Punish Yourself - 2013-12-14

Interview | Punish Yourself - 2013-12-14

Pierre Sopor 13 janvier 2014

Fidèle à ses habitudes, la joyeuse troupe de PUNISH YOURSELF écume les routes et les salles de notre pays pour défendre sur scène leur dernier album, 'Holiday in Guadalajara'. Leur passage à Vitry-le-François était l'occasion idéale de voler quelques minutes au chanteur du groupe, VX69, pour qu'il nous parle de la bête mais aussi de cuisine mexicaine et de Marilyn Manson faisant de la salsa.

Comme pour vos précédents albums, ça fait un moment que vous jouez 'Holiday in Guadalajara' en live. Avoir régulièrement de nouveaux morceaux est-il un moyen d'éviter la lassitude quand on tourne autant ?
VX69 : Oui, je pense que pour n'importe quel groupe c'est chiant de jouer toujours les mêmes trucs. Avec nos machines, on a forcément une marge de man?uvre limitée pour tout ce qui est impro : on est un peu plus contraint à préparer l'ordre des morceaux par exemple. Mais on essaye d'apporter des nouveautés aussi régulièrement que possible. Sinon on se retrouverait à jouer la même setlist tout le temps. A l'époque où l'on démarrait, par exemple avec 'Sexplosive Locomotive', on tournait avec quasiment l'intégralité de l'album.

Vos influences westerns que vous revendiquez sur l'album, vous les sentez plus proches des westerns spaghettis des '60s ou de quelque chose de plus récent, comme Robert Rodriguez par exemple ?
La grande influence, les westerns italiens, forcément : Sergio Leone et tout ce qui a suivi derrière... Je suis très fan de la trilogie Sabata par exemple, qui est moins connue. En terme de musique, il y a Morricone et tous les autres... Rodriguez aussi, mais Rodriguez c'est aussi un héritier de ce style-là quelque part. Pour l'aspect mexicain, il n'y a pas que le coté western, même si c'est le plus facile à exploiter musicalement. Le Mexique est suffisamment vaste et diversifié culturellement pour placer plein de trucs. Et encore, on n'a pas été aussi loin qu'on aurait pu dans le délire western. Dans les trucs qui m'auraient influencé si j'avais eu plus de temps, il y'a la BO du jeu Red Dead Redemption que j'ai découverte il y'a quelques mois : faire un mélange de post-rock et de western spaghetti c'est vachement cool. Du coup, on a gardé pas mal de choses en réserve qui n'ont pas servi pour le disque, mais je pense qu'on les utilisera un jour ou l'autre.

Vous le mettez en avant maintenant, mais l'aspect western n'est-il pas présent dans PUNISH YOURSELF depuis très longtemps, que ce soit musicalement ou visuellement ?
Ah oui ! Mais au début c'était même le truc un peu honteux ! Je me disais "pourquoi on ne mettrait pas des chapeaux de cow-boy ?" et on me disait "non, c'est MINISTRY les chapeaux de cow-boy !". Et petit à petit les gens ont oublié les vidéos classiques de MINISTRY du début des années 90 et tout le monde s'est remis à mettre des chapeaux de cow-boy. Moi j'ai toujours kiffé ça, même à l'époque où on avait des dreadlocks, j'aimais les chapeaux de cow-boy !

Au niveau de l'ambiance mexicaine, tu te sens plus proche des momies aztèques, du jour des morts, des masques de catch ou de Machete ?
Justement, l'intérêt du Mexique c'est qu'on n'est pas obligé de choisir ! Bon, j'ai aussi une fascination personnelle pour la bouffe mexicaine depuis longtemps, et j'ai fait chier tout mon entourage à leur préparer des chilis depuis des années que personne ne digérait... Mais ce qui était intéressant avec le Mexique, c'est qu'on a à la fois le coté pré-colombien, on a le Mexique actuel qui est un des pays les plus ultra-violent du monde et il y a le western... Le Mexique correspond un peu à tout ce qu'on a toujours aimé dans le sens où on peut s'en servir pour mélanger des éléments à la fois très sérieux avec d'autres très délirants. Ou festifs comme le Jour des Morts, qui est une grande fête rigolote et populaire, mais qui dans le fond n'est pas si drôle que ça. Et ça correspond un peu à ce qu'on a toujours essayé de faire dans PUNISH YOURSELF, mélanger du très grave et du très léger.

Est-ce qu'avoir justement le Jour des Morts en toile de fond était un moyen d'avoir un album qui sonne plus festif que Pink Panther Party ?
Non, ça s'est fait au fur et à mesure. A la base, on était parti pour faire un album euro-dance, maintenant que ce genre d'influences sont devenues fréquentables, et ça a dérivé petit à petit, notamment avec le coté mexicain. On n'a pas été aussi loin que l'on aurait voulu au départ dans le coté festif. Est-ce un bien ? Est-ce un mal ? L'histoire parlera, je ne sais pas...

