Murderdolls - 2011-03-22

Murderdolls - 2011-03-22

Pierre Sopor 22 mars 2011

A l'occasion du concert parisien des MURDERDOLLS le 29 Janvier dernier, le frontman Wednesday 13 nous a accordé une interview dans les coulisses de l'Élysée Montmartre juste avant de monter sur scène. Il revient sur les événements survenus lors du concert bordelais la veille, sur sa carrière et ses projets.

Après ce qui est arrivé à Joey avant hier, comment se sent-il ? (Joey Jordison a quitté la scène après 5 chansons car il souffre d'acouphènes aggravées cette fois par des problèmes techniques)
Wed : Oh ! Joey va mieux. C'était la première fois que ça lui arrivait en plein concert, mais ce n'est pas la première fois que ça arrive, en répétitions notamment. C'est quelque chose que j'ai découvert pendant nos enregistrements. Le jour où j'ai appris qu'il avait ce problème, nous enregistrions 'Homicide Drive' : il s'est levé et sorti pendant que je jouais. J'ai demandé si j'avais joué quelque chose de travers ou un truc du genre, il m'a alors parlé de ce soucis. La plupart du temps tout va bien, mais parfois, à certaines fréquences, c'est comme s'il jouait avec un couteau planté dans les oreilles. Les gens se sont demandés pourquoi il est parti comme ça... Mais quand tu es sur scène et que tu dois jouer tout le set avec une douleur aigüe dans l'oreille, ton premier reflex n'est pas de dire "Je reviens tout de suite" mais plutôt "Qu'est-ce qui se passe?". Il souffrait tellement qu'il a quitté la scène et ne voulait plus revenir, il disait qu'il ne pouvait pas. Je lui ai demandé de se reposer un instant, il est revenu pour essayer, il a fait de son mieux mais ça ne s'est pas arrangé. Ça l'a rendu fou parce qu'il voulait vraiment faire le meilleur concert possible. Je n'arrive pas à imaginer ce qu'il ressent quand il a ce problème, je me sens mal pour lui... On présente nos excuses aux fans. Certains ne comprennent pas pourquoi il est parti sans même dire un mot... Mais tu sais, quand tu as cette douleur, que tu dois vivre avec au quotidien, quoiqu'on dise, c'est dur. Il ne pouvait absolument pas parler. On est vraiment désolés. C'est la vie en tournée. Il y a des jours pourris et d'autres géniaux. Sinon il va mieux et on est tous très excités de jouer ici, à Paris, ce soir !

Vous étiez venus à Paris en Septembre dernier, en première partie des GUNS N ROSES. Vous en gardez un bon souvenir ?
Tourner avec les GUNS N ROSES était génial ! C'était fou, explosif! Axl et toute l'équipe nous ont traités avec plus de respect que je n'en avais jamais reçu d'aucun autre groupe de toute ma vie. Ils se sont vraiment bien comportés avec nous, j'avais du mal à y croire. Pendant nos shows, le groupe était sur le côté de la scène à chanter nos chansons et nous criant "Jouez-en une autre !". C'était vraiment cool, et Axl était génial, malgré tout ce qu'on peut entendre sur lui... Mais c'est Axl Rose, et il s'en fout, il peut faire ce qu'il veut ! Il a été super avec nous et je n'ai vraiment rien de méchant à dire sur lui. J'ai des vidéos de notre concert en 2002 à Bercy, en première partie d'IRON MAIDEN. Je me souviens que le public nous a hué, insulté et fait des doigts d'honneur. Je m'attendais à la même chose en ouvrant pour les GUNS N ROSES. Mais pas du tout finalement. Il me semble que le show était complet avant que nous ne soyons annoncés, alors réussir à faire réagir ces gens comme nous l'avons fait, au lieu de nous regarder comme des idiots perdus sur scène, car nous ne ressemblons pas aux GUNS N ROSES (ils ne se maquillent pas autant), c'est une vraie victoire. Jouer sur ce genre de scène est spécial, c'est une bonne expérience. Parfois je me retournais, et je voyais mon batteur un kilomètre derrière moi!

Depuis la sortie de 'Women and Children Last', vous avez tourné avec les GUNS N ROSES, ALICE COOPER et ROB ZOMBIE. Que prévoyez-vous pour le futur ? Un DVD live par exemple ?
Je ne sais pas trop... Pour le moment, on doit finir cette tournée en Belgique. Puis on part en tournée au Royaume-Uni Mercredi prochain. Ensuite, Joey rejoindra ROB ZOMBIE sur sa tournée au Royaume-Uni également, ensuite on doit jouer au Soundwave Festival en Australie... Puis trois concerts au Japon... Et après ça... Tu as parlé d'un DVD, on a pas mal d'images et de trucs qu'on pourrait y mettre. J'ai tout l'enregistrement de l'album, les trente jours de studio en vidéos. J'adorerais en faire un film. C'était assez fou de retrouver Joey pour la première fois en cinq ans. On a plein de vidéos, ce serait vraiment cool... Mais c'est vraiment trop loin dans nos plans, je n'ai aucune idée de ce qui va se passer après le Japon. Je sais que SLIPKNOT recommence à faire des concerts. Je n'arrêterai pas de faire de la musique, je continue de bosser sur des trucs. On a vraiment adoré faire cet album, et il n'y aura pas de nouvelle attente de huit ans avant le prochain.

