Motocultor Festival 2025 @ Carhaix-Plouguer - Jour 2 - 15 août 2025

Motocultor Festival 2025 @ Carhaix-Plouguer - Jour 2 - 15 août 2025

Pierre Sopor 28 août 2025 Maxine & Pierre Sopor

HOULE

A la pêche à Houle, Houle, Houle, je veux bien y aller, maman ! "Si ta soirée s'est finie avec DOOL, ta matinée commencera avec Houle" : le deuxième jour n'a même pas commencé que la fatigue nous fait déjà dire n'importe quoi sur un ton de sagesse ancestrale alors que l'on se traîne sous un soleil de plomb en direction de la Dave Mustage.

Il fallait au moins ça pour nous faire braver la chaleur : Houle et son "metal noir marin" apporte un vent de fraîcheur et attire d'ailleurs un public bien plus large que les seuls amateurs de black metal. Loin de n'être qu'un gimmick, le thème océanique hante la performance de Houle loin sous la surface : certes, il y a les marinières et les filets de pèche, mais pas que. Les mélodies dégagent cette puissance épique des récits de matelots remplis de mystères et de tempêtes alors que Cafard, la chanteuse, est un ras-de-marée d'énergie, cavalant sur scène avec la démarche claudiquante d'un loup de mer affublé d'une jambe de bois. C'est rageur, tourmenté, possédé, féroce... mais Houle n'en oublie pas de varier les émotions et de rendre sa musique parfois plus accessible, de rares passages en chant clair venant servir d'éclaircies mais également faciliter l'immersion des néophytes (Le Continent, épique et évocatrice, est un des moments forts du concert). Entre la musique, efficace et personnelle, la direction artistique et la puissance de ses performances, Houle est en train de se faire une belle réputation. C'était probablement la dernière fois qu'on les voyait au petit-déjeuner et on ne va pas s'en plaindre, se faire secouer comme ça de bon matin peut nous refiler le mal de mer pour la reste de la journée !

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WEGFEREND

Profitant d'une annulation au dernier moment de Belenos, Wegferend se retrouve catapulté à 14h. On peut donc profiter de ce concert tout en délicatesse. Le trio composé des soeurs Manon et Alexia Cazaméa et de Thomas Boissier sourit à son public, les plus réceptifs se laissent hypnotiser par les mélodies minimalistes et ce chant rassurant... Malgré son élégance, la performance souffre des conditions météo : certes, la musique de Wegferend est souvent solaire, mais on aurait préféré l'atmosphère plus intimiste qu'offre une tente ou une scène plus petite, ce qui aurait aidé à rendre le rituel plus immersif ! Comme on est taquins, on s'amuse un peu d'un léger instant de flottement quand, vers la fin du set, Thomas Boissier interroge le public : "est-ce que vous aimez la guerre ?". Les réactions sont partagées, contexte international oblige : heuuu, faut répondre quoi, là ? La guerre, c'est cool ou c'est pas cool ? Puis, il relance : "On vous entend pas le Motoc, est-ce que vous aimez... la bagarre ?". Aaaaah, ouais, là on comprend mieux, ça va, la bagarre c'est cool ! L'Ost est en Marche permet d'achever le set sur une note épique et intense dont on devine quelques connotations martiales dans les percussions. Entre temps, les Toulousains nous ont entraîné dans leur univers onirique fait de légendes et de voyages, embrassant leur rôle de voyageur / conteur (quand Wegferend se lance dans The Wayfarer, notre cerveau connecte les deux langues pour enfin réaliser que, hey mais c'est bien sûr, il s'agit du même mot ! Et en plus, Wayfarer, c'est le nom d'un groupe qui joue tout à l'heure sur la même scène !). Une sorte de parenthèse au coin du feu, en somme, mais à 14h.

