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Chronique | Myselfson - Memory Park

Pierre Sopor 17 novembre 2018

MYSELFSON a sorti son premier album il y a quelques mois, après quatre ans de travail acharné. Projet fondé en 2009 s'inspirant aussi bien de NINE INCH NAILS que de APOPTYGMA BERZERK, VNV NATION ou QUEEN, MYSELFSON est composé de Jarl Myselfson et Frank Nordag. Entre le Jarl et l'anagramme de dragon, vous croyez qu'ils jouent à Skyrim ? Et surtout, est-ce que cela à quoi que ce soit à voir avec la choucroute ? Pour le savoir, ne lisez pas plus loin, car nous tirerons un voile pudique sur cette introduction calamiteuse pour ne plus en parler.

C'est embêtant de parler d'introduction calamiteuse en fin de paragraphe, ça bousille toute transition. En effet, Take the Mic, qui ouvre l'album, n'a rien d'une calamité. Au contraire, avec ce beat qui se greffe à un fond plus orchestral et théâtral, Memory Park commence très bien. Quand le chant démarre, impossible de ne pas penser à une version plus nasillarde de Ronan Harris, l'homme derrière VNV NATION. Les couplets sont accrocheurs, une guitare vient les épaissir avant qu'un refrain plus agressif n'explose. On sent dans MYSELFSON une certaine noirceur, une attirance pour ce qui est sale et méchant. Si cette impression se confirme avec Wake Up, au ton plus menaçant et au chant plus incisif, force est de constater que le duo met en avant un certain sens du groove : MYSELFSON, c'est peut-être un peu dark, mais ça donne envie de remuer son popotin. Les influences synthpop prennent le dessus sur l'introspection et la musique est souvent plus légère, plus pop (l'enchaînement entre The Holy Lies et Cherry Dance en est un exemple frappant, Like Rabbits est totalement décalée, avec ses coups de fouet samplés, l'inquiétante Screensuckers finit sur des sons de jeu vidéo 8 bits). Cela n'empêche pas une certaine mélancolie de s'installer au détour de titres plus sombres, comme Rain and Pain, Looking for your Eyes avec son piano et ses côtés plus pop-rock ou encore la très belle conclusion instrumentale Ashland, morceau hanté aux accents de BO de film. Memory Park est un album rempli de refrains tubesques, de rythmiques accrocheuses très dancefloor et faciles à assimiler mais également de mystères (At the Far Side of the World). C'est entre ces zones d'ombre et les formules pop que MYSELFSON trouve son identité. Alors certes, tout n'est pas parfait, forcément, c'est un premier album. On sent que le duo a encore des petits progrès à faire, mais l'univers retro-futuriste de ce parc dont chaque chanson est une attraction réussit à séduire grâce à un véritable savoir faire et une production impeccable. Mieux, en citant David Lynch comme influences, MYSELFSON semble tisser un jeu de pistes pour qui prendra le temps de s'y perdre, transformant son parc d'attraction en labyrinthe futuriste intrigant dans lequel pourraient s'égarer Lewis Caroll, qui inspirait déjà le réalisateur américain dans Lost Highway. On ne va pas s'amuser au jeu des interprétations vaseuses, au risque de raconter n'importe quoi, mais on devine facilement un travail conséquent sur l'univers et sa cohérence qui apporte à Memory Park une richesse supplémentaire.

Ce premier album de MYSELFSON est une curiosité. D'apparence froide et synthétique, la musique se retrouve animée d'une énergie plus organique quand un piano y insuffle des émotions purement humaine, quand l'étrangeté s'invite et vient casser des rythmes plus binaires, quand une guitare vient gratter un vernis faussement propre. Schizophrène, Memory Park est bel et bien un ensemble d'attractions, chacune avec sa propre humeur, laissant l'auditeur être promené d'une à l'autre, allant de surprise en surprise et se faisant happer dans un univers bien plus intrigant qu'il n'y paraîtrait après une première écoute distraite. MYSELFSON mérite que l'on s'y intéresse et s'y perde : il y a un vrai travail dans cet album, à la fois cérébral et viscéral.