Ce soir, le groupe français Undercover Slut jouera en première partie. Ce n'est pas la première tournée pendant laquelle ils ouvrent pour toi et Eric Griffin a joué sur un morceau de leur dernier album. Tu les connais ?
Ah ! Vraiment ? Je ne savais pas pour Eric. Il me semble qu'ils avaient ouvert pour un concert de Wednesday 13 en 2007... Je ne les connais pas du tout, je connais juste leur nom. Ils ont l'air sympa, mais je ne les connais absolument pas, je peux rien dire de plus sur eux.

Vous diffusez beaucoup de vidéos sur Internet, comme la série des 'Mad Manager'...
Mad Manager est notre tour-manager. Il a travaillé avec des groupes comme MÖTLEY CRÜE et MARILYN MANSON. Quand nous avons enregistré l'album, nous avons vécu pendant un mois dans une maison qui servait de studio. Et Mad Manager était, en fait, notre baby-sitter. Il devait vérifier qu'on se levait bien, qu'on allait enregistrer, qu'on mangeait... Et évidemment, on se comportait comme des gosses avec lui, on arrêtait pas de l'emmerder ! C'est devenu une sorte de passe-temps, on se disait "Allez, on va le rendre fou aujourd'hui". Il venait en criant "Qu'est ce que vous foutez ? Allez enregistrer !" alors qu'on était en train de picoler dans la piscine. C'était très fun de le faire chier, et il ne le rendait bien. C'était toujours dans un bon esprit. Nous ne détestons pas le Mad Manager ! Et nous ne voulons pas que quelqu'un vienne et essaye de le blesser ! (rires). C'est notre frère. Mais on adore le faire chier.

Parfois, Joey et toi, rappellez Beavis & Butt-Head, comme dans la vidéo des Sock-Puppets (des marionnettes faites avec des chaussettes).
Ah ouais ? Super ! Beavis & Butt-Head est sûrement la série préférée de tous les temps de Joey, et aussi l'une des miennes. Je le prends comme un compliment, merci. On le dirait nous-mêmes d'ailleurs. A chaque fois que le label nous a demandé de faire des vidéos, nous avons tenté de faire quelque chose de différent, car tout le monde fait des vidéos. Quand il nous demandait de faire un truc normal, on ne le faisait pas. Pourquoi ? C'est chiant les trucs normaux ! Alors on a fait cette vidéo des Sock-Puppets par exemple, et maintenant on voit des gens avec des Sock-Puppets à nos concerts. C'est vraiment bizarre, mais super marrant.

Vous avez aussi réalisé une sorte de court-métrage façon Grindhouse pour 'Chapel Of Blood'.
Oui. Il y avait en fait une autre vidéo aussi, qui a été censurée. Une encore pire... ou encore mieux au choix ! On avait fait une vidéo pour 'Deathvalley Superstars' et ils n'ont pas voulu la diffuser. Je crois qu'en fait le label ne voulait en aucun cas être rattaché à un truc pareil. Pourtant, elle n'était pas aussi atroce que l'autre. Pour 'Chapel of Blood', on avait cette idée derrière la tête déjà avant de tourner nos "vrais" clips pour 'My Dark Place Alone' et 'Nowhere', avec nos trailers façon Grindhouse qu'on trouvait cool. Le type qui a réalisé la vidéo m'a demandé ce qu'on voulait qu'il fasse. Je lui ai parlé de la chanson, des paroles, de ce type, cette chapelle. Il nous a proposé un truc dégoutant, morbide, violent, qui est génial et que vous pouvez voir ! Et l'autre a été bannie... Mais les gens doivent voir ce truc, ce n'est qu'un film.

Parlons de toi. Tu dis ne pas pouvoir vivre sans écrire. Tu travailles déjà sur de nouveaux morceaux ?
Tu sais, je suis toujours en train d'écrire quelque chose, sans savoir si ça ira pour tel ou tel projet. J'écris constamment. Mais ces six derniers mois, je n'ai pas eu la tête à l'écriture, j'étais absorbé par le nouvel album pour lequel je voulais me consacrer pleinement. Maintenant qu'il est sorti, je vais pouvoir reprendre ma guitare et écrire de nouveaux trucs. Je ne sais pas encore ce que ça sera ni où ça ira. Je ne sais pas si il y aura un nouvel album des MURDERDOLLS bientôt, Joey repart tourner avec SLIPKNOT, je ne sais pas ce qui se passera après. Je sais juste que je ne vais pas arrêter de faire de la musique, tout simplement parce que je saurais pas quoi faire d'autre.

