Katzkab : accumulation bordélique et poupées pourries

Interview | Katzkab : accumulation bordélique et poupées pourries

Pierre Sopor 28 février 2019 Pierre Sopor

KATZKAB ouvrait le concert Parisien de COLLECTION D'ARNELL-ANDRÉA au Bus Palladium (live report) : l'occasion pour le groupe de venir avec tout son bric-à-brac fait de tee-shirts et de clés USB - poupées vaudou faites main. Chez KATZKAB, on aime les associations incongrues, qu'elles soient musicales ou matérielles. C'est après les concerts qu'on a pu discuter de tout ça à l'étage du Bus Palladium avec Klischee (compositeur principal du groupe), Vik B (chant) et Baptiste, discret batteur.

Vous sortez tout juste de scène, ou presque. Comment s'est passé le concert pour vous ? Vous n'avez pas eu de soucis ?
Klischee : Il y a toujours des soucis...
Vik Bee : Mais ça, il ne faut pas le dire ! Sérieusement, on croit toujours avoir plein de soucis mais en fait les gens nous disent que c'était le meilleur concert qu'on ait fait... donc on les laisse dire ça et on est contents !
Klischee : Comme je n'ai pas pu faire de soundcheck parce que je faisais un autre concert juste avant, c'est vrai que c'était un peu le stress, mais ça va.

Vous avez sorti l'an dernier Le Syndrome de Diogène. Il me semblait qu'à l'époque de l'EP Objet N° 2 I/III, l'idée était de sortir une trilogie "d'objets". Ce qui, manifestement, n'est plus le cas.
Vik Bee : Oui, c'était l'idée. À l'époque.
Klischee : C'était en effet l'idée au début... mais comme on est très bordéliques et que c'est un bordélisme assumé, on a décidé à la place de sortir un deuxième album avec un nom qui n'a rien à voir avec Objet N° 2 et qui correspond justement assez avec notre bordélisme ambiant !

Le syndrome de Diogène décrit une accumulation compulsive de choses. Comment cela caractérise-t-il l'univers de KATZKAB ?
Klischee : C'est surtout en terme de compositions musicales. C'est à dire qu'il y a à la fois des choses qui viennent du post-punk, de la new-wave, du free-jazz avec Antoine qui nous a rejoint au saxophone - même si il y avait déjà des choses un peu jazzy dans le premier album -, d'autres qui vont chercher du côté de la musique de film, des choses plus électroniques... En fait, tout se construit sans arrière-pensée, on a quelque-chose d'assez ogresque dans cette accumulation. Ça vient aussi tout simplement de notre vie de tous les jours, de nos appartements... Effectivement, quand on vivait à Berlin, où notre chanteuse vit toujours, on avait tendance à avoir beaucoup d'objets. Pas spécialement des choses de valeur, c'était des consoles de jeux vidéos, des posters, des habits... Tout ça était vraiment très bordélique.
Vik Bee : En fait, on travaille mieux dans le bordel. C'est notre organisation à nous, le bordel.

Cette idée d'accumuler des objets était déjà dans vos têtes en nommant vos précédentes sorties Objet N° 1 et Objet N° 2 ?
Vik Bee : Pas du tout !
Klischee : Mon premier groupe, KATZENJAMMER KABARETT, avait déjà quelque-chose de très bordélique mais qui n'était pas forcément assumé. Avec KATZKAB, c'est très assumé, aussi bien dans notre organisation que dans notre façon de travailler ensemble, avec une partie du groupe à Paris et l'autre à Berlin... Même si on le voulait, on n'arriverait pas à organiser les choses et en même temps, c'est cette désorganisation qui nourrit notre créativité et nos morceaux : les textes et la musique sont assez foutraques. 
Vik Bee : Quand on sera organisés, ce sera la fin de KATZKAB
Klischee : Du coup, si on a voulu revenir à un vrai titre, c'est parce qu'en continuant dans "l'objet", ça aurait fini par être redondant et ennuyeux. C'est un choix très intuitif et spontané, ce ne sont pas des choses calculées à l'avance. 

Continuons à parler d'objets : d'où vient l'idée de proposer votre album sous forme de clé USB - poupée vaudou ?
Vik Bee : C'est une idée de Klischee à la base, tout d'abord parce que notre label ne voulait pas qu'on sorte de vinyle, ce qui nous aurait coûté trop cher à produire. Du coup, on a eu cette idée de clé USB, mais une clé USB c'est un peu chiant, alors Klischee a eu l'idée de les customiser.  
Klischee : La poupée vaudou allait aussi dans cette idée d'accumulation. La poupée vaudou, en soi, c'est une accumulation de plein de choses. Déjà, au niveau culturel il y a quelque-chose de l'ordre des rites que l'on pourrait qualifier de païen d'un œil occidental mais en même temps nourrit par le catholicisme, et d'un autre côté, l'objet en lui-même, très souvent, est composé de cheveux, de crachats, de sang, de terre... Et donc je trouvais que ça correspondait assez à la construction de nos morceaux, qui sont faits de bric et de broc, qui partent un peu dans tous les sens. Finalement, c'est ce que tu insuffles à la fin qui va concrétiser la chose. Cette clé USB, au niveau de l'imagerie, est assez significative de la façon qu'on a de construire nos morceaux.
Vik Bee : Et je peux garantir qu'il y a du sang dans les poupées vaudou, tellement je me suis écorché les mains à les faire ! Chaque poupée est bien sûr une pièce unique.

