La sélection de la semaine (S10) : DREAMREAPER, DAV DRALLEON, KILLER INSTINCT

Spoon 08 avril 2018

Quand le passé rattrape le futur et se modernise tout en conservant son esprit d'origine, on obtient la synthwave et ses diverses dérivations musicales. Un genre qui a connu ses balbutiements il y a une décennie et est aujourd'hui à son apogée avec toute une flopée d'artistes qui essaient à leur façon de ramener la nostalgie au cœur de leurs compositions.

DREAMREAPER - DreamReaper EP (2015) & Astro Blaster EP (2017)

Dans le genre nerveux, on peut dire que nos sens auditifs sont bien à vif. Au programme, DREAMREAPER nous sert de la darksynth qui explose de partout, coordonnée  par de grosses basses et ajustée de multiples effets déchaînés. L'énergie de Thrasher et la chiptune d'Astro Blaster en sont de bons exemples.

Un son qui a la sensation d'un parpaing en pleine face mais qui sait aussi se diversifier par des titres plus aériens – Lightspeeder, Eradicator – mais encore trop ancré dans les influences notables que sont PERTURBATOR, CARPENTER BRUT où l'impression de déjà-vu se fait fortement ressentir. Il n'empêche que l'on est ici sur de la qualité, que l'artiste prend son temps dans la composition et que le premier véritable édifice promet d'être une merveille.

DAV DRALLEON - Depths (2017)

Beaucoup plus sombre dans son genre pour un résultat presque industriel aux ambiances cybernétiques et dystopiques, DAV DRALLEON mise avant tout sur l'atmosphère plutôt que le rythme, sans pour autant sacrifier ce dernier.

Sur fond d'horror-synth cyberpunk, l'artiste français joue de son côté post-apocalyptique, voire cinématique, notamment sur Kultovnight et Astralord. Ce n'est pas pour autant que l'aspect nerveux y est occulté, puisque l'on retrouve cette puissance eurythmique dans le contraste entre le clavier organique et ses notes abyssales et la nervosité faste et mécanique de la fusion entre la basse et la rythmique. Avec Vulkanwitch et Cyberpodzad, cette dernière est davantage axée electro-indus couplée avec un clavier mélodique et beaucoup moins retro que ses congénères.

KILLER INSTINCT - Rebirth EP (2016)

Accroché à la rampe rouillée de l'escalier que vous descendez pour vous diriger dans les couloirs sinueux du sous-sol de ce vieux bâtiment industriel désaffecté où résonnent des sons électroniques étouffés par le béton renforcé, vous parvenez enfin à cette porte blindée gardée par un videur louche qui vous laisser accéder à cette fameuse boîte de nuit underground où se retrouvent tous les junkies de la ville.

C'est sur cette ambiance que Club Murder intronise ce disque. On n'est pas sur du sombre, non. Ce n'est pas vraiment le terme le plus adapté. On pourrait qualifier la musique de KILLER INSTINCT comme étant sale, stroboscopique et rappellant les clubs clandestins d'Underworld ou de Blade. Parmis les influences on retrouve GESAFFELSTEIN ou SURGERYHEAD et ce n'est pas volé. L'atmosphère de l'un avec Sadism est très empreinte de la scène electro-goth et de ses codes, tandis que la technicité de l'autre ressort sur des titres comme Gunpoint.

LAZERPUNK - Death & Glory (2018)

On pense que c'est éphémère, que c'était juste du teasing et pourtant LAZERPUNK nous lâche régulièrement de grosse basses bien saturées si bien que les genres sont mélangés. Au diable les codes, à l'instar de SURGERYHEAD de la dubstep vient parfois s'immiscer entre deux beats mais c'est tellement lourd et bien amené que le tout s'exécute en harmonie sans perdre en intensité.

Ego Death pose les bases dès les premières secondes mais il sera dur de se retenir et ménager ses forces pour la suite tellement ce titre est une pompe à énergie, tout comme Black Lambo qui pousse les basses jusqu'au bout et résonne de toutes parts dans la boîte crânienne. D'autres pistes restent plus fidèles au style d'origine avec VHS Horror et Revenge où le clavier traditionnel est bien plus présent.

LAZERPUNK modernise la synthwave bien que le genre soit encore jeune. En bousculant les codes avec une production plus moderne et fortement emprunte de la scène clubbing, Death & Glory est taillé pour la piste de danse et ce, sans ménagement. Ce peut être par ailleurs un excellent moyen d'introduire un tiers au genre.