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FIVE THE HIEROPHANT

Jusqu'à la fin de l'après-midi, notre programme consiste à faire des allers-retour entre la Bruce Dickinscène, dont l'inédite configuration en plein air s'avère bien plus agréable que ce que l'on craignait initialement (le lieu est rarement engorgé et permet d'assister aux concerts en respirant !), et les ombres de la Massey Ferguscène où commence une parenthèse "cuivres et ténèbres" prometteuse ! Le début de concert des Londoniens de Five the Hierophant se fait dans une atmosphère feutrée, alors que les silhouettes encapuchonnés des musiciens se dessinent dans la fumée. Des cuivres, mais pas que : les quatre musiciens utilisent tout un attirail pour donner à leur musique sa touche mystique (gongs, cors, etc). En live, la lourdeur de l'ensemble est amplifiée et la Massey est immédiatement plongée dans une transe entre drone, doom, psychédélique, ombres black metal et rêveries jazz obscures. Les visages sont fermés, concentrés. Entre les répétitions hypnotiques de ces longs morceaux qui s'étirent ("c'est quand qu'on applaudit ?", se demandent nerveusement ceux qui veulent exprimer leur enthousiasme sans passer pour des rustres) et les volutes de fumée, le public est captivé, respectueux. On écoute, on se laisse ensorceler par cette musique mystérieuse, parfois inquiétante dont les élans les plus viscéraux jaillissent avec une puissance décuplée (Initiatory Sickness et sa cacophonie arty devient un chaos cathartique explosif). On en ressort sous le charme et surpris de voir que non seulement il fait encore jour mais que, tout simplement, le reste du monde existe toujours. 

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WAYFARER

Wegferend avait lâché le mot un peu plus tôt dans la journée : Wayfarer, les vagabonds, ceux qui voyagent à pied. On retourne alors devant la Bruce Dickinscène pour écouter ce que ces vagabonds-là ont à nous raconter avec leur black metal teinté d'americana et de folklore nord-américain. Dresscode sobre et noir, attitude american gothic à fond, le quatuor profite du décor que composent la poussière et le soleil pour nous plonger dans leur univers dès les premières notes de la mélodie de The Thousand Tombs of Western Promise. Il y a quelque chose d'à la fois très bien et d'un peu décevant chez Wayfarer : on admire comment le thème du groupe évite le piège du gimmick grossier et caricatural, venant donner à la musique une saveur bien particulière sans virer au gadget ostentatoire (Wayfarer ne surjoue pas comme le faisait la veille les Polonais de Me and that Man, dans un genre différent)... mais cette discrétion peut aussi laisser sur leur faim les festivaliers qui, selon l'heure et l'humeur, pensaient rigoler un peu plus. Wayfarer associe subtilité et puissance dans des morceaux au groove sinistre qui mêlent rengaines entêtantes et évolutions qui nous tiennent en haleine (The Cattle Thief, avec ses pauses mélodiques, ses parties en voix claire et ses quelques touches plus doom ou False Constellation et ses errances mélancoliques plus poétiques). Plus exigeant que ce que l'étiquette "des cowboys qui font du black metal" laisse entrevoir aux néophytes, mais infiniment plus satisfaisant aussi, Wayfarer envoie méchamment et réussit à transmettre cet esprit de liberté tout en rendant hommage aux fantômes croisés sur la route. La grande classe.

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IMPERIAL TRIUMPHANT

Trajet Bruce Dickinscène - Massey Ferguscène, épisode 18. Après les cuivres de Five the Hierophant, c'est au tour d'Imperial Triumphant qui, dans le genre blackjazz, fait office d'éléphant (on a les rimes qu'on mérite). La comparaison s'arrête là (enfin, eux aussi portent des toges, mais ils ont des masques dorés rigolos), tant l'approche est radicalement différente : la musique des New-Yorkais est plus folle, expérimentale, dissonante, rapide, affranchie. Plutôt que la transe, eux viennent semer une espèce de chaos, suant la frénésie de ce Gotham fantasmé d'il y a 100 ans, puisant dans le Metropolis de Fritz Lang une inspiration évidente. Luxe et déviance, grandeur décadente et rock'n'roll, leur mélange black-death-jazz déstabilise... mais amuse. Entre les costumes et l'attitude des musiciens, très communicatifs et impliqués, Imperial Triumphant n'est pas (que) ce truc qu'on savoure comme un cocktail trop salé avec une olive pas assez mûre, une moue sophistiquée plaquée sur un visage pincée pour faire bien en société. Non, Imperial Triumphant, c'est FUN. C'est FUN tout d'abord parce qu'on n'y comprend pas grand chose et ça ne va pas mieux concerts après concerts : bien que leur son soit désormais bien plus accessible (à l'image de Goldstar, leur dernier album bien représenté cet après-midi), on se demande toujours si les adeptes ont compris un truc qui nous échappe... Mais c'est aussi FUN parce que le plaisir que Zachary Ezrin et Steve Blanco prennent sur scène est aussi manifeste que communicatif (on ne présumera pas des humeurs du batteur Kenny Grohowski, planqué en fond de scène derrière son kit et son masque) : ces deux-là s'éclatent à jouer avec les sons, à créer leur truc bizarroïde improbable et unique avec une liberté et une démarche ludique étonnamment rafraichissant. Et puis il y a les santiags. Et des étincelles. Et, évidemment, la traditionnelle bouteille de champagne qui asperge les premiers rangs. On a toujours autant l'impression d'être des imposteurs au sein d'un culte dont on n'a pas les codes et qui ne nous aurait pas encore démasqués, mais qu'est ce qu'on s'amuse !