Donc cet album, jamais sorti en vinyle, existe dans une version avec transitions supplémentaires et deux faces, comme s'il était sorti en vinyle. Pourquoi ce choix ?
Klischee : L'idée était d'avoir plusieurs écoutes possibles. Il y a une écoute titre par titre, effectivement, par exemple pour les DJs qui veulent passer un morceau en soirée où les gens qui veulent écouter juste un titre, et en même temps j'aimais cette idée d'album avec une écoute type vinyle où l'on écoute justement toute une face en entier. C'est pour ça qu'on a ajouté des interludes. De mon point de vue, l'album devrait s'écouter comme ça, avec une face A et une face B, parce que c'est vraiment notre façon d'appréhender cet album. On aimerait le sortir en vinyle, d'ailleurs, on cherche, mais pour l'instant ce n'est pas fait...

Klischee, comment qualifierais-tu le rapport entre ton ancien groupe, KATZENJAMMER KABARETT, et KATZKAB ? Les noms se ressemblent, vous êtes deux à avoir joué dans les deux groupes...
Klischee : Les musiciens sont évidemment différents il ne reste que Mr Guillotine notre bassiste (qui a passé la main très récemment) et moi-même du groupe d'origine. Étant le compositeur de KATZENJAMMER KABARETT, il y a naturellement une filiation musicale. Au début de KATZKAB, je voulais sortir de l'aspect cabaret, bien que celui-ci n'était pas un aspect purement musical. Pour le premier album, Objet N°1, peut être était-ce l'influence de Berlin où nous vivions avec Vik Bee, nous somme allés vers quelque chose de plus electro-rock. Les textes aussi sont sortis du côté Dada en gardant une pointe de grand-guignol. En effet, dans cet album les textes ont été écrits par Vik Bee et moi-même. Avec Le Syndrôme de Diogène, le côté cabaret est un peu revenu mais cela s'est fait assez naturellement. Peut être est-ce parce que j'ai passé plus de temps au piano, en plus de l'arrivée du saxophone et de la batterie. Ces deux éléments ont vraiment, je pense, modelé un nouveau visage sonore.

Tu parles de ce côté cabaret que l'on retrouve dans KATZKAB et qui était déjà présent dans KATZENJAMMER KABARETT. Qu'est ce qui vous attire dans cet univers ? Tu disais que ce n'était pas que musical...
Klischee : Ce n'est pas forcément le "style cabaret" qui me plaît, c'est plutôt d'avoir différents numéros. Ça donne une certaine liberté : on ne va pas faire qu'un seul type de morceau, que du post-punk ou que de la pop. Le principe du cabaret, c'est qu'il y ait des numéros très différents et on peut passer d'un morceau uniquement piano-voix à quelque-chose de beaucoup plus rock ou punk ou des passages electro. L'idée du cabaret n'est pas dans le style musical mais vraiment cette notion de numéros. C'est une excuse pour aller piocher à droite et à gauche.
Une inconnue qui passe par là : Le burlesque ! Pardon, j'écoutais pas vraiment.
Klischee : Non, justement, pas trop le burlesque. Je trouve ça un peu kitsch.

Et est-ce que vous travaillez déjà la suite du Syndrome de Diogène ?
Klischee : Toujours. Il y a toujours des morceaux en attente. Là, c'est vrai qu'on sort d'une période un peu plus creuse qui nous a permis de travailler tous ensemble : Baptise à la batterie et Antoine au saxophone ont rejoint le groupe il n'y a pas si longtemps que ça et on a un nouveau bassiste depuis même pas un mois donc on s'est plus concentrés sur l'aspect live. On va s'y remettre dans pas longtemps, on a quelques morceaux en stase... 
Vik Bee : En fait, il a des milliards de morceaux et on pioche un peu dedans. Il nous arrive parfois même de piocher dans d'anciens morceaux de presque dix ans qui ne nous inspiraient pas plus que ça à l'époque et qu'on remet au goût du jour. 
Klischee : Oui, ça peut même parfois être des idées qui datent de KATZENJAMMER KABARETT : la plupart des morceaux sont comme dans des tas, à la façon d'un appartement en bordel et d'un coup on se souvient et on se dit "ah tiens, on a mis ce truc dans le fond de la pièce, là, mais qu'est ce que c'est ?", comme un objet que tu retrouves en te demandant ce que c'est. Tu enlèves un peu la poussière et la crasse, et oh ! On dirait un peu une poupée à la base. Mais non, c'est un fruit pourri ! Mais non, regarde mieux : c'est peut-être un peu les deux ! Bah écoute, voilà, il y a peut-être quelque-chose de pas mal alors on va bricoler un truc, on va faire une poupée pourrie ! Et on va encore y ajouter ce qui traînait derrière la porte d'entrée et dans le grenier et faire un amalgame de tout ça.

Voulez-vous ajouter quelque-chose pour conclure ?
Klischee : On joue le mois prochain à Bordeaux, le 16 mars. Et je ne sais pas si on peut déjà l'annoncer mais je pense que oui : on sera au Wave Gotik Treffen festival à Leipzig en juin prochain. C'est un festival qui nous tient particulièrement à cœur, les organisateurs sont des amis, c'est très familial et tout le monde connaît un peu tout le monde.

Merci beaucoup !
Vik Bee : Merci à toi.

Interview réalisée le 21 février 2019 par Pierre Sopor