Corpus Delicti + JE T'AIME @ La Maroquinerie - Paris (75) (17 décembre 2022)

Live Report | Corpus Delicti + JE T'AIME @ La Maroquinerie - Paris (75) (17 décembre 2022)

Pierre Sopor 22 décembre 2022 Tanz Mitth'Laibach & Pierre Sopor

Si vous aimiez les ténèbres et que vous étiez à Paris le soir du 17 décembre 2022, alors votre cœur déjà meurtri ne pouvait qu'être déchiré : d'un côté FRONT 242 faisait danser l'Elysée Montmartre pendant que, quelques pas plus loin, ALCEST, GGGOLDDD et JO QUAIL étalaient leur mélancolie poétique au Bataclan, deux soirées reportées et repoussées depuis deux ans... Et auxquelles nous n'étions pas. Il fallait faire un choix, et le retour sur scène de CORPUS DELICTI après plus de deux décennies d'absence nous semblait une occasion trop rare pour être manquée. Les Niçois, officiellement à l'arrêt depuis 1998, avaient emporté JE T'AIME dans ses valises histoire d'ouvrir le bal.

JE T'AIME

Pour commencer, place aux jeunes. Avec trois albums en environ autant d'années (dont deux cette année, on fêtait d'ailleurs la sortie du récent Aggressive), JE T'AIME fonce à toute allure. Avant la sobriété de CORPUS DELICTI, c'est un étalage de fougue et d'exubérance que le trio Parisien offre au public avec l'énergie du désespoir. Sur scène, le chanteur dBoy fait le show, se roule par terre, se trémousse, se contorsionne et incarne physiquement le tourbillon d'émotions de sa musique. Avec ses rythmiques accrocheuses, ses mélodies qui font mouche et sa réverb mélancolique, JE T'AIME suinte d'une tristesse cachée par une épaisse couche de mascara et des projecteurs brillants. Avec une setlist qui mise sur l'efficacité, on se laisse trimballer par Kiss the Boys and Make Them Die, Lonely Days ou Dirty Tricks, mais aussi par la plus désespérée Marble Heroes (tout en regrettant l'absence The Last Words Of A Sad And Pathetic Hero, crépusculaire conclusion du dernier album en date). Le spleen s'exprime dans une fuite en avant au cent à l'heure, mais aussi une bonne dose de frime : on s'amuse aussi beaucoup de voir les trois musiciens en faire des tonnes et, petit à petit, poser le torse à l'air. La gloire dans le malheur, c'est à la fois fun et déprimant et ce petit côté sales gosses / rockstars des caveaux parisiens foudroyées et brisées qui peut agacer les rabats-joie est aussi romantique qu'attachant. Au final, JE T'AIME est aussi un choix complémentaire avec la tête d'affiche : un groupe tout jeune, démonstratif et festif, comme si, avec CORPUS DELICTI, ils formaient les deux faces d'une même pièce sombre.

CORPUS DELICTI

Lorsque arrive CORPUS DELICTI, le changement d'ambiance est immédiat : on frissonne dès les premières notes de Firelight, graves et inquiétantes. Si Roma n'a hélas pas pu reprendre la batterie pour des raisons de santé, on retrouve en revanche Sébastien au chant, Franck à la guitare et Chrys à la basse, Laurent Tamagno assurant pour sa part la batterie. Le spectacle est ici beaucoup plus sobre : tout de noir vêtus, les Niçois ont abandonné leur maquillage des années 90 ; la théâtralité est ici assurée surtout par l'expressif Sébastien, fixant souvent le public comme pour le prendre à témoin, comme possédé par ses chansons. Il n'en faut pas plus pour que la musique nous saisisse : on se laisse immerger dans les atmosphères sombres avant que le groupe n'explose en lyrisme tourmenté, porté par le déchirement du chant, la frénésie reptilienne des guitares et ce jeu orageux de la batterie, puissant et lugubre, reconnaissable entre mille. On retrouve bien sûr les grands morceaux ténébreux de CORPUS DELICTI, qui après Firelight enchaîne aussitôt sur la démoniaque Noxious ; au milieu d'eux, on apprécie cependant tout autant le calme glacé de The Smile of Grace. Et puis, d'autres choix du groupe pour cette tournée sont moins prévisibles : parmi les raretés du groupe a été sélectionnée leur reprise de la Atmosphere de JOY DIVISION. L'irrésistible Twilight a été gardée pour la fin ; la doublette The Lake.../... Of All Desesparations ferme la marche. Tout le long, le public aura vigoureusement manifesté son enthousiasme pour ce retour si longtemps attendu. On le comprend : le charme opère.