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BLACKBRIAR

Si l'on fait le bilan de la journée jusqu'à présent, on a vu du black metal habité, des rêveries folk introspectives, des rituels mystiques embrumés ou des déviances avant-gardistes. Des groupes qui, chacun, demandaient un certain effort de la part du public pour s'immerger dans leurs propositions respectives. Il était temps de se détendre... et de se mettre en jambe pour Lacuna Coil, qui joue dans deux heures. Alors on est retournés à la Bruce Dickinscène découvrir sur scène Blackbriar. En terme d'easy-listening, on a été servis : les morceaux glissent sans peine, les aspérités les plus douloureuses résidant dans les épines de rose qui ornent le pied de micro de la chanteuse Zora Cock. Ce n'est pas désagréable dans le genre metal alternatif aux touches gothiques, qui emprunte parfois à Lacuna Coil, parfois à Epica. On peut se laisser aisément séduire par des rengaines quasi pop entêtantes faciles à assimiler, si l'on est d'humeur. Nous, on est surtout fascinés par le bassiste Siebe Sol Sijpkens que l'on voit débouler avec un sourire immense, agiter sa chevelure blonde avec un enthousiasme zinzin et tourner dans tous les sens en filant des coups de pied dans le vide. L'atout show rigolo !

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LACUNA COIL

La vie d'un média en festival est parfois faite d'imprévu et d'empêchements. Le timing de nos interviews nous fait rater Darkenhöld et arriver pile poil pour le début du show de Lacuna Coil. Pile poil à l'heure, c'est déjà trop tard : une gestion approximative des photographes ne nous laisse qu'une quinzaine de secondes dans le pit pour les photographier ! Bien que le groupe italien ne figure pas parmi les têtes d'affiche des gros festivals et semble condamné à ne jamais franchir le même plafond de verre depuis vingt ans, tout le monde va les voir en festival. Tout le monde va les voir parce que tout le monde les écoute ou les a écouté. Même ceux qui n'assument pas. Lacuna Coil reste éternellement associé à une espèce de nostalgie (autour de l'époque de Comalies, souvent), quand bien même leur dernier album The Sleepless Empire est une succession de tubes ultra-efficaces rappelant qu'il faudrait penser à conjuguer tout cela au présent. Et puis, il y a l'énergie de Cristina Scabbia et Andrea Ferro, toujours aussi sympathiques derrière leurs maquillages horrifiques. On regrette que le micro de la chanteuse semblait bouder en début de concert, laissant sa voix trop en retrait. Après un début de concert consacré à Black Anima, c'est l'enchaînement des tubes de Sleepless Empire (Gravity, I Wish You Were Dead, Never Dawn... et bien sûr Hosting the Shadow, introduite bizarrement par le groupe qui dit avoir un "very special guest" en la personne du chanteur de Lamb of God Randy Blythe, évidemment absent sur scène mais qui a fait naître une seconde de faux espoirs dans le public. Pour la nostalgie, Heaven's a Lie et la reprise d'Enjoy the Silence achèveront de mettre tout le monde d'accord : ceux qui n'assument pas continueront d'écouter en cachette mais tout le monde va garder les refrains de Lacuna Coil en tête pour le reste de la journée !

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EIVØR

Arrive alors un cruel dilemme : Kerry King ou Eivør ? En d'autres termes, la légende du metal, valeur sûre que l'on a déjà vu un paquet de fois que ce soit avec Slayer ou plus récemment dans son groupe à son nom, ou aller se laisser ensorceler par les rengaines pop-folk de la Féroïenne ? Hey, on est VerdamMnis, on est à un festival metal, la question ne se pose même pas : bien sûr qu'on va voir Eivør ! Surtout que tout le festival ou presque semble avoir fait le choix inverse... tant mieux, on est peinards devant la Bruce Dickinscène, entre celles et ceux qui savent pourquoi on est là. Présence spectrale nimbée de lumières bleutées, Eivør contraste la froideur associée à son univers grâce à son attitude chaleureuse, imposant une ambiance intimiste et accueillante avec ses sourires. On est conquis quand, entièrement en anglais, elle explique adorer la France, la nourriture française, les gens en France, etc, etc, pour ne lâcher comme unique mot français qu'un savoureux "merde !" au milieu de cette énumération élogieuse de nos qualités ! Eivør suspend le temps et souffle du public, brise les codes habituels associés à tout ce qui est étiquette "nordic folk" (vous savez, les percussions binaires martiales et tout ça) avec Í Tokuni, point d'orgue electro-pop hanté d'un show où viennent se mêler incantations mystiques, chuchotements mystérieux un brin flippants au rendu quasi robotique soutenu par une électronique flirtant avec l'industriel. Là, en plein air, à l'heure du crépuscule, le rendu est saisissant.

