Chronique | Myrkur - Folkesange

Julien 15 avril 2020

Le projet de la danoise Amalie Bruun est sans conteste surprenant et déroutant. L'artiste a en effet choisi pour son nouvel album Folkensage de s'éloigner de son approche metal, parfois extrême, pour sortir un album acoustique nourri de ses racines scandinaves qui, déjà, infusaient sa musique. Après le cauchemardesque Mareridt sorti en 2017 et ses pesantes guitares, MYRKUR prend à contrepied ceux qui n'avaient pas suivi sa tournée acoustique l'année précédente (dont un rendez-vous manqué avec le Hellfest, un bébé était en route) avec cette nouvelle œuvre plus intimiste toute en douceur mais pas dénuée de noirceur.

L'album ouvre sur la seule voix d'Amalie, pure comme le cristal et immédiatement envoutante, très vite rejointe par quelques instruments folklorique dont le nyckelharpa, instrument à cordes de prédilection de l'artiste. Myrkur signifie "ténèbres, obscurité" : on est surpris de voir Amalie Bruun laisser autant de lumière inonder sa musique et pourtant, sous chaque morceau, une ombre rôde. Est-ce à cause de ces percussions hypnotiques qui, dès Ella, donnent un aspect mystique aux différents morceaux, ou de la nuance mélancolique que l'on devine dans son chant ? Parlons-en d'ailleurs de ce chant. Bruun maîtrise à merveille le Kulning, cet ancien chant Scandinave aigu utilisé par les femmes qui surveillaient le bétail, et dont la tonalité n'est effectivement pas franchement joyeuse. Folkesange est une démonstration des différentes capacités vocales de l'artiste, qui fait tout toute seule, de la vieille roue au piano en passant par les drones omniprésents qui viennent appuyer cette impression de transe.

Folkesange ne manque pas de moments élégants et gracieux, l'intimité déployée par cette configuration minimaliste est propice à l'introspection et la nostalgie d'époques et de paysages que nous n'avons pas connus. Leaves of Yggdrasil (et son chant paradoxalement en anglais), Tor i Helheim ou Harpens Kraft sont des petits trésors d'atmosphère. Mais tout n'est pas parfait. Il n'est pas interdit de trouver Folkesange long : le problème avec la musique minimaliste, c'est qu'on finit par décrocher. D'autant plus qu'ici, la musique est portée par une voix exceptionnelle : quand les instruments se retrouvent seuls, MYRKUR a du mal à nous captiver jusqu'au bout. L'album semble tirer en longueur dans une dernière partie où le charme n'opère plus vraiment, malgré une conclusion réussie avec la très poétique Vinter, sorte de relecture nordique des thèmes féériques de Danny Elfman. L'abus de nappes électroniques "pour l'ambiance", lissant l'ensemble des instruments et les dépouillant peut-être de leur impact, ne fait plus effet une fois que la transe s'épuise et que Folkesange ne semble plus avoir de surprises pour nous. Comme quoi, on finit par s'habituer à tout, même aux bonnes choses. Problèmes de riches !

C'est là une constante chez MYRKUR : surprendre, déstabiliser, diviser et, parfois, avoir du mal à trouver l'équilibre parfait. Saluons néanmoins la liberté  de celle qui agace une partie des amateurs de metal en osant apporter au black metal la lumière de son chant : Folkesange, dénué de tout aspect metal, n'est que la juste suite de son œuvre. Moins tumultueux, moins angoissant, l'album pourrait ouvrir à MYRKUR de nouvelles portes (et, peut-être, en fermer une ou deux au passage : il faut bien éviter les courants d'air !). Ensemble à la fois nostalgique et hypnotique, Folkesange est une belle réussite. Certes, il aurait gagné à être plus concis, mais la magie et les émotions qu'il dégage compensent largement cet excès de générosité.