musique ou en phrase. Et finalement ça reste la même chose. Des notes et des mots qui finisse en phrase. En phrase musicale ou en phrase littéraire. Ce premier roman, Contoyen, est arrivé juste après l’enregistrement de From the Void to the Infinite, le deuxième album. Pendant que j'en écrivais les textes j'ai eu un sentiment de frustration. Je n'arrivais pas à exprimer tout ce que je voulais. Le format chanson était trop restrictif. Alors, j'ai pris une feuille blanche et j ai écris l’ébauche du synopsis de Contoyen, un roman d'anticipation/SF. Un an et demi après, le roman était achevé. Un deuxième roman, toujours dans le même univers, est en cours d'écriture, et j'ai publié également deux nouvelles. Pour AN EROTIC END OF TIMES, c'est une nouvelle fois venu de manière naturelle. C'est un projet mené a deux, dans un registre goth, metal, indus. Je pense que le secret pour arriver à mener tout ça de front est l'organisation ! En ce moment, la priorité est de finir ce nouvel album de PORN, et ensuite je finirai mon second roman.

Merci beaucoup, nous vous souhaitons une bonne réussite dans tous ces projets à venir, très bonne tournée et à bientôt sur VRDA !

Merci infiniment !
Philippe

Interview réalisée le 04 septembre 2016 par Julien