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KERRY KING

Cependant, on ne peut pas résister totalement à l'envie de voir un bout de Kerry King, histoire de. On arrive pile poil pendant Disciple, de Slayer, bien sûr. Arriver à un concert de Kerry King pendant Disciple, c'est presque comme se pointer à Laibach au moment de Tanz Mit Laibach, aux Rolling Stones pendant Paint it Black ou entendre le début de la 5ème Symphonie de Beethoven et partir juste après : on a l'impression d'avoir entendu l'essentiel ! Surtout que presque tout de suite après, il enchaîne avec Raining Blood dont la simple intro provoque évidemment un séisme d'extase. Bon, bah on a bel et bien entendu tout ce qu'il fallait et, pendant que l'envie de brailler des trucs comme "god hates us all", "I reject this fucking race, I despise this fucking place" ou "Awaiting the hour of reprisal, your time slips away" devient irrésistible, les plus sages font de gros efforts pour se retenir : les nuages de poussière semblent tout droit sortis de Mad Max Fury Road alors que les slameurs tapent leurs meilleurs sprints pour revenir dans le chaos. On serre les dents pour celui que la sécurité rattrape mal et qui tombe méchamment, parce qu'on n'est pas sûrs qu'il pourra à nouveau serrer les dents, lui (les loupés peuvent arriver, mais on vous disait hier que le staff sécu nous avait semblé parfois débordé, en sous-effectif ou pas suffisamment préparé)... On ne va pas faire semblant d'avoir un intérêt démesuré pour l'album de Kerry King, ni même de savoir en distinguer un morceau plutôt qu'un autre, mais c'était une grosse claque, jouissive et immanquable pour les amateurs de thrash metal furieux. 

TRIBULATION

Arrive alors un des moments que l'on attendait le plus de cette édition 2025 : Tribulation, en plein air, à la nuit tombée. Le groupe de death metal psychédélique opérait avec son dernier album Sub Rosa In Æternum un virage vers le rock gothique que l'on était plus qu'impatients de découvrir sur scène. En attendant que le concert commence, une scène surréaliste nous occupe : les responsables de la sécurité, la clope au bec, sont soudain pris de panique : mais qu'est ce que c'est que ce truc qui fume sur scène ? Ohlala, quelqu'un aurait balancé un truc qui risquerait de prendre feu, là, non ? On a beau leur dire que ce n'est qu'un bâton d'encens, accessoire scénique du groupe, les voilà qui, après un "je m'en bats les couilles" réglant l'affaire, se mettent à deux (il fallait au moins ça) pour retirer prestement ce dangereux départ d'incendie et le frottent avec vigueur sur le sol pour éviter au Motocultor d'être englouti par les flammes. Visiblement, rater un slameur quelques minutes plus tôt, ça les a rendus nerveux ! On ne se risquera alors surtout pas à leur arracher leurs cigarettes pour leur infliger le même sort que ce pauvre bâton d'encens, soudainement devenu aussi dangereux qu'un shampoing de plus de 100 ml dans un aéroport.