Sur l'album, Spiders375Necromancers vient à l'origine du side-project 1969 Was Fine. Ce n'est pas la première fois qu'une de vos chansons passe d'un projet à l'autre. Est-ce cet aspect un peu perméable entre les deux groupes qui a amené la fin de 1969 Was Fine ?
Non, non? Ce sont des problèmes de personnel, on va dire. Il y avait des tensions à l'intérieur de 1969 WAS FINE. Une partie de la troupe aurait voulu continuer, moi j'avais essayé de relancer ça sous un autre nom mais tout le monde n'a pas suivi. Enfin bon, à un moment donné on a préféré laisser tomber. Après pour le coté perméable, même si une fois enregistré le rendu est différent, oui, il est clair. J'ai de toute façon toujours considéré que les musiques que je fais, quelque soit le nom sous lequel je les fais, seraient réutilisables avec PUNISH YOURSELF. Je fais de l'ambiant à coté, et tous ces morceaux pourraient tout aussi bien sortir sous le nom de PUNISH YOURSELF, pour moi ça fait tout autant partie du projet. Des gens nous demandent souvent ce qui nous caractérise le plus, et je trouve au final que sur disque c'est la présence d?éléments ambiants et cinématographiques. Mais personne n'a l'air de le remarquer... depuis des années !

N'y a-t-il pas moins de samples qu'avant justement ?
Oui, parce qu'on a plus travaillé sur les synthés que sur les samples, ce qui s'est fait un peu par hasard. L'album 'Pink Panther Party' n'avait volontairement aucun sample de film. C'était un choix à ce moment là, un refus d'utiliser des dialogues de film alors qu'on l'avait toujours fait énormément. Je voulais éviter d'avoir des plages de drones aussi, mais je n'ai pas pu totalement y résister, c'est mon pêché...

Et Le Cabaret de l'Impasse se passe mieux que 1969 Was Fine alors ?
Bah, ça se passe ouais ! Après, c'est compliqué de se produire avec une contrebasse parce qu'une contrebasse c'est chiant à transporter ! Donc voilà, si on trouvait des gens pour nous payer dans des endroits on irait, mais finalement on joue beaucoup chez nous à Toulouse parce qu'on n'a pas à payer une voiture de plus rien que pour la contrebasse... Ceci est un appel aux organisateurs du monde : "si vous voulez un très bon groupe de cabaret jazz vaudou avec une contrebasse et un saxo, contactez-moi s'il vous plait !"

Sur l'album précédent avec 'Zmeya', il y avait quelques mots en russe. Là on a pas mal d'espagnol. T'es-tu fixé un défi linguistique pour l'avenir ?
Alors là, non ! Honnêtement, au niveau des langues j'arrive à mes limites. Mon niveau d'allemand est assez faible, je suis allé jusqu'à la leçon 5 d'un petit livret "Apprenez l'allemand en un quart d'heure/jour". J'ai été jusqu'au moment où il fallait apprendre la phrase "J'ai besoin d'un visa pour aller à Berlin-Est" et je me suis dit que la méthode était dépassée... Donc non, ça ira comme ça. L'espagnol je maîtrise bien. L'anglais ça va à peu près. Il y aura pas de français dans PUNISH YOURSELF, ça n'est pas à l'ordre du jour et ça ne le sera jamais ! Sinon peut-être quand je serais vieux, à l'article de la mort et que j'aurais une révélation divine... Le français n'est pas mon truc pour chanter. Je suis à peu près sûr que le prochain album n'aura pas de thème géographique, je peux le dire d'avance ! J'aimerais faire un album de doom mais je pense que les autres ne seront pas d'accord !

Puisque tu parles de vieillesse et d'article de la mort, c'est un sujet qui revient beaucoup dans les interviews récentes maintenant que Punish Yourself a 20 ans... Mais n'aurais-tu pas l'impression que c'est plus votre public qui se fait vieux ?
Par vagues ! On a un public qui a beaucoup rajeuni à un moment donné... à l'époque de 'Gore Baby Gore' et on s'est vraiment demandé ce qui se passait. Jusque là on avait un public qui avait notre âge ou plus, et d'un coup on s'est retrouvé avec des rangées de gamins et gamines de 16-17 ans devant et on ne comprenait pas du tout pourquoi. Bon, on a fait avec. On a une partie de notre public qui nous avait aussi un peu lâchés et qui revient maintenant, qui nous redécouvre, des quadragénaires qui avaient arrêté d'écouter de la musique et d'aller à des concerts qui reviennent... Notre public est assez multi-générationnel, on commence à voir des gens qui viennent avec leurs enfants, ou avec leurs parents... Je crois bien qu'une ou deux fois on s'est retrouvés avec trois générations dans le public ! Après tout, pourquoi pas ? Les ROLLING STONES doivent bien en être à cinq générations... Mick Jagger doit bien avoir cinq générations d'enfants non-reconnus déjà ! On s'est toujours vu comme un groupe assez trans-générationnel parce qu'on a toujours pris ce qu'on aimait dans toutes les époques du "rock" au sens très large. On a des points d'accroche pour à peu près tout le monde.... Je ne comprends rien à la jeunesse de maintenant par contre. Je vous le dis tout de suite : ma fille a 16 ans et je ne capte plus rien. Les jeunes écoutent du dubstep, ce genre de choses-là, ils regardent Skins... je ne comprends absolument rien à cette jeunesse-là !

