Sonja Kraushofer - 2015-03-21

Interview | Sonja Kraushofer - 2015-03-21

Cécile Hautefeuille 28 mars 2015

La chanteuse autrichienne Sonja Kraushofer est connue pour ses presque vingt ans de carrière auprès du groupe à succès L?ÂME IMMORTELLE. Mais elle est aussi à la tête d?autres projets musicaux ambitieux qui embrassent des styles très divers de la scène dark. C?est au détour du chemin, à Francfort (De), qu?elle a bien voulu nous livrer son ressenti sur sa carrière musicale.

Tu étais récemment en tournée avec L'ÂME IMMORTELLE pour le nouvel album. Vous avez bien sûr joué en Allemagne et en Suisse, mais aussi en Russie et en Autriche. Comment c'était ?
Sonja : La tournée était super. On a notamment entamé la tournée à Francfort, au club 'Das Bett'. C'était notre premier concert depuis des années. Du coup on était très nerveux (rires). Bon, j'ai toujours un peu peur mais ça s'estompe au fur et à mesure du concert ou après la première chanson. Cette fois, on avait tous le trac jusqu'à la fin du concert. C'était la première fois qu'on jouait avec ce line-up, Gregor aux claviers et Chris à la batterie. En dehors des répétitions, c'était notre premier concert tous ensemble. Et puis nous avons joué de toutes nouvelles versions de nos chansons que Gregor a produites. Cela fait beaucoup de nouveautés. Pour nous c'était très excitant, parce qu'on ne pouvait pas savoir comment le public allait réagir, après cinq ou six ans sans avoir joué. On a vraiment été très heureux que tout se passe si bien. On ne s'attendait pas à ce que les réactions soient si positives. Les gens étaient vraiment euphoriques, partout où nous sommes allés. En Allemagne et en Russie, le public se donne toujours à fond. Et en Suisse et en Autriche, on a aussi donné de super concerts.

Vous n'êtes en revanche toujours pas passé en France !
Sonja : Pas encore mais... c'est en projet.

Vraiment ?
Sonja : (hésite) Oui. J'espère que ça va se faire. Mais ça sent très très bon. J'ai vraiment hâte. J'ai toujours voulu jouer en France, je ne sais pas pourquoi (rires). J'aime beaucoup la France mais je n'y ai jamais joué. Avec aucun de mes groupes. Mais cela pourrait venir...

À toi seule, tu as trois projets musicaux (L'ÂME IMMORTELLE, PERSEPHONE, COMA DIVINE, ndlr), et tu joues parfois aussi en solo. Comment gères-tu tout ça ? As-tu encore du temps pour toi ?
Sonja : Pas beaucoup, c'est vrai. Mais je ne considère pas la musique comme un travail. Cela me fait simplement un bien fou. Faire de la musique occupe toutes mes journées, mais cela ne me stresse pas, au contraire. C'est presque toute ma vie et je trouve ça super de pouvoir donner des concerts et d'enregistrer des albums.

Ces trois groupes sont vraiment très différents. Que représentent-ils pour toi ' Que veux-tu exprimer à travers chacun d'entre eux ?
Sonja : Chacun est considérablement important pour moi. L'an prochain, nous allons fêter nos vingt ans avec L'ÂME IMMORTELLE. Aussi loin que je puisse me rappeler, L'ÂME IMMORTELLE a toujours été là et fait aujourd'hui partie intégrante de ma vie, surtout Thomas, mais aussi tout le groupe autour. Ces chansons m'ont si longtemps accompagnée, cela a pris un sens particulier pour moi. C'est aussi pour cela que j'étais si heureuse et en même temps nerveuse de jouer ces chansons à nouveau. Quand on a commencé, on avait 17 ans. Aujourd'hui, on chante toujours ces morceaux et ils ont pour nous toujours cette même importance. Peut-être qu'on voit les choses un peu différemment après quelques années, mais par exemple, une chanson comme 'Life will never be the same again' est toujours actuelle, hier comme aujourd'hui. C'est cet aspect que je trouve si particulier et qui explique pourquoi ce groupe est si important. Avec PERSEPHONE, je peux interpréter les choses sous un autre jour, de manière beaucoup plus posée. Et je peux apporter mes propres textes et influences musicales. COMA DIVINE, c'est l'univers inverse. Avec chaque groupe, j'ai le sentiment de pouvoir m'épanouir et d'apprendre toujours de nouvelles choses. Je ne suis pas trop du genre à me reposer. Avec COMA DIVINE, tout était complètement différent et cela m'apportait une nouvelle manière de chanter. Alors j'ai relevé le défi, je me suis dit : je peux y arriver. Il nous a fallu beaucoup répéter pour les concerts parce que c'était vraiment un tout autre univers. Mais j'aime repousser les limites.

Quel rôle as-tu dans le processus de création ?
Sonja : C'est très différent selon le groupe. Ce qu'il y a de vraiment différent avec L'ÂME IMMORTELLE, c'est que Thomas écrit tous les textes. Ensuite, il m'envoie tout ça avec ses idées de chansons et il me laisse réfléchir seule à comment je pourrais tout mettre en place, comment je pourrais chanter tel et tel texte. Puis on se réunit et on voit ce que l'on peut tirer de tout ça. La plupart du temps ou du moins pour les derniers albums, Thomas engage un producteur qui travaille avec nous sur le rendu final du CD. Avec PERSEPHONE, j'écris moi-même les textes et parfois des idées de chansons qui vont avec, puis on se réunit avec Martin Höfert pour continuer d'écrire et de composer. Avec COMA DIVINE, on fonctionne comme un groupe. Pour le dernier album, nous nous sommes tous rejoints en salle de répétitions, et nous nous sommes dit : là on a tel texte, là tel riff, là telle idée. Et au fur et à mesure, on a essayé de voir ce qui pouvait en sortir. Donc oui, ce sont vraiment des procédés très différents.

