Chronique | Dawn Of A Dark Age - Ver Sacrum

Pierre Sopor 3 janvier 2026

Dawn of a Dark Age est une créature fascinante. Comme tous les projets du clarinettiste Vittorio Sabelli (INCANTVUM, A.M.E.N., etc), il ne faut pas s'attendre à quelque chose de trop conventionnel. Après avoir admiré un temps la pochette signée Kjetil Karlsen (nous vous parlions de son travail ici), on pourrait s'amuser à décortiquer la tracklist pour noter que son projet black metal / folk / jazz / avant-gardiste et mystique semble avoir laissé pour de bon les albums de deux morceaux de vingt minutes : Ver Sacrum est composé de quatre titres durant en moyenne dix minutes ! Si Sabelli mène toujours sa barque en se chargeant de la plupart des instruments que l'on peut entendre, Ignazio Cuga, alias Brusiòre (KRE'U), est la nouvelle voix de Dawn of a Dark Age.

De la clarinette, de l'accordéon, du piano... Il Voto Infranto (L'Ira di Mamerte) nous plonge dans l'ambiance mélancolique et mystique de l'album, entre influences folk et tentations occultes. La musique est plus lourde que par le passé, privée des voix féminines qui hantaient encore le précédent Transumanza. Cuga déclame, grogne, vocifère, l'italien conférant une énergie bien particulière à ses textes. Des percussions théâtrales et martiales résonnent, des chœurs belliqueux psalmodient : Dawn of a Dark Age fait à la fois penser au brouillard ancestral de Wolves in the Throne Room, aux élans plus conquérants de Rotting Christ... mais également à la sombre délicatesse hypnotique de Jozef Van Wissem (l'intro d'Il Rito Della Consacrazione, avant ses chœurs funèbres ).

On aime comment l'album prend le temps d'imposer ses brumes sinistres et menaçantes, plongeant l'auditeur en plein rituel mystérieux, à l'image d'Il Consiglio degli Anziani (L'Oracolo) qui prend cinq bonnes minutes avant d'introduire un chant de gorge incantatoire du plus bel effet. Dawn of a Dark Age s'empare de notre âme pour nous plonger dans une nuit dont l'opacité s’éclaircit soudainement de pauses plus atmosphériques, dépouillées de guitares ou de batterie et qui laissent la place à quelques mots, Cuga se transformant alors en narrateur inquiétant. Dark folk, darkjazz, black metal, avant-garde : peu importe le tiroir, le résultat est majestueux et fascinant.

Avec ses touches progressives, l'album se suit comme on écoute de vieux contes terrifiants au coin du feu, parfois haletants, parfois rempli de mystères insondables. Les différents instruments remplissent l'espace sans que la voix ne soit nécessaire, mais quand elle retentit elle est autant celle d'un chanteur que d'un comédien qui assume différents rôles, à la fois conteur et sorcier. A la fin de l'épique Venti Anni Dopo - La Partenza (Nascita della Nazione Sannita), l'accordéon expire et son dernier souffle laisse seuls les chœurs, une guitare, une percussion par-ci, par-là, jusqu'à une conclusion qui tombe comme un rideau sur une scène. Sortilège intemporel, Ver Sacrum est un album à la fois fou et solennel, foisonnant de créativité et d'une obscurité délectable. 

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Pierre Sopor

Rédacteur / Photographe