Donc 'Skeletons' ne sera pas le dernier album de Wednesday 13, maintenant que les Murderdolls sont de retour pour de bon ?
Non. Je ne sais pas combien de temps on va encore tourner cette année, mais il y aura du nouveau pour WESDNESDAY 13 un jour. J'ai aussi des fans de ce coté-là qui attendent depuis un moment, et j'ai de nouvelles chansons à jouer. Mais si j'ai arrêté WESDNESDAY 13 un bout de temps, c'est parce que j'en avais marre, je me lassais. C'est pour ça que j'ai monté le projet GUNFIRE 76, j'avais juste besoin de m'écarter un moment de WESDNESDAY 13. Et les MURDERDOLLS étaient pile ce dont j'avais besoin pour me remettre dans un autre état d'esprit. Mais j'ai eu besoin d'une pause avec WESDNESDAY 13, je me lassais de moi-même.

L'été dernier, tu nous as dit ne pas te sentir à l'aise en tant que frontman. Comment fais-tu pour gérer cette situation ?
J'ai dit ça ? Il me semble que j'ai lâché ma guitare en Novembre 2009, quand j'ai commencé à faire des concerts avec mon projet GUNFIRE 76. J'ai toujours eu ce problème quand je dois être frontman et jouer de la guitare en même temps. Je suis toujours partagé entre les deux. Quand j'ai rejoint de nouveau les MURDERDOLLS il y a deux ans, c'était difficile pour moi, je me sentais tout nu sans guitare. Dans ma tête, après avoir commencé GUNFIRE 76, je me suis dit que j'allais arrêter de me cacher derrière un instrument, et que j'allais perdre cette peur sur scène. Et si je refais des concerts de WESDNESDAY 13, je ne jouerais plus non plus de guitare, ça m'entrave trop. Peut-être juste pour quelques chansons... Mais je me sens maintenant bien mieux en étant le frontman et performer, c'est tout ce que je veux. Je préfère avoir un mec qui joue de la guitare à ma place, comme ça je m'occupe des mes affaires, je n'aime pas rester statique, j'aime bien danser partout... et me casser la gueule !

Donc tu préfères chanter désormais ?
Oui, j'adore ! C'est juste quelque chose dont je devais me débarrasser depuis des années. Maintenant, c'est facile. Je pourrais toujours jouer de la guitare si besoin, mais ça ne serait pas aussi cool.

Il y a quelques années, tu avais fait une collection de t-shirts, les '13 Dead Kids'...
Oui. Toute l'histoire des '13 Dead Kids' remonte à 2003. A l'époque, on nous disait que les MURDERDOLLS repartiraient en tournée d'ici six mois. Je n'avais pas envie de monter un nouveau groupe en attendant, je n'étais pas prêt à lancer WESDNESDAY 13, ni de ressusciter mon vieux projet, je n'avais envie de rien. Alors j'ai commencé à dessiner quelques trucs. Il y a eu ces t-shirts, ce livre... Et finalement, on m'a dit que je ne repartirais pas avec les MURDERDOLLS avant encore au moins un an et demi... "Bon, très bien, qu'est-ce que je fous à faire des petits dessins ?" C'est marrant mais ce n'est pas ce que j'aime faire. Alors j'ai pensé faire quelques concerts de WESDNESDAY 13 pour voir comment ça se passait et les réactions ont été très bonnes. Tout le monde me poussait à continuer. Je n'ai jamais prévu d'avoir un projet solo, j'adore la mentalité de faire partie d'un groupe. Mais hélas, maintenant que j'ai 34 ans, je ne peux plus réunir mes copains de lycée pour aller jouer dans la rue ou le garage. Je dois écrire mes chansons, réunir des musiciens pros, trouver le temps de répéter pour pouvoir tourner. Je ne peux pas me permettre d'improviser ça. L'époque où je montais un groupe spontanément me manque un peu, mais c'est comme ça, j'ai l'habitude.

Pour finir, quel est ton plus grand accomplissement jusqu'ici ?
Je pense qu'être ici, à parler de ma musique avec vous, de ce que j'ai fait... J'ai eu la chance de jouer avec beaucoup de grands groupes. Et j'ai été capable de faire ce que je voulais faire pendant dix ans sans avoir de "vrai boulot". Ma musique est mon travail. C'est ça, ma réussite, être capable de faire ce que j'aime et avoir des fans... Nos fans sont super fidèles ! On a pas le plus grand nombre de fans, mais leur implication est juste incroyable !

Interview réalisée le 22 mars 2011 par