Chronique | Opera Multi Steel - Les Pensées Magiques

Tanz Mitth'Laibach 26 octobre 2026

Nous avions beaucoup aimé l'album d'Opera Multi Steel Les Passions tristes il y a trois ans (chronique), dansant au bord d'un précipice émotionnel dans le singulier mélange du groupe entre synthpop, influences coldwave et folk-médiévales. Le trio nous présente cette année sa suite : Les Pensées magiques. On est désireux de remettre le couvert, d'autant plus que la couverture est à nouveau belle et troublante, cette fois une reproduction d'un tableau d'Étienne Azambre présent au Musée de Sens modifiée par l'artiste brésilien Hernan Czauski. 

Après Les Passions tristes, Opera Multi Steel prend pour sujet un autre aspect de la psyché humaine : la fuite dans des pensées magiques, le retour à l'irrationnel, mû dans une tension avec la confrontation aux désillusions. Le thème est différent et complémentaire de celui de l'album précédent, la construction de l'album l'est aussi : s'adressant davantage au raisonnement qu'à l'inconscient, Les Pensées magiques est un album moins dansant et plus linéaire ; la boîte à rythmes s'efface quelque peu au profit des nappes de synthétiseur, les morceaux gagnent progressivement en puissance tout en s'enfonçant dans l'étrangeté à mesure que surgissent les sons inattendus par un patient travail de collage sonore.

Comme toujours chez Opera Multi Steel, dont la carrière compte déjà plus de quatre décennies, l'univers sonore de l'album est à la fois profond et unique. Le groupe sait jouer des différents plans de sa musique, mêler par une magie qui lui est propre sonorités électroniques analogiques, flûtes et guitare acoustique, chant de Patrick L. Robin aux accents liturgiques ou médiévaux, interventions murmurées de la voix de Catherine Marie ou samples étonnants, tout en nous enfermant dans la réverbération. Le résultat est ici encore plus déconcertant que d'ordinaire : la façon dont les sons surgissent et se défont, la répétitivité dans laquelle se bloque le clavier de même que l'étirement des voyelles dans le chant nous donnent l'impression de nous enfoncer dans une sorte de délire qui n'est pas désagréable mais dont le caractère illusoire saute aux oreilles.

C'est une fois de plus bien pensé et mérite l'écoute attentive, toutefois nous devons avouer avoir été davantage séduits par Les Passions tristes : les constructions plus linéaires et les rythmes plus statiques de Les Pensées magiques nous entraînent moins, imprègnent moins notre esprit de par leur caractère volontairement insaisissable, de sorte que l'on trouve parfois l'album un peu trop long, bien qu'il le soit en fait à peine plus que les deux précédents. On n'en est pas moins fascinés par ces étranges mélopées et on s'attache en particulier aux morceaux qui donnent plus de place à l'intensité dramatique – Dimensions nouvelles, Aux Abords des Eaux froides et plus encore Démarcation. C'est cependant autre chose que ces morceaux pris individuellement que l'on retient le plus de Les Pensées magiques : l'impression d'un album trouble, où le rassurant est irréel et où l'on ne parvient jamais à cerner tout ce qui nous entoure ; revenus de ces pensées magiques, il ne nous reste guère d'autre solution que d'accepter le réel.

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Tanz Mitth'Laibach

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