Je sais qu'on t'a déjà posé la question concernant la scène Metal, mais peut-être aujourd'hui concernant la scène Dark : tu es une femme entourée de tous ces hommes. Comment le ressens-tu ?
Sonja : Eh bien je dois avouer ' mais c'est peut-être parce que j'ai toujours eu affaire à des hommes ' que travailler avec des hommes a quelque chose de vraiment plus simple et de plus agréable. Après, cela dépend aussi de quelle femme mais en ce qui concerne le monde de la musique, je dois vraiment dire que j'ai eu plus d'expériences positives avec des hommes qu'avec des femmes. Les hommes avec qui je travaille sont très professionnels et charmants donc c'est vraiment bien. Avec les femmes, il y a eu parfois quelques petites histoires. En tous les cas, c'est plus compliqué. Je me sens très bien entourée d'hommes.

Il y a d'ailleurs très peu de chanteuses dans cette scène, n'est-ce pas ? Pourquoi ?
Sonja : Très bonne question ! C'est vrai, il n'y en a pas beaucoup. Dans le Metal, il y en a quelques unes. Nous étions une fois au Female Voices Metal Festival (2012 en Belgique, ndlr), et là-bas il y avait beaucoup de femmes, qui étaient très sympa. Mais pour la scène goth, c'est vrai... je n'ai pas la réponse.

La scène est un aspect central pour toi. Je pense évidemment à tes mises en scène théâtrales, mais aussi aux endroits tout à faire particuliers que tu choisis pour jouer avec PERSEPHONE. Quelle importance a la scène par rapport au studio ?
Sonja : Chacun a son charme. Sur scène, on perçoit directement les réactions du public. Je peux interpréter les chansons comme je les ai pensées au départ et j'obtiens une réponse directe du public. Ce que j'aime beaucoup en studio, c'est que l'on peut travailler en étant très méticuleux, soigner chaque nuance. On peut s'amuser, à mettre ici une respiration, là un choeur. Mais par exemple pour PERSEPHONE ou COMA DIVINE, c'est vrai qu'au moment d'écrire les textes ou d'enregistrer les chansons, je pense déjà à mon interprétation future sur scène. C'est un aspect très important pour moi.

Tu as appris la danse et le théâtre. Pourrais-tu nous en dire plus sur tes expériences dans ce domaine ?
Sonja : Ouf ! J'ai cru que tu voulais que je danse (rires). En Autriche, j'ai étudié la danse, le chant et le théâtre' la comédie musicale, soit. La formation a duré deux ans. J'avais des cours de théâtre, de chant et de danse, de plusieurs styles : on apprenait les bases du ballet, la danse jazz qui est très importante dans les comédies musicales, bien sûr la danse moderne et aussi les claquettes. C'était très intéressant, j'ai vraiment beaucoup aimé ces études. Cela m'aide aujourd'hui sur scène, même si en tant que chanteuse, on ressent comment on peut se positionner ou entrer sur scène.

Tu voulais devenir danseuse au départ, n'est-ce pas ?
Sonja : Initialement, oui. Je suis venue au départ pour la danse parce que ça m'a toujours fascinée. Et puis je suis arrivée par quelques détours à la comédie musicale. En fait, alors que je passais des auditions, on m'a signifiée que pour ce qui est de la danse, cela ne passerait pas. Mais ils aimaient bien ma personnalité, alors ils m'ont dit « retente pour la comédie musicale, il y a aussi de la danse mais également du chant. C'est là que j'ai découvert les cours de chant et que c'est devenu ma matière préférée, car la danse classique ne me parlait plus autant que ce que je peux ressentir à travers le chant et les autres danses. Ce fut un mal pour un bien.

Sais-tu que, du fait de ces mises en scène un peu excentriques, certains te trouvent un peu « bizarre », un peu « barrée » ?
Sonja : Oui, je sais tout ça. Fondamentalement, je trouve que « bizarre » est assez positif en fait. Mais je sais aussi que certains y attribuent une connotation négative. On dit aussi parfois, par exemple pour PERSEPHONE, qu'il manque de l'interaction avec le public ou que le show a l'air absurde, parce que je suis dans mon monde. Que je serais presque en pleine représentation d'une pièce de théâtre et que du coup, je n'ai pas de contact avec l'auditoire. Mais en fait, tout cela est voulu et je souhaite créer des choses spéciales. Je ne me vois pas comme quelqu'un qui viendrait sur scène pour « divertir » dans le sens commercial du terme. Je veux offrir quelque chose, interpréter mes textes sur scène avec les émotions que j'éprouve. Alors oui, du coup, je sais que je m'enferme souvent dans mon monde avec PERSEPHONE et COMA DIVINE.

Pourtant, à la ville tu es plutôt discrète et tu donnes peu d'interviews. Finalement, qui est Sonja Kraushofer ?
Sonja : Ça, c'est une question que je me pose tous les jours (rires). Je pense en fait que je suis un peu tous ces personnages à la fois. Cela montre déjà beaucoup de facettes que je pousse à l'extrême pour chaque cas. PERSEPHONE, c'est la facette de la tristesse, de la mélancolie et de la perte totale. COMA DIVINE, c'est la facette vraiment agressive. L'ÂME IMMORTELLE, c'est plus romantique. Ce sont toutes des parties de moi. Ensuite, il suffit de tout assembler. Chaque groupe représente des extrêmes différents. De toute façon, je trouve que la vérité ne vaut pas la peine d'y passer la nuit (rires).

Interview réalisée le 21 mars 2015 par