Hellfest 2020

Chronique | Moonskin - Farewell

Pierre Sopor 25 octobre 2019

MOONSKIN a pris son temps avant de sortir ce premier album : depuis 2013, le groupe se fait petit à petit un nom, au fil de concerts aux allures de rituels magiques, tout en préservant un mystère parfois frustrant (on ne trouvait presque rien à écouter sur le net). Une attitude payante qui a laissé le temps de trouver une identité forte, de mettre en place un univers marquant et surtout de générer une attente autour du projet, exacerbée par le magnifique artwork de Farewell signé Anais Mulgrew.

Farewell sort donc en plein automne alors que les feuilles tombent, que de lourds nuages gris masquent le soleil et que les nuits s'allongent, les contexte idéal pour découvrir ce mélange de doom et de heavy, occulte, noir et mystérieux, qui revendique l'héritage de CANDLEMASS et BLACK SABBATH. Ce n'est d'ailleurs pas la guitare hallucinée de Birth, introduction psychédélique, qui renierait ces influences old-school avant que le morceau titre ne vienne nous écraser de toute sa pesanteur et sa noirceur.  Les cordes sont menaçantes, l'atmosphère mélancolique et la voix claire de Delora est à la fois tranchante, chaleureuse, inquiétante. Il y a quelque chose de glaçant dans ses lignes de chant, saisissantes comme des loups hurlant sous une lune glacée ou des hululements désespérés de banshee, mais aussi de paradoxalement rassurant. MOONSKIN ne s'oriente que rarement vers le growl et garde une forme d'humanité aux émotions communicatives, que les influences heavy renforcent en donnant aux morceaux des tonalités épiques alors que les cordes se font gémissantes et que leurs durées s'étirent pour approcher des dix minutes.

Cela n'empêche pas MOONSKIN d'être incisif : le désespoir collant de Dead Cursed Lands se teinte parfois d'une méchanceté effrayante que le groove des couplets de Suffer viennent secouer avant de plonger vers d'abyssales contrées où le rythme ralentit pour planter une ambiance macabre à souhait. Farewell est un album découpé par des transitions fantomatiques (ce piano sur ... These Lips Are Mute, frissons !) aux allures d'incantations magiques, vers tirés du poème de Lord Byron du même nom et dont le decorum gothique et mystique atteint son apogée dans sa dernière partie, avec Queen of Misery et Final Journey (et ses mélodies orientalisantes qui intriguent), deux morceaux particulièrement sombres où un growl à l'impact décuplé par son usage parcimonieux apporte le tumulte et la folie que l'on est en droit d'attendre d'un rituel aussi noir.

Farewell est un album orageux, imprévisible, aux virages inattendus. Il y a quelque chose de romantique dans la façon dont les émotions violentes fluctuent au long de l'écoute, jaillissent avec force et s'emparent de manière viscérale de l'auditeur. C'est certes pesant, mais les envolées des guitares font décoller l'ensemble bien au-dessus des tréfonds infernaux qui le hantent et maintiennent notre attention en nous trimballant toujours vers de nouveaux horizons. MOONSKIN a pris le temps de soigner son premier album et on peut aujourd'hui enfin en apprécier toute la pertinence et la puissance.