Maquillages macabres, éclairages sortis tout droit d'un film fantastique italien des années 70/80, attitude de goules poussiéreuses pleine de morgue : Tribulation arrive enfin sur scène avec une prestance qui, tout de suite en impose. Le set commence très exactement comme leur dernier album, avec The Unrelenting Choir et Tainted Skies. La voix claire et sépulcrale de Johannes Andersson, le chanteur-bassiste, a beau être une trouvaille récente, elle résonne avec une force solennelle dans la nuit bretonne. Tribulation a toujours eu une saveur mystique et retro mais a poussé les curseurs de l'horreur gothique : c'est macabre, c'est beau, mais c'est aussi très rock'n'roll. Les guitaristes Adam Zaars et Joseph Tholl assurent le show en arpentant la scène, prennent la pose, interagissent entre eux : Tribulation est sombre et pesant mais est aussi diaboliquement divertissant et nous embarque avec ses riffs caractéristiques. Le son a beau être moins saturé, le style reste reconnaissable, toujours imprégné de cette noire magie et de cet entrain 70's psychédélique. On se demandait si les anciens titres seraient repensés pour coller à l'évolution de Tribulation. Nightbound, Melancholia et Strange Gateway Beckons sont joués dans le plus strict respect de leur intention d'origine et nous permettent finalement d'apprécier une réelle cohérence, malgré une évolution stylistique évidente : Tribulation, bien loin d'avoir perdu son identité, semble au contraire l'affirmer plus que jamais. Et il fallait au moins Murder In Red, hymne gothique échappé d'un film de Dario Argento, pour enfin chasser de nos tympans les refrains de Lacuna Coil et Slayer entendus plus tôt !

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DIMMU BORGIR

Quand Dimmu Borgir joue au Hellfest, en raison de la répartition "éditoriale" des scènes, c'est sous la tente de la Temple Stage... et c'est bien trop petit. Ici, les Norvégiens ont droit à la place d'honneur qui leur revient, la grande scène, en plein air. La concurrence de Finntroll jouant en même temps, pourtant sérieuse dans le cœur des fans, semble avoir peu d'impact : la foule est massive. Les dimensions de la scène rendent justice au show de Shagrath et sa bande. Des couleurs vives, des tonnes de fumée, un décor qui donne vie au "sombre château" qu'évoque leur nom.... ça a sacrément de la gueule ! On est ravis de se prendre Puritania au coin des tympans dès l'entrée en scène : avec sa rythmique implacable et ses scansions possédées, l'hymne n'a rien perdu de sa puissance. C'est grandiloquent, démesuré, dément, sauvage. Rapidement, des jets de pyro viennent soutenir Interdimensional Summit et Gateways. L'ambiance est infernale et théâtrale, le show majestueux. 

Après un début aussi intense, on finit cependant par rapidement tomber dans une certaine routine : certes, Dimmu Borgir ne vient pas tous les trois mois chez nous, mais sans nouvel album depuis 2018, la setlist aux airs de best-of finit par être redondante. On s'amuse de ce type un peu bourré dans le public qui croit entendre la Marche Impériale au début de The Serpentine Offering et se met à brailler (faux) le célèbre air (non mais j'vous jure, n'importe quoi, lui !). On est contents d'entendre Stormblåst, un titre ancien dont la crasse contraste avec les élans symphoniques un peu trop propres du reste du concert... Pour le reste, on retiendra surtout la claque visuelle. Dimmu Borgir a besoin d'une scène qui sait mettre en valeur toute l'ampleur de sa scénographie... mais aussi besoin d'un nouvel album !

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IHSAHN

En attendant Ihsahn, deux questions sont dans l'air: est-il possible de traverser les festivals metal de l'été sans croiser sa barbe et ses lunettes, que ce soit avec ce projet ou Emperor ? Et, surtout, est-ce qu'on pourrait décemment rater ce grand monsieur pour autant ? On découvre alors que prendre des photos sous la tente de la Massey Ferguscène va devenir un sport tout particulier : aux conditions lumières compliquées que l'on devinait déjà la veille s'ajoute une sécurité qui a décidé de reprendre les choses en main : pas plus de 3 à 5 photographes en même temps et un cordon conséquent de bonshommes costauds se place entre nous et la barrière pour récupérer les slameurs. On se demande un peu où sont les slameurs à des concerts de trucs atmosphériques, avant-gardistes ou progressifs comme Five the Hierophant, Ihsahn, etc, mais au moins, ils sont en sécurité !

La scénographie, comme d'habitude avec Ihsahn, est d'une sobriété désarmante. Lui n'a pas besoin de maquillage ou de costume, il est Ihsahn, il est là pour faire de la musique et non se donner en spectacle. Au point de sembler austère, parfois (on se souvient de ce concert au Hellfest 2022 qui en a laissé plus d'un sur le carreau). Il partage avec Imperial Triumphant, qui jouait quelques heures plus tôt, ce goût pour l'inattendu, la recherche, le refus de la facilité. On regrette alors qu'en live, la dimension orchestrale de son dernier album éponyme se perde un peu, privant les morceaux de leur ampleur. Si Ihsahn est toujours aussi fascinant à écouter (plus qu'à regarder), on se prend à regretter que, justement, ils ne choisissent pas de surprendre son auditoire en se lançant dans des morceaux plus accessibles (imaginez un peu si Twin Black Angels ou South Winds avaient résonné ce soir !). Ihsahn se mérite, on est toujours impressionnés par la facilité avec laquelle il nous trimballe dans ce qui semble des instants quasi improvisés... Mais après minuit, avec la fatigue et l'habitude, on a aussi le droit de ne pas rentrer dedans. On l'a beaucoup vu et, finalement, on a aussi le droit de ne plus être aussi surpris ou ébloui ou d'avoir envie de choses moins exigeantes. 

