Chronique | Laibach - Volk

Frank 242 26 octobre 2006

À l’instar de 'Nato' paru en 1994, qui était basé sur des reprises ayant pour thème la guerre, Laibach nous propose avec 'Volk' un album entièrement composé de ré-interprétations de pas moins de 14 hymnes nationaux. À la thématique très forte, très politisé, et déroutant à la première écoute, le nouveau Laibach se savoure sans fin une fois appréhendé. En effet, si vous espérez retrouver ici la puissance de 'WAT' ou le crossover d’un 'Jesus Christ Superstar', vous risquez d’être surpris. Les titres revêtent plus la forme de pop-song aux rythmiques calmes ou mid tempo sur lesquelles se greffe une musique electro froide, ronflante et mélodique. Agrémenté d’arrangements divers : mandoline sur 'Italia', chorale d’enfants pour 'Rossiya', castagnettes sur l’entrainant 'Espanã', ou encore de piano ou de cordes (le percutant 'Türkiye' ou le très doux et mélancolique 'Nippon'), ces relectures s’avèrent très riches et travaillées et bien souvent assez méconnaissables de l‘originale (ce qui est souvent le cas avec Laibach qui ne se contente pas de simples reprises mais bien de ré-interprétations et ré-appropriations des titres initiaux). Le chant de Milan Fras quand à lui reste le même : froid, monocorde, hypnotique et inquiétant. Assisté aux vocaux de Boris Benko et par le duo electro Silence à la composition, ainsi que de différentes chanteuses (dont Mila Spiler du groupe Melodrom qui fit la tournée avec le groupe par la suite), les nombreux intervenants extérieurs participent allégrement à la diversité et la personnalisation des titres. De 'Francia' composé durant les émeutes des banlieues de 2005, à 'Yisra’el' réunissant au cœur du même morceau les hymnes israéliens et palestiniens, ou encore un 'Vaticanae' empli de lyrisme religieux, ou bien 'Anglia' d’une imparable efficacité, Laibach en profite pour envoyer un message personnel à chaque peuple concerné. On note aussi que l'album s'achève sur l'hymne du NSK, la patrie imaginaire inventée par le groupe.