Perturbator @ MTC - Cologne (2016-03-30)

Live Report | Perturbator @ MTC - Cologne (2016-03-30)

Cécile Hautefeuille 06 mai 2016
La ville de Cologne regorge de surprises et de salles de concert en tout genre. La MTC, située en plein centre, est en fait une petite cave, un recoin sombre, l'envers du décor. Pas de vitrine, pas de grande enseigne, mais une simple porte qui mène sur un escalier étroit et sinueux. Impossible, avant de descendre, de savoir où l'on va atterrir. Le programme des soirées est affiché en petit sur la porte, tel un menu de restaurant. En entrant à la MTC, on a presque l'impression de faire quelque chose d'illégal. Mais non. L'intérieur ressemble bien à ces petites salles de concert bien sombres où la transpiration se mêle souvent à la suffocation. Rappelons qu'à l'échelle fédérale, l'Allemagne peine à légiférer sur la cigarette, et l'on trouve encore beaucoup d'endroits (les salles de concert) où fumer est autorisé. Le programme de la soirée, ce sont des petits jeunes, francophones, qui mêlent musique moderne et nostalgie des années 1980. Pourquoi francophones ? Aucune idée, mais la french touch a toujours eu ce petit temps d'avance en ce qui concerne les sons techno, electro et EDM. De Daft Punk à David Guetta en passant par Justice. Il existe à présent une nouvelle scène, qui suscite de plus en plus d'engouement et que l'on appelle la synthwave. Inspirés par les films des années 1980, les artistes sortent leurs synthés et appliquent une vision moderne aux sons de l'époque. Ce sont principalement des projets solo, instrumentaux, et scéniquement pauvres. Bien sûr il y a des tentatives d'égayer un peu le concept lors des performances (nous en reparlerons) basées souvent sur le lightshow ou les costumes de scène, ce qui prouve une volonté de réinventer l'espace scénique. Mais l'on connaît bien le problème dans le milieu electro-goth, c'est donc cela un concert des années 2010 : un bonhomme rivé derrière sa console qui appuie sur des boutons. Petite digression : beaucoup de concepts nous échappent dans ce nouveau millénaire (prenez le concept de... journaliste par exemple ?) et celui de musicien vit également une transformation chaotique. On est habitué à voir le talent s'exprimer sur scène. Mais les nouvelles possibilités techniques qui s'offrent aux musiciens requièrent labeur en amont et permettent une facilité d'exécution en représentation. Évidemment, c'est agaçant de voir un artiste appuyer sur "play", parce que le public ne peut expérimenter empiriquement le talent du musicien qu'il a en face de lui et ne cesse de se demander si c'est du lard ou du cochon, si on le prend pour un con. Il serait intéressant d'organiser des battles d'impro, synthés et logiciels en main, pour comprendre ce qu'est un musicien electro aujourd'hui et comment il construit un morceau. Fin de digression. C'est tout de même très frustrant de ne pas sentir spécifiquement de différence entre l'écoute d'un album chez soi et l'expérience d'un live. PERTURBATOR a annoncé qu'il aurait d'ici quelques mois un batteur à ses côtés. Ce sera probablement une expérience plus enrichissante. La scène synthwave se divise en deux catégories : ceux qui ont un pistolet chargé... Pardon, ça, c'est pour une autre chronique. D'un côté, les fidèles au son des années 1980, qui ne souhaitent pas d'anachronisme dans leur musique. Et ceux qui se détachent de ce passif pour aller explorer d'autres branches de la musique électronique. DAS MÖRTAL, GOST et PERTURBATOR font naturellement partie de la seconde catégorie, pour le meilleur et pour le pire. Pas étonnant donc de voir ce soir-là un public aussi éclectique. Des hipsters avec la barbe, la casquette, la chemise de bûcheron et le septum qui va avec, des punks à dreads et le bridge qui va avec, des metalleux aux cheveux longs avec le hoodie de leur groupe préféré (The Faceless, Napalm Death entre autres vus ce soir-là), des goths à cheveux longs avec le tee-shirt de leur groupe préféré (Suicide Commando aperçu ce soir-là), mais aussi des gens complètement normaux, des couples d'amoureux qui sirotent un cocktail. Et même un loup. Si si, j'ai vu le loup. Saurez-vous le reconnaître ?