Sans compter le split album 'Phenomedia' en collaboration avec Sonic Area en 2010, vous n'aviez plus sorti d'album depuis quatre ans. A coté de ça, vous annoncez toujours vos albums longtemps à l'avance... La suite est-elle déjà prévue ?
En fait, on est toujours en retard ! On a très vite les titres des morceaux mais après ça prend du temps. Par contre, on n'a pas du tout commencé à travailler sur la suite. On a du matériau en réserve de toute façon. Mais vraiment, arriver à la fin de cet album a été un soulagement pour moi parce que c'était fini. Pour l'instant on va continuer à tourner là-dessus mais je n'en suis pas totalement satisfait.

Pourquoi dis-tu ne pas être satisfait de l'album ?
Je suis trop perfectionniste en général, mais je sais qu'à force de vouloir être perfectionniste j'en ai oublié des détails de base. C'est un album qu'on a à la fois énormément travaillé et bâclé à la fin. Il a été énormément travaillé dans le sens où j'ai passé des semaines à bosser sur des trucs qui ne s'entendent absolument pas ou qui ont été virés parce que ça ne servait à rien, et à coté de ça il y a pas mal de morceaux où les voix qu'on entend sont encore des voix témoins qu'on avaient enregistrées en répet' un an et demi avant... Et quelques jours avant de terminer on s'est rendu compte qu'on les avait oubliées, qu'on ne les avait jamais refaites. Nous n'avions plus le temps de les refaire. Des trucs comme ça... Ça me donne un peu l'impression de livrer un truc qui n'est pas tout à fait fini, mais qu'on n'aurait pas mieux fini avec plus de temps, parce que de toute façon on se perd en cours de route.

As-tu déjà ressenti ça avec d'autres albums ?
Les disques précédents, je n'en suis pas forcément satisfait non plus, mais je savais que lorsqu'on les avait finis, c'était vraiment fini. Celui-ci on l'a rendu dans un certain état d'esprit, parce qu'il fallait bien le terminer... mais ce n'est pas la vision qu'on avait de certains morceaux et je pense que les versions qu'on joue en live sont plus proches de ce qu'on voulait. On voulait un disque plus simple, avec moins d?empilage, moins de couches superposées et on s'est fait rattraper par la tendance naturelle qu'on a face à l'outil informatique, où il est tellement simple d'en rajouter qu'on en oublie un peu les ingrédients de base. Bon, quelques semaines plus tard les gens ont l'air contents. Enfin, pas plus mécontents qu'avant. De toute façon ça fait quelques disques qu'on s'est résolu au fait que les gens diraient toujours que ce n'est plus la grande époque de 'Sexplosive Locomotive', et que c'était mieux avant. Une fois qu'on s'est habitué à cette idée, c'est bon, on peut faire n'importe quoi !

Qu'aimerais-tu encore faire avec le groupe ?
De la country, de la country gothique ! Alors ça vraiment, j'aimerais bien. Il y a déjà du monde sur le coup. Mais il y a un autre truc qui n'a jamais été fait encore et que j'adore, c'est la musique afro-cubaine, la "salsa" on va dire, ce mot horrible qui ne plait pas du tout aux cubains. J'ai pas encore réussi à mettre mes camarades sur le coup mais je trouve qu'il y a un truc dans les percussions cubaines. On pourrait en faire quelque chose de très dark, genre un mélange de SANTANA et de MARILYN MANSON. Idéalement, ça serait bien que ce soit MARILYN MANSON qui le fasse... Ce mec ferait des trucs bien s'il faisait de la salsa ou de la country... Je lui ai envoyé une lettre une fois : "fais de la salsa !", mais il ne l'a pas fait. Dommage !

Avant de te laisser, peut-on dire que 'Holiday in Guadalajara' est le fameux album de la maturité ?
Non ! Jamais ! Quoique... En fait, je pense que l'album de la maturité ça sonne vachement mieux en anglais : "The Mature Album"... Ça donne un coté un peu tendancieux, un peu MILF et tout ça... Ouais, on pourrait faire "The Mature Album" et parler de milfs et de complots aliens et franc-maçons, ça serait un bon disque !

Interview réalisée le 14 décembre 2013 par