Chronique | PVRS - Let the Silence Begin

Pierre Sopor 12 janvier 2026

Les choses vont très vite du côté de PVRS (on prononce ça "pur"). Jean-Pierre Mottin (chant, guitare, basse) et Twan Landrin (batterie) commençaient leur aventure commune en 2023, un premier album paraissait début 2024 et, un an et demi plus tard, Let the Silence Begin est déjà leur second. La continuité est assurée dès l'artwork, avec ces visages partiellement cachés et abimés : le duo belge y chante ses blessures, ses tourments.

Pensé comme une sélection d'histoires, Let the Silence Begin attaque fort. Une plainte lointaine, un piano... Fraktal enfle et explose, le chant haut perché et expressif de Mottin s'imposant d'emblée comme un des traits de personnalité les plus notables de PVRS. On pense aux élans d'Einar Solberg chez Leprous, ce même mélange de puissance et de vulnérabilité. Néanmoins, notre attention est vite portée sur autre chose : cette batterie qui vient des tripes et dont chaque coup est d'une pesanteur funèbre, ce brouillard de réverbération, ces froids échos cold wave qui donnent au doom sa teinte grise, étouffante. Sommeil Refuge, l'angoisse de Hangman's Chair qui rencontre le désespoir écorché de The Devil's Trade : c'est écrasant, triste et beau.

Plus que sur son premier album, PVRS assume ses influences hors du metal. Les atmosphères sont plus soignées, le chant plus clair. Tant mieux, car c'est quand leurs riffs abattus par tout le poids de l'existence rencontrent les atmosphères introspectives que PVRS trouve sa grâce. Le piano, notamment en intro de Dead With You, est un vrai plus. Solitude, nuit, addiction... les thèmes sont contemporains, à la fois intimes et universels. L'interprétation est pleine d'une rage viscérale, on sent que ça vient de l'intérieur, qu'il y a chez PVRS un besoin d'extirper toute cette noirceur pour essayer d'attraper une bouffée d'oxygène, un rayon de lumière. Le riffing est simple mais imparable, les rythmiques également : pas de démonstration technique ici, tout est au service des émotions, l'auditeur se retrouve embarqué dans un voyage intérieur hypnotique. Mais cela n'empêche pas quelques constructions aux airs de labyrinthes intimes (Lonely Nights, TKTX, Beneath the Ruins) où l'on se perd avec plaisir.

Avec ses reliefs prononcés, ses froides brumes et son spleen viscéral qui se manifeste autant dans un abattement étourdi et apathique que dans des sursauts enflammés, PVRS jongle avec les nuances et les émotions. C'est fait avec assez de sincérité et de personnalité pour que l'on pardonne quelques répétitions ou formules plus prévisibles ici ou là. Pour errer l'hiver et ruminer sur sa solitude, ses échecs et contempler le néant de la nuit, c'est tout indiqué. De rien.

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Pierre Sopor

Rédacteur / Photographe