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CARPENTER BRUT

Ça tombe bien, la turbo-fiesta de Carpenter Brut arrive à pic ! Comme on avait pu le constater lors du Motocultor 2023, c'est le genre de show parfait pour conclure une journée bien chargée, le mélange entre synthwave et metal du boss du genre faisant facilement oublier la fatigue pour apporter une bouffée d'air frais après des heures de riffs saturés. De la légèreté, du fun : tout le monde se détend enfin, y compris dans l'espace entre la scène et les barrières, ou photographes et staff sécurité se mettent à danser ensemble. Il aura fallu attendre la fin du deuxième jour pour vraiment ressentir enfin cette ambiance festive. Dernière anecdote coulisse et on arrête : avec Tribulation et Klone jouant le même jour, on était plusieurs à espérer voir Johannes Andersson venir sur scène pour chanter Leather Terror et Yann Ligner se pointer sur Maniac. Nos entretiens de l'après-midi avaient mis fin au suspense : pour des raisons techniques, ce ne sera pas le cas ce soir (notamment parce que Tribulation quittait le festival à 1h du matin, soit une demi-heure avant le début du set !).

Trêve de blabla. Le rituel est rôdé. Les Backstreet Boys en intro histoire de nous plonger dans l'ambiance, les lumières rouges, cette silhouette qui se détache en contre-jour, salue silencieusement et prend place derrière son pupitre, accompagné de son guitariste Adrien Grousset et du batteur Florent Marcadet, tous deux membres d'Hacride. Puis, ça attaque, comme d'habitude ces dernières années, en reprenant le début de l'album Leather Terror, avec Straight Outta Hell et Widow Maker. Carpenter Brut y mélange son sens du tube immédiat à un goût pour la violence et le metal industriel, ça tape fort tout en étant absolument jouissif et irrésistible. La grosse éclate. On a déjà eu droit à cette setlist, mais peu importe : avec une nouvelle tournée se profilant pour début 2026 et un nouvel album dans les tuyaux, c'était peut-être la dernière fois que l'on écoutait cette facette plus agressive de Carpenter Brut !

Les lumières en mettent plein la vue. C'est coloré, tape à l'oeil, fun, décomplexé. Carpenter Brut est un rouleau-compresseur, mais un rouleau-compresseur flashy plein de confettis. Les guests en studio se succèdent sur bande, tout d'abord Gunship avant que le timbre unique de Mat McNerney (Grave Pleasures, Hexvessel) ne retentisse pendant Beware the Beast, premiers instants plus décontractés du concert alors que la tension laisse place aux touches glam de Leather Teeth. Avec ses membres live, Carpenter Brut gagne une puissance supplémentaire sur scène. Le set ménage les enchaînements qui vont bien (Day Stalker / Night Prowler et son crescendo dans la folie meurtrière, les phrases musicales entêtantes de Disco Zombi Italia qui annoncent un segment plus détendu avec Imaginary Fire, Monday Hunt et Hairspray Hurricane pour ceux qui veulent danser avec des pom-pom girls en mâchant du chewing-gum...) jusqu'à l'immuable final lors duquel se succèdent les deux titres les plus connus de Carpenter Brut, Le Perv et Maniac. Véritable apothéose fédératrice de cette seconde journée de festival, le concert laisse le Motoc' dans une humeur festive, alors que les couche-tard continuent de traîner sur le site en braillant les paroles de Maniac. C'est pour ce genre de moments, où toutes les étoiles s'alignent (horaire, conditions, musique, ambiance dans le public), que l'on aime les festivals. Changez un ingrédient et la recette ne rendrait probablement pas pareil, mais là, c'était parfait.

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Nos tops 3 :
Maxine : Tribulation, Carpenter Brut, Wayfarer
Pierre : Tribulation, Carpenter Brut, Houle

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Pierre Sopor

Rédacteur / Photographe