"Buzzkill", littéralement les "rabats-joie" : un nom qui sonne comme une promesse alléchante ! Il aura fallu quelques années au groupe montpelliérain pour se trouver. Le trio est devenu un duo, Nolwenn a lâché la batterie pour se mettre au chant, laissant Ronni jouer avec sa basse et ses amplis, la batterie est devenue synthétique... Après un premier EP paru en 2024, le groupe de post-punk sort enfin un premier album, Wasteland. Des rabats-joie, des terres désolées : ça en fait, des promesses !
Faisons les choses n'importe comment et commençons au milieu de nulle part, Nowhere, troisième morceau de l'album, la mélodie au synthé est lugubre, la basse ronronne et racle mais le rythme rapide a quelque chose de fiévreux. Vous allez sautiller, mais la mine maussade. Buzzkill explique qu'opter pour une batterie synthétique les a poussés vers des cadences plus rapides. En terme d'esthétique sonore, on aime ces textures froides, grises, industrielles.
Dès Shout, Buzzkill nous avait de toute façon embarqués dans une cavalcade frénétique. La musique est expressionniste, pleine de contrastes, d'angles tordus et de partis pris radicaux pour mieux exprimer les émotions, les tourments. Wasteland est un album plein d'intensité, d'énergie (son morceau-titre défile à une allure angoissée propre à l'urgence typique du genre). Cela n'empêche pas la basse d'épaissir l'atmosphère de ses vrombissements lors de pauses brumeuses, alors que le chant grave et théâtral de Nolwenn semble nous parvenir depuis une autre réalité. Il y a un petit côté Siouxsie, en plus sépulcral, plus funèbre. On est séduits par l'ambiance presque onirique de Deus Rex, les élans dissonants futuristes bizarroïdes des synthés de There Must Be A Place. Est-ce qu'on est en train de rêver ? De mourir ? Sommes-nous des médiums ou juste des fous qui hallucinent ?
La traversée des terres désolées se fait sans ralentir. En bout de course, Isolation (non, ce n'est pas une reprise de vous savez qui) nous laisse sur une note paniquée : Buzzkill part dans tous les sens avec une démarche qui doit autant à la modernité contemporaine de la cold wave que les penchant batcave plus dada et arty. C'est de la musique qui s'écoute en faisant la gueule, mais avec les yeux qui roulent dans tous les sens. Wasteland est un bel album pour perdre la raison et courir partout dans l’hôpital psychiatrique du docteur Caligari.